Le samedi 23 février2002

Le samedi 23 février2002
1-
« Pourvou qué ça doure… » disait la mère corse et corsée à son petit garçon, devenant célèbre, Napoléon…Ce soleil, quelle belle lumière hivernal ! Marche autour du Rond. Le samedi est toujours plein de visiteurs sur les pistes. Coloris jolis ! Des enfants hauts comme trois pommes dévalent les cotes. Monde nouveau. Jamais de petits enfants jadis à ski. Jamais.
Hier soir, rangée « A » — ainsi tu peux tenter d’enfarger les comédiens…chez Duceppe. Depuis que Aile a divulgué ma demi-surdité à ce théâtre, on nous installe « bien en face » des acteurs. Obligation de tourner sans cesse la tête quand ça se promène de Cour à Jardin. Pas de vision globale ! Eh ! Ce « Après la pluie » de l’Espagnol Sergi Belbel offre de très fameuses répliques. Les moments de colère sont transformés en « joual » avec sacres, jurons, grossièretés d’icitte…et un peu de Paris. Un mélange ! Traduction de Préau (France), retouchée sans doute par Michel Nadeau le metteur en scène (aussi dramaturge à ses heures) , fort efficace en fin de compte.
La trame : une poignée d’employés d une puissante compagnie (affaires sociales, assurances, valeurs mobilières?) grimpent sur le toit de leur immeuble pour…fumer. C’est interdit partout. En une série de tableaux, l’on raconte les ambitions, les querelles, les déceptions et aussi les affaires intimes de ces fumeurs ! Un récit prend forme peu à peu. Hélas cela force à faire des « Noirs » (trop longs souvent) entre chaque bref tableau. Cela tue le rythme. Nadeau aurait mieux fait de créer deux zones de jeu. Au moins. En somme, un spectacle avec des pics. Une sorte de passacaille et à la fin, la réunion des sept ou huit protagonistes formant des unions romantiques. Fin heureuse un peu cavalière ! Certains troupiers, inconnus ici, font voir de l’amateurisme (ils travailent rarement à Québec )mais aussi une sorte d’énergie merveilleuse : Marie-Josée Bastien, Charbonneau, Loraine Côté, Danielle Lépine, Makdissi-Warren.
Pour une fois, pas d’ovation debout (ridicule si souvent) à la fin. Je fus le seul à lancer des « bravos » tant j’avais appércié cette preuve collective de talents (en friche) qui avait fait voir tant d’excellente énergie scénique.
2-
Jeudi soir à RDI, avec Maisonneuve, entretien avec le cinéaste Labrecque qui offre son film sur le RIN et mon Bourgault tribun surdoué et efficace de premières années de lutte pour l’indépendance. Soudain il affirme que René Lévesque était vaniteux, refusant son aide (ce qui est vrai) se voulant seul militant-chef, ne parlant pas une seule fois des autres, pas un mot sur nos Patriotes de 1837, souhaitant même « sans doute » disait Bourgault, que son parti meurt avec lui. Oh !
Le merveilleux « preacher » patriotique de cette époque semble ne pas avoir pardonné le rejet « viscéral » de Lévesque. « Un mystère », dit-il. En effet ! C’est là qu’il a tout de même sorti son explication : « un leader incapable d’en supporter aucun autre dans ses parages ! » Hâte de voir ce « RIN » à la télé, tel que promis. Je fus le premier écrivain à monter sur les hustings de ce RIN en 1961. Aquin y viendra ensuite. Tous les autres ? Trop « chieux » ! Il en allait de risquer « bourses, subventions, voyages payés », n’est-ce pas ? Tant d’autres écrivains : des « fédérats », sauve Roch Carrier; aujourd’hui sauce René-Daniel Dubois. Mon jeune David (né en 1982) sans cesse : « C’est qui ça le gars aux lunettes ? Et le barbu, c’est qui celui-là ? » Il prouvait l’utilité du film documentaire de Labrecque « RIN ».
Vendredi après-midi, réception pour mes lunettes neuves. Sans monture. Que des vitre. Ça pèse un gramme, une aile (!) d’oiseau, une plume ! Je les aime. Fini mon « truck » à monture !
3-
Vu aussi le film document sur nos allophones et autres sortes d’émigrants. L’auteur, Parenteau, un ex-concurrent de « La course autour du monde », chroniqueur (où il lit bien mal, hélas, des textes souvent solides) des samedis matins chez Le Bigot (cet ex-piqueur de « fiole » comparé à Gagliano par l’ex –ministre Libéral déchu Picotte !), aussi « débater » humoristique à « L’aparté », un café d’iconoclastes, a raté son film.
C’est encore du saucisson. L’odieuse mode du « zapping ». La pensée zappée sans cesse ! L’horreur. Jamais d’élaboration. On coupe pour faire vivant, faire faux « souingne », le rythme ce n’est pas du tout cela,
Mais on méprise le public avec cette mode niaise de couper sans arrêt, de mettre en miettes chaque intervention. C’est frustrant. Au bout du compte tout devient charabia, galimatias, embrouillamini. Il n’en reste rien au bout du documentaire. On se dit, avec mépris insensé : « plus de trente secondes et les gens vont partir ailleurs. »
Démagogique écoeuranterie. Il y avait encore bien plus grave, une imposture, une fumisterie. Le mensonge habituel. Tous les invités de son film se débrouillaient fort bien en français. Le beau mensonge. Ainsi, les innoccents disent : pourquoi la méfiance face aux « ethniques », façon Parizeau ? Vous avez bnien vu ? Tous, ils s’intègrent à nous, c’est fantastique non ? »
La réalité est tout autre : la plupart des nouveaux-venus et la masse des anglos d’ ici se foutent du français. Leurs chefs (subventionnés par le fédéral) militent pour rogner, ronger à l’os, abattre un jour la Loi 101. Font appel aux juges de la chère « Supreme Court » . Dans Darcy McGee on a voté à 95 % contre une patrie pour la nation. Pire, dans Côte Saint-Luc, ce sera 100% de vote négatif. Un vote, non pas « ethnique »monsieur Parizeau, mais « raciste ». N’ayons pas peur des mots. Des masses d’ anglos, nés ici, ne parlent pas français ! Racisme !
Le bon-ententisme fallacieux et trompeur des Parenteau (un jeune pourtant et déjà si imposteur !) fait l’affaire (les affaires comme dans good business) ) des bénis-oui-oui en poste qui financent cette sorte de projet-fumiste, les distribuent volontiers, les diffusent avec plaisir.
Quelle honte d’oser tromper le public de cette manière hypocrite. Moi,. Tout le monde, connaît une douzaine d’intelligents nouveaux venus (d’anglos aussi) qui ont su s’intégrer, vous, moi, tout le monde pourrait donc monter un film de cette menteuse façon. Ces tripoteurs zélés des réalités sont des manipulateurs. Monique Simard (en quête de subventions ?) est l’une des deux producteurs de cette farce, elle, une péquiste officiel ! Mon jeune David, jeudi soir, écoutait mes cris de révolte et riait. « Papi, t’es fâché noir là ! » Oui, je l’étais. Il étudie à Concordia et me révèle que j’ai tout à fait raison. Il le sait. Il le voit. Il le constate. Il fréquente chaque jour des tas de jeunes émigrants de diverses nationalités à son université.
Mon épée me démangeait ! Croyez-vous que, disons, La Presse aurait publier ma diatribe ? Non. J’ai mon journal désormais, Dieu merci.
4-
Le bon film. Modeste. Avec l’extraordinaire Anthony Hopkins. Le titre : « Cœurs perdus en Atlantide » ( titre con). Aile ramenait au foyer cette cassette vidéo. Je le reverrais. Un gamin mal aimé, mère frivole, volage, un peu putain, qui diffame le père de son fils, et ce vieux pensionnaire mystérieux, méfiant —joué avec un talent merveilleux par Hopkins. C’est un sage mais au passé obscur, télépathe à ses heures, qui initie le gamin aux choses de la vie, de sa vie…menacée. Qui aime ce garçon comme un père (le père du gamin a été tué). Notre jeune hôte, Dabid, tout satisfait lui aussi par ce film. Ce qui ne l’empêche pas d’aller au frigo sans cesse. Diable, vraiment un ogre à cet âge, un ado !
Ce matin, montant ici, petit déjeuner dit « de l’ogre » au « Petit poucet » de Val David, route 117. Yum ! Yum ! Deux oeufs, bacon (que je donne à Aile ), patates , jambon, délicieuses fèves au lard et leur bon « pain de ménage », de l’excellente confiture aux fraises. Yum ! Je fais cela une fois par mois seulement !
Après la promenade de santé, nos deux chaises à coussins sur la galerie. Lecture des « canards » épais du samedi. Le bonheur ! On se croirait en fin de mars, ma foi du bon yeu !
David a bien rigolé : il devait étudier Pol Morin, ce poète d’antan.
Ayant connu le personnage (décédé en 1964), ne me privant pas de le moquer, lui l’académique poète du « Paon d’émail » et sa canne de luxe, ses guêtres de gentleman (fils de grande famille, il allait au Collège Sainte-Marie à cheval), mon petit-fils se tenait les cotes en m’entendant ridiculiser ce conservateur nostalgique, ce grand épris de la Grèce antique, ce doux fou de mythologie gréco-romaine, cet aristo pondeur de poèmes à l’ancienne jisqu’à la fin des année 1950.
Or, je me secoue et je finis par lui avoier une certaine admoirayion. Cetrs le bonhomme mOrtin était retardé dans son lyrisme classiwue mais il n,En restaitbpas ,oins un valeureux personnage. Alors je vante sa culture à mon David et je lui dis qu’il avait ses mérites. Bref, j’ai craint de faire un portrait injuste et facile de ces bizarres « résistants » de cette époque, de ces malheureux passéistes qui se désolaient tant de nos temps modernes. Après tout, nos jeunes agressifs avant-gardistes n’ont pas tous mis au monde des œuvres si solides !
Comme ils aiment rire, ricaner, se moquer, ces jeunes gens. Nous étions ainsi à cet âge ? Je crois que oui.
5-
Mon grand plaisir. Michel Biron matraque —in « Le Devoir » de ce samedi matin— un livre de Marc Fisher. Biron parle d’un « faiseur de recettes » pour exciter les apprentis auteurs, les aspirants écrivains candides en mal de « formules magiques » pour pondre un best seller. Fisher en a pondu un jadis : « Le millionnaire ». Il n’en est pas revenu et se répand depuis en « cuisinier » expert. Je le matraque aussi dans ce « Écrire » qui va sortir des presses de l’éditeur de Trois-Pistoles bientôt.
Ce même Biron qui me rend si content m’a enragé il y a quelques mois en publiant que Ferron, Thériault et moi, étions des écrivains mineurs. Le quotidien de la rue de Bleury n’avait pas publié ma réplique. L’habitude maintenant…
Hélas, Denise Bombardier comme M.-F. Bazzo gaspillent de l’espace aujourd’hui. Deux chroniques… plates ! Ah si j’avais la chance d’avoir mon petit espace, il me semble que je prendrais un plus grand soin de ne pas ennuyer le lectorat…On dit ça, hein ?
À force de chroniquer…je me souviens du temps de mon bloc-notes quotidien au « Journal de Montréal », je me relisais parfois et je me disais : « ouaille, pas fort ce matin, le bonhomme, faut te fouetter ! »
Bill Clinton est venu jaser Place des Arts :on dit 200,00$ ou 100,000$ pour la causerie. Bigre ! 45 minutes de causette et le fric en gros ! Plus d’un demi-million pour la machine caritative concernée (hôpital je crois). Eh ! Un ancien président des UA, c’est pas Jos Bleau ! Bien chanceux. Entre 100,000$ et 200$ —…le cachet de l’UNEQ pour une jasette d’écrivain québécois dans écoles ou collèges— il y a une sacrée marge, pensez-pas ? Bon, à la prochaine invitation, je demanderai 1000$… non, c’est trop, disons 500$. On verra bien la réaction ! Pauvres de nous
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J’y pense : ce Bouchard qui racontait René Lévesque l’autre matin, pas un mot sur un fait prouvé. C’est le conflit de travail à Radio-Canada qui a mis Lévesque sur la politique. Voyant Ottawa de glace, incapable, pire complètement indifférent face à cette grève du réseau français de la SRC, des francophones « du pays lointain », le Québec, Lévesque éclatait un jour. Il fit un fameux discours anti-Ottawa. Fit un « édito » célèbre à la radio, aux journaux. Il parla « du soleil qui ne brillepas également selon les communautés en cause. « Il déclara que « la grève, au réseau anglais, à Toronto, se serait réglée en deux semaines au maximum ». C’est à ce moment (janvier 1958) que le fameux reporter apolotique et plutôt anti-nationaliste (à cause de Duplessis) se muait en homme politicien, en tribun farouche. Deux mois plus tard, trois ?, il était en campagne avec Lesage pour battre le duplessisme ! Est-ce que ce fait gêne les Bouchard venus de Radio-Canada ?
J’y songe : Aile et David. Elle me dit : »je vois que c’est un garçon sérieux, foncièrement bon, bien élévé, mais quelle candeur et quelle naïveté ! « Je ne sais que dire. Certes, à cet âge…Bon, David plus innocent que d’autres ? Est-ce bon ? Plus entier, plus naïf même ? Ça se peut. Il y a qu’il a un tempérament de « victorieux « . N’est-ce pas le lot commun des ados ? Comment savoir. Ne peux pas comparer vraiment. Cette sorte de sûreté de soi….. Qui engendre des sentences parfois définitives. Je ne cesse pas de le corriger avec chaleur. De lui faire admettre que tout n’est ni tout noir, ni tout blanc. Lourde tâche pour ses parents, pour moi, pour tous…Comment amener ces jeunesses à bien discerner les nuances ? Pas facile. J’ai confiance en lui. Je suis comme lui, trop confiant ? Ça se peut.

le vendredi 18 janvier 2002

le vendredi 18 janvier 2002
1-
Ma foi, enfin, le voici, le vrai hiver. On pourrait revirer le paysage à l’envers, ça ne changerait rien. Il neige vraiment ! La vue de ce paysage rendu comme invisible. Sans dessus dessous ! Blanc partout. La beauté, on l’oublie, de l’ouate en fines lamelles déchiquetées qui se laisse choir dan s l’air. Oui c’est beau, je le dis sans aimer vraiment cette saison froide. Mes vieux os…
Avons loué « Pearl Harbor », deux bobines. On regrette de n’être pas allé voir cela sur grand écran. Du bon boulot visuel. Certes, il faut attendre une bonne heure avant que s’enclenche…la guerre contre les Japonais de l’Empire du Soleil levant. Les séquences du pilonnage de la flotte américaine : du cinéma étonnant. Technique moderne impeccable. L’horreur. La surprise totale, un Président Rosevelt sidéré. Insulté. Révolté. Ulcéré.
Des images bouleversantes, morts, noyades, avions de kamikazes fous, Nippons horribles de cruauté, le fanatisme de cette époque… et voilà que ma chère Aile ose : « On comprend mieux les bombes sur Hiroshima et Nagasaki, non ? » Elle me dira, plus tard, retirer ses paroles sachant bien que les volcans atomique sur des civils est un « crime de guerre » inexpiable et impardonnable…dont on ne parle pas assez. « Malheur aux vaincus », le « vae victis ! », de la Rome impériale antique ? C’est dire la conviction qui fait enrager… face à l’authenticité apparente, et documentaire à la fois, installée par des talentueux cinéastes de ce « Pearl Harbor ».. Il y a une jolie romance au sein de cette reconstitution, comme l’exige le commerce, récit très plausible, au cœur de ce récit cauchemardesque. La scène (un fait historique confirmé) quand le Président, infirme condamné comme on sait, réussit à se tenir debout est extraordinairement forte. Un chef militaire japonais étonne : un adjudant lui dit qu’il est intelligent et il rétorque : « si je l’étais j’aurais réussi à empêcher cette guerre. »
2-
Vu le deuxième tome sur Mailer. Insatisfaisant. Son époque y est illustrée. Les trois tués célèbres : les deux Kennedy que Mailer aimaient bien, le Pasteur noir célèbre…Les États-Unis (Mailer dit AMERICA, hélas !) s’en trouveront abattus collectivement, honteux, surtout avec cet enlisement au Vietnam. Il faudra la réussite d’Apollo 11, (la lune !) pour que la communauté redresse la tête enfin. À partir de là, le vieux militant de gauche avoue qu’il a compris : « Je savais enfin qu’un écrivain ne peut changer le monde. » Il avoue sa candeur. Mailer y est souvent con (sur les femmes, niais même, mais très franc, lucide.
3-
Hier après-midi, jeudi mon Buissonneau au téléphone. On jase ad lib. On rigole. On se jure d’aller luncher à quatre, lui et sa Monique, moi et mon Aile. Du poulet ? Je blague ! Mon Paul a des jugements raides. Il n’a rien, comme moi, d’un intellectuel. Il aime. Il déteste. Puis, voyant ses erreurs, il admettra rapidement se errements. Comme moi. Nous sommes de la même farine, lui et moi pourtant un monde sépare nos enfances, lui, gamin-ouvrier en usine, à Paris sous les bombes, moi dans Villeray sur mon vélo fleuretant les filles ! J’aime sa ferveur, ses enthousiasmes. J’aime le fervents. Il va préparer en février qui vient un spectacle au chic TNM, du Tardieu. Inoubliable son « Théâtre de chambre », du même Tardieu à son Théâtre de quat’sous, jadis, oh oui, inoubliable ! « J’arrive pas à cesser le boulot, Claude… », me dit Buissonneau. Moi donc ! « Les femmes, ma Monique, sont bien plus sages que nous quand vient le temps de retraiter, de décrocher, non ? » Oui. Je trouve qu’il a bien raison.
4-
Critique molle du Perrault monté au Rideau-Vert, ce matin. « Au cœur de la rose » contiendrait trop de texte ampoulé, baroque.
La critique dit : « Il y a ce couple qui ne s’entend plus et qui craint, le dernier enfant parti vivre sa vie, de devoir se voir en face en face. » Oh…cela…! Oh la la…! Oui, grave question pour tant de couples qui ne vivent plus (ensemble) que pour les enfants. Le temps fatidique des départs de la progéniture arrive, la maison « familiale » qui se vide…L’heure de vérité sonne fort. Un drame souvent. J’en sais un bout là-dessus ! Ma vie vers 1975, 1976… je quitterai mon ex-couple, « dysfonctionel », en juin 1978, rien à faire.
5-
La fameuse Monica aux cigares dans un film pour s’expliquer : « Non, je ne voulait pas la notoriété et non je ne suis pas une candide stupide. » Bon, bon. Reste qu’une groupie est une groupie et on voit ces « achalantes » collantes toujours dans le sillage d’une vedette. Clinton était une star. Parfois, souvent même , c’est un héros de music pop. Même dégât chez ces suiveuses énamourées et niaises. Exploitées comme torchons. On sait tous de ces histoires. Me taire sur certains parages… c’est trop triste.
J’ai oublié, vu le deuxième épisode du célèbre cinéaste Spielberg chez le Lipton de l’Actor’s studio, canal ARTV. Bon. Dans le premier, un grand moment. Ce questionneur plutôt fat, Lipton, (oui, comme la soupe) lui sort une analyse de son cru qui va qui jeter Stephen S. à l’envers. À la fin de « Close encounter… », lui dit-il, cette musique merveilleuse, c’est votre maman, une bonne musicienne, et la machine extraterrestre inouïe, complexe, c’est votre papa, un mathématicien reconnu, non ? Vous avez voulu les réconcilier, les réunir, ayant tant été meurtri, vous l’avez dit, par leur séparation, enfant ? C’est cela ? »
Oh oh ! Le Stephen, les bras à terre, il va murmurer, ému :
« Merci de me le faire découvrir, vous avez sans aucun doute raison. » Oui, un très grands moment de télé. Un lourd silence en studio. Me voilà tout admiratif pour le Lipton en question, sous ses dehors de despote dominateur, il y a donc ce bonhomme brillant.
Spielberg, jeune ado, avait une caméra 8mm, cancre aux études, et il ne cessait de filmer partout, de monter des « séances » d’un amateurisme qui le fait bien rire maintenant. Refusé à une école sérieuse en cinéma, il deviendra « go for », commis, « traîneux » de coulisses quoi, dans les grands studios d’Hollywood, finira par se faire un bon contact. Il fera de la tété d’abord, du dépannage, et puis viendra son fameux « Duel », ce film étonnant que j’ai aimé, admiré, énormément, cette mystérieuse chasse à l’homme par un fardier de 22 roues, puissant et anonyme. Premier signe d’un talent hors du commun. On sait la suite. Avec des erreur de parcours comme il se doit.
6-
À Cuba : pardon au Padron ! Un reporter, ce Pradon, qui avait traité de « menteur » en ondes, le très démocratique Fidel Castro. La prison ! Tombé malade gravement dans sa geôle infect, les autorités de Cuba vont le libérer. C’est le Pen CLub qui a collaboré à sa libération. Ce club, où des écrivains s’associent avec des détenus politiques, ainsi, finit, à l’occasion, par des réussites merveilleuses.
Hélas, durant la crise d’Oka, été 1989, ceux du Pen Club avec Amnisty et Greenpeace, se rangeaient comme des girouettes connes contre le « méchant Québec raciste », décrié par les gazettes anglos, heureuses, dans cette tourmente, de jeter de l’huile sur ce feu sauvage (oh !) propice à leur francophobie maladive. Ils se portaient à la défense des pauvres petits anges amérindiens, les « warriors », une pègre de Saint-Régis qui voulait seulement davantage de passe-droit pour leurs trafics louches de contrebandiers « hors-taxes ». La mode… ces trois organismes tombaient dans la rectitude aveuglée, –et Mgr. Tutu y alla de sa bouffonnerie— j’avais déchiré mes cartes de membre et engueulé ses représentants. Lisons, relisons, de Robin Philpot,, son « Oka, dernier alibi… » (VLB, éditeur) , il donne l’heure juste, montre des documents, de articles sur le racisme indiscutable des anglos nous désignant collectivement comme « racistes obtus. »
7-
À Télé-Québec, (aux « Franc-Tireurs »)avec les frondeurs incorrects, Martineau et Cie, avoir vu un Chapleau tout étonné. Comme moi, il découvrait soudain un Kaboul avec des édifices importants, une ambassade des USA, un théâtre alors qu’avant la fuite des Talibans, il n’y avait, apparemment, à Kaboul, comme dans le reste de l’Afghanistan, que deux pierres et trois roches, un tas de sable et une clôture arrachée.
Bravo ! En effet, ce fut une révélation soudainement. On a en studio de « manipulation », parlé de cette reporter, « la Galipeau avec son foulard, carré de soie Chanel » disait Chapleau, plaquée devant une ruine déserte… Non mais… Ces mensonges de nos grands réseaux, de nos « envoyés au front ». Quel mépris envers nous tous et que la honte les recouvre ces manipulateurs stipendiés.
Même émission, souvent captivante, une Dominique Michel, franche, frondeuse et qui répondra clairement aux questions piégées du questionneur. Découverte une fois encore que face à une interview bien menée, c’est une autre affaire…Une star, à la réputation moche sur le plan de idées, semblera soudain bien mieux équipée intellectuellement qu’on le croyait. Délivrez les artistes des mignardises des entrevues connes où il n’y a que pub, plogue.
8-
Cette série sur la pègre, sur « La famille » Caruana et Cuntrera se révèle obscur. Les noms volent. Impossible de s’y retrouver. Aile, si brillante en matière trouble, en scénarii complexes (qu’elle s’amuse à m’expliciter après visionnement, la saudite !) eh bien, elle aussi, médusée, toute embrouillée dans ces maillages siciliens, états-uniens et…montréalais. Elle me dit : « Je crois que ces auteurs veulent ces ambiguïtés. Que cela les arrange. Ils savent que le mystère épais donne l’apparence d’intrigues savantes, emberlificotées, lourdes. » On y est perdu comme dans la série (bien filmée, bien actée) avec intrigues « poudre aux yeux, de Dionne, « Omerta ».Même opacité avec « Le parrain, 1 2 et 3. Grand public à cause du sujet, succès fort à cause des vedettes surdoués… et le public se tait qui se dit : « je pourrais passer pour gnochon » ! Un enquêteur de la GRC admet qu’on a stoppé son enquête sur les « blanchisseurs » à Ottawa. Faute de fond, dit-il. Oh yea ? Au beau milieu de « La famille », un important chef déclare : « Faut comprendre. Empêcher le blanchiment des milliards de l’argent sale de drogues, ce serait la catastrophe, l’effondrement totale des économies du mondiales ». Bang ! On se regarde Aile et moi. Effondrés, nous le sommes, en effet ! Dit-il vrai ce haut gradé italien ?
9-
Ainsi, pas si éloigné de mon sujet, nous regardons fidèlement la série télé : « À la maison blanche. Des émissions dynamiques, jouées parfaitement, mais…des intrigues le plus souvent obscures. Pourtant, fin de la dernière —montrée, trop tard le samedi soir— étonnant revirement. Le Président en colère avec son chef de cabinet, qui en assez de toujours devoir calculer ses moindre déclarations, pour protéger les partisans frileux, les fournisseurs de fric, les amis des amis, ô la forte scène, le lobby de ceci ou de cela, et craindre la perte du pouvoir qui déclare subitement —il s’en va en campagne présidentielle—, qu’il va être lui-même et tant pis, justement, pour la perte du pouvoir.
Oh ! Merveilleuse colère.
Je me disais si Bernard Landry pouvait subir une telle tentation de vérité politique, le goût d’être un homme d’État, pas seulement un gestionnaire. S’ il pouvait avoir une semblable attaque de franchise totale. Le peuple québécois le verrait clairement. On a tort, toujours, de mépriser le peuple. S’il pouvait s’exprimer sans ne plus craindre de faire perdre le pouvoir au parti. Ce serait si merveilleux. Emballant. Fabuleux. Oui, il perdrait —peut-être, peut-être— le pouvoir. Et puis après ? On ne meurt pas de séjourner dans l’opposition un certain temps, bien au contraire parfois…
Ce qui serait enthousiasmant et fantastique ce serait justement de voir enfin un chef, un homme au pouvoir, qui dirait ce qu’il pense, ce qu’il veut, ce qu’il va faire, sans tous ce calculs des petits chefs de ses entourages. Ces mouches de coche qui ne protègent que leur job assuré au fond. Un Bernard Landry qui s’exclamerait une bonne fois : « Il nous faut maintenant, absolument, un pays, l’indépendance, les leviers complets. »
Qui dirait, courageux et disposé à partir : « Je ne suis pas intéressé à « gestionner » seulement, j’en ai assez de gouverner une simple province comme les neuf autre. Donnez-moi un pays ou bien voter contre moi, assez de ces « bons gouvernements », de la prudence électoraliste, je m’en irai autrement. Nous attendrons dans l’opposition.
10-
Je rêve de ce leader franc, capable de parler clairement, franchement, offrant de s’en aller sereinement, démontrant sa totale liberté, disant : :« Si vous ne votez pas avec moi pour un État du Québec, complet, normal, en vue d’une nation normale, battez-nous dans les urnes, pas de Landry à la tête d’un sous-pays, plus de Parti québécois déguisé en fédéraliste bougon. Je refuse de jouer l’éternel tirailleur avec Ottawa. Suffit ! On s’en ira. On attendra, un meilleur temps, un temps favorable pour obtenir notre unique et seul rêve. » Ô je rêve ? Ça ne viendra jamais un tel homme libre ?
Après tout, l’ indépendance, la patrie à faire naître, c’est bien et toujours l’article numéro un du programme. Non ?
L’autre soir, il était beau à voir le comédien (Martin Sheen, qui est excellent dans ce rôle) illustrait un homme au pouvoir et qui décide qu’il n’en veut plus du pouvoir s’il doit rester une marionnette utile à tout le monde. Landry a-t-il vu cet épisode dans son fief de Varennes ? Si oui, il a dû réfléchir et fortement. Aile et moi…ébranlés, secoués ! Vraiment !
11-
Fou, je me suis dis :j’écris un mot à mon ex-ami, Roy, (il m’a déjà fait cadeau d’une plume spéciale pour mes gribouillis) qui est le chef-de-cabinet de Landry, je lui raconte…ce que je viens d’écrire…Et on verra bien. Le droit de m’envoyer paître certes et je resterai ce mou patriote, comme tant des nôtres, dépités, désarmés. Dans ce triste décor aux empoignes usées à la corde, il n’y a rien pour nous stimuler.
Bref, comme je me battrais alors pour cet homme libre. Mais lutter avec un simple gestionnaire ordinaire…pouah ! Aucun intérêt. Nous serions surpris, très étonnés de voir comment un tel chef serait capable d’entraîner un peuple à qui, une fois on dirait sa seule et profonde motivation de lutter politiquement.. Bon, me calmer et envoyer cet extrait de J.N., au bureau du député de Varennes. Je le ferai.
Un mot sur « Phylactère Cola », prurit d’un genre folichon qui nous exaspère. Comme l’Infoman quand, trop souvent, il est en panne d’inspiration et offre le vide et le nul. Comme avec ce bonhomme au séchoir automatique… vu à T.Q. je crois.
Amateurisme apprécié par qui ? Par des ados en mal de sketchettes bâclés ? Une « séance » de fond de sous-sol d’église, dans le temps, était plus soignée que ça ! Ah si j’avais encore ma chronique au Journal de Péladeau (1971-1976), ou un micro comme à CJMS (1989-1994). Je fesserais et fort ! J’entends rien, que de complaisance partout ! Avons-nous tort ? Sommes-nous dépassés ? On ne sait pas.

Le jeudi 27 décembre 2001

1-
Visionnons hier soir,  » Le suiveur  » (Following), un film de Nolan. Nous avions vu son homme  » tatoué  » avec  » Momentum « , c’était un récit bizarre, celui d’un malade ( perte de sa mémoire d’antan), qui se tatouait sur le corps des fragments de ses souvenirs Cette fois avec  » Le suiveur « , tourné en noir et blanc,
Un aspirant romancier, Bill, suit dans la rue de gens qui lui semblent  » particuliers  » mais, un jour, il suit un type curieux, Cobb. Ce dernier, sa sachant suivi (par le héros du film), le retient, le fascine. Il l’amènera dans un chic restau et lui révèlera qu’il est un brigand professionnel.
Alors tout va basculer. Bill, notre écrivain virtuel, le suivra partout, découvrira un voleur hors du commun. Ce Cobb lui enseignera ses trucs pour s’introduire chez les gens et dérober certains effets précis. Ce  » fantomas « , cet Arsène Lupin, va l’entraîner ‹c’est le coeur du film‹ dans une impasse totale. Le jeune romancier en friche  » en aura pour son argent  » (volé),
comme on dit. Nolan a monté son film minutieusement en nous révélant, souvent par  » flash back « , et  » flash forward  » un machiavélique plan qui enfermera  » le  » romancier dans un cul de sac effarant, une impasse à faire frémir tout auteur en devenir..
Ma chère Aile,  » une horrible première de classe « , apprécie les films complexes ‹du genre  » The conversation  » ou  » Trois jours du Condor « ‹, elle fut servie hier soir avec  » Le suiveur « .
2-
Ce matin, du soleil mais tamisé par un ciel bigarré, gris, bleuté par zones distribuées anarchiquement. Avant d’aller aux journaux et cigarettes, nettoyant les tapis de coco, je remarque des pistes dans la neige un peu partout. Je me demande toujours quels sont ces bestioles qui, nuitamment, fouinent ici et là autour de la maison. Traces autour des cèdres, sous les deux grandes épinettes, sur la boîte aux rebuts. Lièvres, mulots, siffleux (?), chats sauvages. Ours ? On dit qu’il y en a un, rôdeur, vu souvent au Sommet Bleu voisin!
Ou simples chiens et chats errants ?
3-
Ce duo funeste, les Bill et Cobb du  » suiveur « , attendait dans sa boîte du Vidéoclub puisqu’on reluque d’abord ce qu’offre la télé. Jean Lapointe, Brigitte Bardot,  » Cats « , le pape Jean-Paul 2. Merveilleuse zapette frénétique, on pitonne! Lapointe et la Brigitte vite éliminés car le show broadwaiien,  » Cats « , est grouillant, pelisses remuantes frénétiquement, branle-bas des pattes et des queues, des oreilles et des moustaches. Mais trop c’est trop : décors excessifs, costumes aussi, ça écoeure les yeux! C’est le pape polonais qui gagne!
À RDI donc, excellent documentaire sur le parcours de ce Pontife itinérant, 91 voyages autour du monde. Il servait de détonateur, en sa chère Pologne, la victoire de  » Solidarnosc  » faisant s’écrouler bientôt (décembre 1989 et janvier1990) débouler le château soviétique. Je songe à l’ami et voisin J.,-P. J. qui, jamais, jamais, ne regarde la télé, qu’il méprise profondément. Je respecte son chois tout en le grondant fréquemment. Il y a un horaire. Il y a du bon. Rare il est vrai. Mais se priver de cet outil est, il me semble, d’une grande bêtise. À preuve ce récit d’un pape-voyageur étonnant, demandant souvent  » pardon  » ‹à Jérusalem comme à Berlin‹ pour les erreurs, et certaines horreurs, commises par les catholiques de jadis. Un exemple à suivre pour notre haut-clergé récalcitrant, lâche, face aux enfants orphelins  » internés  » en asiles de déments pour ramasser davantage du fric d’Ottawa.
On nous montrait les richesses historiques du Vatican et voir ces célèbres fresques ‹de la chapelle Sixtine‹ fraîchement rénovées surprennent, comme peintes  » hier  » désormais, si claires, si colorées! Nous nous souvenions, Aile et moi, en 1980, avoir vu les  » très  » enfumées,  » très  » noircies murales. C’était alors un  » trésor  » bien peu stimulant visuellement.
4-
Après  » Le suiveur « , film bref, visionnement à la SRC d’une sorte de biographie de Félix Leclerc. Fûmes encore saisi d’admiration pour cet enfant de Grand-Mère devenu une vedette de la chanson en Europe d’abord et puis ici quand le mépris des urbains pour les  » habitants  » cessa, se fractura. Colonialisme : Paris disait  » Vous avez un génie de la chanson chez vous.  »
Alors, là, les nôtres vont l’applaudir. Ils avaient le permis de Paris! Ensuite, leçon apprise, ça va changer.
Félix, en 1968, farouche anti-nationaliste, avait déclaré :  » Si jamais il y a indépendance du Québec, je lutterai pour faire déclarer mon Île d’Orléans,  » territoire international « . À partir de 1970, il deviendra pourtant militant actif de la cause sacrée! L’on chuchotait que sa conversion était le résultat des arguments sermons du brillant beau-frère ‹ » l’espion de la GRC « ‹ Claude Morin, un ministre d’importance chez René Lévesque.
J’écoute en ce moment des chansons de Michel Rivard ‹aussi de Piché‹ et je me souviens du grand succès de  » Beau dommage « , sans que, cette fois, Paris autorise les éloges. Bizarre, Félix est mort à 8 h, le 8 août de 1988! Que de 8! Sa fille ‹d’une deuxième union‹, très présente dans ce bon portait télévisé, dit que  » le chiffre 8 c’est l’infini », un chiffre sans fin, courbure en un seul motif de deux disques.
Anecdote, jeune écolier, époque de tirages fréquents, j’avais décidé de dire toujours  » 8 « ! Je me disais : ce sera mon chiffre chanceux. Et je ne gagnais jamais rien!
5-
 » Journées nettes  » comme dans  » faire le ménage  » des jours.  » Mettre au propre ?  » Nettoyer le bureau encombré. Repartir chaque jour à zéro ? Journées : ou  » journey « , voyage quotidien. Nettes : un  » net « , de tennis, courir les balles, ou le  » net  » du pêcheur et capturer les prises au jour le jour. J’achève de corriger, d’améliorer, le petit livre  » Écrire  » pour V.-L. Beaulieu. Je devrais lui expédier le tout autour du Jour de l’an. Qu’en dira-t-il ? Aile, elle, énervée, son problème du jour ‹Oh Clémence,  » la femme  » éternelle, hein ?‹ devoir trouver un chaudron de fonte émaillée, introuvable dans le voisinage, pour la cuisson de son  » six-pâtes  » promis quand viendront, ici, tous les miens le premier jour de 2002.
Tiens :  » le soleil est parti , il m’a dit de le dire « , comme chantait Donald Lautrec; en effet, je vous le dis :il est parti maintenant ? Où ?  » Il a rendez-vous avec la lune « , je gagerais, monsieur Trenet.

le mardi 18 décembre 2001

1-
Enfin, le soleil. Soleil d’hiver mais bon! Lac enfin bien glacé. La neige partout ce mardi matin. Lumière québécoise unique, familière. On y est pour des mois !  » Aile  » vient de partir aux courses chez Chèvrefils-Métro. Comme en France, depuis toujours, nous achetons au jour le jour les victuailles nécessaires. Avec des enfants à la maison, il en va autrement sans doute. Le congélateur est de mise. Aile prévoit le repas du soir et, le lendemain, c’est les mets de l’école-des-chefs. Sauf en week-end, école fermée !
2-
Hier soir, larmes de mon Aile. Nous regardions le documentaire biographique sur Vigneault, notre poète populaire bien aimé. Aile pleure souvent. Aile a un grand c¦ur. Aile s’émeut facilement et j’aime ça. L’émission-Vigneault à Musimax (Musicorama ?) passait très vite sur la première épouse et les quatre premiers enfants ( Pudeur !Cachette ?) du grand barde de la Vieille Capitale venu du fond de la Côte Nord, venu aussi, beaucoup, du petit Séminaire de Rimouski où s’exilent les écoliers des territoires lointains. Terrible ce passage du papa de Vigneault qui dit à la maman :  » Non, Gilles ne reviendra pas ici, il viendra juste en vacances « . La mère, espérante, souhaitait le retour de l’enfant instruit. Un seul fils  » premier mariage raté  » de G.V. témoignait, bafouillant un peu, semblant  » magané, sur un père  » très absent « , tout consacré à sa carrière débutant en trombe, les tournées et le reste. La gloire quoi ! Ce dernier semblait comme accablé de n’être que  » le fils de! « . Cette question me tracasse un peu. Cette production  » TV-maxplus  » bien ficelé.
3-
Coup de fil ce matin du Guy Lachance,  » esclave heureux  » du Arcand ce CKAC. On m’attend le vendredi qui vient pour un conte de Noël. Brr! Je vais m’y mettre.
Allant aux journaux et cigarettes, ce matin, une voiture stationnée émet ses oxydes maudits ! Une dame sort! je lui dis :  » pollution, madame.  » Elle me regarde sans trop saisir. J’ai vu encore une fois le style : « Pis, je m’en sacre !  » J’enrage de l’égocentrisme du monde.
Hier soir, donc, larmes. Finalement  » Aile  » me raconte sa visite à la docteure, le matin. Découverte de protéine (?) dans ses urines. La toubid :  » Oh 1 Oh ! J’aime pas ça. Faudra revenir, examens à Notre-Dame, etc. Bien examiner ça, car on peut prévoir une maladie des reins.  » Voilà donc l’angoisse installée. Ma chère Aile bien énervée. La vraie raison de tant de larmes face au Vigneault télévisé ? Je tente de la calmer. De type espagnol (?) Aile redoute la mort sans cesse. Dit :  » Tu ne m’oublieras pas trop vite! quand je n’y serai plus, tu penseras souvent à moi! ?  » Je déteste sa noirceur. Je proteste. Je la caresse. Je tente le réconfort bien mâle.  » Tu verras, il n’y aura rien, tu es forte, solide. « . Difficile de réconforter l’anxiété naturelle à Aile. Aile éclate :  » Tu sais, même à 150 ans, vu la génétique raccommodable, rafistolages prévus des  » vieux  » qui s’annoncent, je ne voudrai pas mourir. Je refuse la mort.  » Je fis :  » fais comme moi, va pas là chez les médecins !  » Elle dit :  » Non, non, faut prévoir, prévenir les failles.  » Bon. Que dire ? Le calme revient. Les actualités du Bureau s’amènent : tant d’horreurs au Proche-Orient ! Alors, eh oui, tout se! relativise et on la ferme, bien contents de vivre ici.
4-
VU aussi hier soir, mon excellent confesseur pour ma  » Biographie  » du Canal D. C’est lui qui jase cette fois face au Charron. George-Hébert Germain, comme le Luc Plamondon, vient d’une famille de 14 enfants ! Cela me confond toujours. Comment faisaient ces mères ? Mystère ! Vu aussi un petit bout de ce  » Warriors, mission impossible « , sérier qui fait bien voir l’ impuissance enrageante de ces soldats de l’ONU qui doivent se changer en! infirmiers, en gardiens stériles quand, autour d’eux, fait rage, tonne, le combat des Serbes envahisseurs haineux, racistes, et des Albanais, des Kosovars déterminés à s’entretuer.
Scènes effroyables de la misère noire et ces jeunes garçons qui observent les carnages et ont des ordres pour ne pas s’interposer. Découvertes horribles de nos enfants en uniformes d’un monde inconnu, constatation qu’ils ne peuvent calmer le jeu, qu’il s ne servent que d’observateur désarmés. Mon Dieu, quel choc pour ces jeunes envoyés venus d’un monde, le nôtre, où la paix règne. Des maladies psychologiques s’ensuivront.
5-
La Pétrowsky ce matin : elle serait journaliste à Nice-Matin si ses parents ne s’étaient pas exilés de Nice pour s’installer au Québec. Nathalie en remercie le ciel ! Un si joli quotidien. Je me suis souvenu, en mai 1980, nous arrivions en France, à Nice, premier séjour. Rue Victor-Hugo, angle Gounod, l’hôtel Napoléon ou Bonaparte, je me souviens mal. Dès ce premier matin en France, avec les croissants, le café crémeux, ce Nice-Matin sur le plateau, la découverte des pages en couleurs ravissantes. La Beauté ! C’était nouveau à cette époque. Pétrowsky voulait surtout parler des proprios d’un paquet de journaux  » Canadians  » dont  » The Gazette  » la fréquente feuille francophobe. Le  » boss « , Asper, père et fils, de Winnipeg, décident que leurs gazettes doivent imprimer régulièrement leurs opinions éditorialistes. Eh ! Scandale chez les reporters. Or, les patrons des nombreux journaux des années 1800, à Paris par exemple, fondaient des quotidiens et des mensuels, pour justement diffuser leurs opinions politiques. Normal, non ? Toutes les nuances ‹de gauche à droite‹ y étaient illustrées. Viendra plus tard, cette presse  » des faits  » seulement, incolore, aux Etats-Unis surtout. Avec des  » billets  » non signés.
6-
C’est le jeu.  » Fondez vos journaux, les mécontents « , dit le riche bonhomme Asper. Eh ! Voilà bien le hic. Pas assez de journaux selon les tendances. Au Québec, par exemple, à part le trop timide Le Devoir, aucun grand journal indépendantiste pour refléter 60 % des nôtres qui votaient  » oui « , en 1995, à l’indépendance du Québec. C’est grave ! Ça n’est pas normal. En France, la gauche à ses haut-parleurs, comme la droite a les siens. Ici, rien. On voit (depuis1995, ça crève les yeux) La Presse publiant presque seulement les  » lettres ouvertes  » des fédéralistes. C’est évident. Vigneault tiens chantait :  » Tu penses qu’on s’en aperçoit pas ?  » Je lis que Télé-Québec songerait à des émissions d’affaires publiques « , la bonne idée. Ainsi contrairement à Radio-Canada, l’on pourrait attaquer la centralisation d’Ottawa sans risquer de faire montrer la porte.
7-
Je rencontre René Ferron (un ex-éditeur à moi), au resto, il a raté un journal -web sur Internet qu’il animait.  » Les gens voulaient pas payer, trichent.  » Il a fermé sa baraque. Il me dit :  » Qu’est-ce qu’on pourrait faire, mon Claude ? .  » Je me dis que ce  » fils de famille bien « , trifluvien, a des sous.  » Écoute René, rencontre donc Jacques Keable, on me dit qu’il souhaite fonder un journal de gauche.  » Mon Ferron aussitôt :  » T’es pas fou. De gauche ? Vois-tu ça, comme au défunt  » Le jour  » d’Yves Michaux, les syndicats à la barre, les pagailles, oh non, non !  » Découragement !
8-
Soudain, des images au cerveau. Celles vues hier au  » portrait  » de Vigneault , ces larmes de déception lors du référendum de mai 1980 au centre Paul-Sauvé. Aile et moi,
avions quitté Nice ‹j’avais été invité à son université pour parler de note littérature ‹ pour l’Italie. Assis à une terrasse de la belle Florence, Plaza del popolo, on ouvre un journal parisien. Bang ! Manchette :  » Le Québec se dit  » non  » à lui-même !  » Le choc !
J’avais, avant de partir, fait, ici et là, quelques  » sermons  » patriotiques aux côtés des Lazure, Jacques-Yvan Morin et le  » père  » de la Loi 101. Nous éclatons en larmes, Aile et moi. Voulant faire venir des cafés, le garçon fit mine de ne pas nous voir, certain, vu le couple braillard, que se déroulait une vilaine chicane d’amoureux. Oh la la !
 » Il n’y a plus de cette merveilleuse ferveur « , disait Raymonde hier soir en revoyant celle des gens du  » oui « . en 1980. Eh! oui !
Parfois, le goût d’acheter des magazines français. Je lis  » L’Express  » et  » Le Nouvel observateur « . Des querelles m’échappent, très hexagonales. Voilà pourquoi je ne lis pas souvent ce revues bien faites. À part  » L’actualité « , qui vogue trop souvent dans les mondanités d’un certain jet set, on n’a rien de tel au Québec, hélas.
Oh, souper ! Déjà ?

MICHAUD:LA CAUSE AVANT TOUT!

Objet : MICHAUD:LA CAUSE AVANT TOUT!
M. l’éditeur,
J’ai voulu conseiller Yves Michaud en début de querelle. M. Rény de Mercier, me fit part, au téléphone, qu’Yves était, dans son salon, en grande discussion avec Jacques Parizeau, qu’il me rappellerait. Il n’en fit rien, hélas. Ce que je voulais lui dire? Ceci: »Prudence! Silence! Surtout ne pas envenimer la querelle débutante, ce qui ferait bien l’affaire de tous les John Charest et autres ennemis de notre cause sacrée, l’indépendance.
Plusieurs commentateurs ont cité mon nom en exemple dans ce genre de conflit au P.Q.
Justement. Candidat à l’investiture péquiste dans Outremont, en 1994, découvrant que la centrale du P.Q., alors rue Saint-Hubet, se questionnait sur l’utilité (le danger?) du candidat-Jasmin, j’avais donné ma démission. M. Parizeau joua le grand inquisiteur et plastronna aux « téléjournaux » qu’il m’avait « jeté », que mes idées ne convenaient pas avec l’idéologie du parti.
Des militants en colère firent parasdce aux assemblée publiques d’Outremont, clamant que j’étais « leur meilleur ». Des dizaines de demandes d’ interviews firent « rougir » mon répondeur téléphonique mais je refusai toute rencontre avec les médias. Je gardai un silence total et je m’enfuis… dans mes terres. Je savais trop bien que l’on voulait jeter de l’huile sur le feu. La cause sacrée passait devant ma frustration et les accusations folichonnes. Yves Michaud devrait se taire, s’éloigner au plus vite des troublions intéressés à semer la pagaille chez les indépendantistes.
Le « vox populi » (on l’a bien vu dans les tribunes publiques à la radio comme dans la presse) est de son côté. Cela devrait le consoler et puis, diantre! on ne meurt pas d’un blâme unanime de l’assemblée des élus orchestré par deux énervés de la « rectitude politique ». Il n’a qu’à dire qu’il s’est exprimé maladroitement et qu’il retire ses propos. Il le fera s’il a vraiment à coeur notre combat politique pour l’indépendance. Tout le monde comprendra qu’il pense ce qu’il pense (avec raison à mon avis). Ce qui a été dit a été dit. Nos adversaires vont rager de voir ce feu s’éteindre quand ils croyaient tenir enfin un bon filon (tison!) de dispute grave parmi les indépendantistes.
Qu’il m’imite, ne tombe pas plus longtemps dans le piège des fédéralistes sauce John Charest.
Claude Jasmin
Sainte-Adèle

LE MYSTÈRE TRUDEAU

En tant qu’adversaire idéologique j’ai voulu attendre l’enterrement de Trudeau (ce que « l’espion alternatif » Claude Morin aurait pu faire, lui aussi) avant de publier mon sentiment sur le « grand homme » des Chrétien, Lalonde, Joyal et Cie. Il s’agit d’une question de bienséance élémentaire face à ses proches en deuil. Jeune auteur, je le croisais souvent (festivals de cinéma des Juneau-Demers, ciné-clubs, lancements et vernissages), plus régulièrement aux formidables séances publiques (1958-1963) de l’ICAP (Institut canadien d’affaires publiques). Il était un richard gauchiste (ça existe!), dandy engagé (ça existe!), indépendant, séduisant. Le regard farouche qu’il nous lança (comme son ami Sauvé et d’autres fédéralistes) quand, dans les salles d’hôtels des Laurentides, nous proclamions, indépendantistes infiltrés, qu’il fallait changer le sigle de l’ICAP par IQAP, Institut québécois des affaires publiques.
Plus tard, grèviste de Radio-Canada,1958-59, j’ai côtoyé et j’ai vu un Jean Marchand, ami de Trudeau, intelligent tribun, à peine inquiet quand il vit René Lévesque se muer en nationaliste. Plus tard encore, travaillant sous la direction de Gérard Pelletier à La Presse (1961-1966), je voyais un patron pas trop nerveux face à la montée de l’indépendantisme de quelques uns de ses collaborateurs. Des observateurs mieux informés nous expliqueront-ils clairement d’où pouvait bien venir la méfiance viscérale, dès 1963, de Trudeau, cette haine qui relevait de la passion (dont il disait pourtant tant se méfier), d’un patriotisme pourtant progressiste, gauchiste même, qui n’avait rien à voir pourtant avec le vieux nationalisme cléricaliste et obscurantiste du duplessisme moribond. Ces trois brillants esprits (Marchand, Pelletier, Trudeau) auraient pu donner un sérieux coup de main au nouveau et jeune nationalisme aux couleurs de la sociale-démocratie, tendance pourtant appréciée chez Trudeau.
Aujourd’hui, nous savons que Trudeau, en jeune nationaliste, fit campagne, au début de la guerre de ’39-’45, contre l’appel aux armes fédéraliste, impérialiste et monarchiste du temps de la « ‘Conscription », que Trudeau était à la même tribune, par exemple, qu’un ex-confrère du collège Brébeuf, Michel Chartrand. Nous avons aussi appris qu’il soutenait les ouvriers québécois en grève, qu’il en appelait même à la révolte armée et qu’il se fit calmer et gronder par le chef syndical Jean Marchand.
Quand Duplessis meurt à l’automne de 1959, quand Jean Lesage s’installe à la formidable roue de la révolution « tranquille », Trudeau au lieu de s’y joindre, au moins d’applaudir ces changements qu’il avait tant souhaités, parle soudainement de s’y opposer, d’y faire « contrepoids ». Mais pourquoi donc? Quel contrepoids? Contrepoids à quoi? Contre quoi au juste? Ah oui, un mystère opaque!

TRUDEAU EN CHEF NATIONALISTE QUÉBÉCOIS?
Désemparé, René Lévesque, en 1980, commit la bourde de faire une méchante et mesquine allusion à sa mère Grace Elliott. C’était un peu court, gros, et montrait la peur de Trudeau, sentiment prémonitoire puisque, oui, Trudeau gagna sur Lévesque en 1980. Indubitablement. Mais le mystère reste entier. On a donc le droit d’imaginer un Trudeau virulent réformiste qui aurait accepté naturellement de batailler pour la modernisation, voire pour l’indépendance nationale. Lui qui applaudissait, dans son « Cité libre », l’Algérie algérienne et une patrie pour les Israéliens. en ce temps-là! Un Trudeau que Jean Lesage aurait réussi à enrôler à ses côtés.
Est-il inimaginable de songer à un Trudeau devenant, un jour, chef du nouveau nationalisme québécois? Pourquoi pas? Qu’est-ce que c’est que « sa » théorie de « faire contrepoids »? Une improvisation vaseuse, peu crédible, non? Ca ne tient pas debout. « Les circonstances, il le disait, font un destin ». Il aurait donc pu dire « oui » au formidable mouvement libéral québécois, étant un héritier naturel des penseurs libéraux d’ici, Nadeau et Lapalme. Trudeau aurait pu devenir par la suite un leader souverainiste décidé, plus agressif, plus habile aussi, et, osons le dire, plus « victorieux » que René Lévesque, calculateur velléitaire, pusillanime souvent, soupeseur de risques, fabriquant de questions référendaires ambiguës, à l’occasion. Mais trêve de supputations et reparlons du « mystère Trudeau ». Car, « cages à homard » ou question alambiquée à un référendum, ces « astuces » font surtout voir le désir de s’accrocher au pouvoir, coûte que coûte.
Donc les « circonstances » ayant propulsé Trudeau ‹après de longues hésitations de sa part, confesse-t-il‹ en chef politique fédéraliste, il va constater qu’il y est fort bien installé pour poursuivre son étrange ‹et haineux‹ combat contre les nouveaux nationalistes québécois. Trudeau, mauvaise conscience?, va tenter d’imposer à toute la fédération le bilinguisme officiel. Se venge-t-il en somme d’un racisme « outre-outaouais » qu’il a constaté et vécu plus tôt quand il y était grand commis? Ce Trudeau annonce aux Québécois valseurs, timorés, archiprudents (pour des raisons culturelles et politiques bien connues), oui, il annonce, promet aux nationalistes prudents que « son » Canada va changer, se transformer: »nouis meetons nos szièges en jkeu là-dessus! Pourtant son initiateur de jadis, Marchand, lui, a fini par fuir Ottawa écoeuré par la francophobie. Enfin lucide, Marchand constate l’incorrigible francophobie du ROC, lors de la lutte pour le français chez « Les gens de l’air ».
On sait la suite, sont arrivés la vague bleue, l’affairiste Brian Mulroney et son alliance avec le René Lévesque du « beau risque » et « le retour dans l’honneur » bouchardien, ce qui transformera Trudeau en vieillard précoce, rongeant un os amer, demi retraité, veilleur entêté, saboteur de deux projets d’entente (dont Meech). Bref, l’idéaliste du pays aux cent ethnies, l’équarrisseur aveuglé ‹ »il n’y a pas de nation québécoise », ce n’est qu’une « tribu »‹ s’enfermera dans son utopie pendant que les partis indépendantistes (Parti Québécois ici et Bloc à Ottawa) se feront élire par une majorité des nôtres. L’échec de son rêve est total! N’empêche, il reste le mystère-Trudeau, celui du rédacteur de 1963 à Cité libre: « Adonques que je me rase quand j’entends l’engeance nationaliste », celui de « Genoux tremblants, coeurs saignants… just watch me! » de 1970.

DÉDOUBLEMENT DE PERSONNALITÉ?
Résumons: un Québécois d’Outremont, fils de millionnaire, orphelin de père jeune, voyageur indépendant de fortune, à la fois séducteur et solitaire sauvage à la haute scolarité, fainéant intelligent et parfois bûcheur, timide et arrogant à la fois, pingre et généreux à la fois, playboy longtemps et puis époux-sur-le-tard, chef politique et par conséquent vieux « papa manquant », a été nationaliste ardent d’abord puis anti-duplessiste comme tous les nationalistes de gauche et finira, en octobre 1970, comme instigateur de rumeur ‹ »une insurrection appréhendée » folichonne‹ et emprisonneur de centaines et de centaines de pacifistes gauchistes en accord avec les excités (face au parti municipal populiste naissant, le FRAP) Côté-Saulnier-Drapeau, L’action noire d’un Trudeau déboussolé par la « persistance » indépendantiste? Ce Trudeau, ancien dissident d’ici, délinquant de classe, emprisonné en Palestine, lui qui se mu en super police répressive? Ah oui, il y a un mystère-Trudeau!
Dans l’excellente série télévisée du réalisateur Pierre Castonguay et du questionneur J.-F. Lépine (que l’on rediffuse), Trudeau se désole de son rôle de « bouffon », de « pitre » (ses propres mots), il parle carrément d’un dédoublement de personnalité. Il avoue ingénument qu’il s’observait, quasiment incrédule, en matamore à pirouettes. Il nous signale donc deux personnages, l’un en naturaliste nostalgique et l’autre en politicien cabotin. Trudeau nous le dit: « je jouais comme un personnage », « je ne me reconnaissais pas ». Hélas, ce « double », aquinesque, malfaisant, retardait la naissance officielle (car il existe en réalité) d’un pays pour les Québécois.
C’est le docteur Jeckill et Mr. Hyde! Cette schizophrénie, (doublé à l’occasion d’un paranoïde) avouée devant la caméra quelques années avant sa mort démontre une névrose indiscutablement. Une psychose, diront ses pires adversaires. Trudeau devait savoir, intelligent comme il l’était, qu’il servait de « lieutenant émérite » du Canada anglophone, sauce Louis – Hyppolite LaFontaine, sauce Georges-Étienne Cartier, sauce Ernest Lapointe, sauce Louis-Stephen Saint-Laurent. Comme Ottawa a su en tolérer avant et depuis 1867. Alors, le mercenaire, le serviteur du statu quo, pour compenser, pour pouvoir se regarder dans le miroir, a pu brasser certaines cages d’intolérance anglophobe. Ainsi l’ex-jeune adversaire nationaliste et syndicaliste a réussi tout de même à faire de la rénovation, du « ravalement » de façades du côté d’Ottawa.
Si Jean Lesage (en 1960) n’avait pas eu tant peur du formidable populiste Jean Marchand, ce dernier y aurait sans doute entraîné Trudeau et Pelletier, si Lesage ne s’était pas contenté d’inviter seulement le communicateur-vedette du petit écran, René Lévesque ‹indépendantiste timoré et frileux‹, rien de tout ce cauchemar furieusement fédéraliste ne serait advenu. Au delà des hagiographes récents, inévitables, un psycho- historien, écrira-t-il, ici, à son tour, sur le « mystère-Trudeau », afin de dépasser mes intuitions? Je le souhaite.

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