V.- L. BEAULIEU, UN VOLEUR ?

Lu ( le 9 janvier) avec grand intérêt l’article de Cloutier révélant l’inconduite grave de V.L.B. L’éditeur de Trois-Pistoles y fut dénoncé, avec raison, par plusieurs écrivains spoliés. On l’accuse —l’étonnant et surdoué romancier— de ne pas verser les droits de ses édités et il est montré comme un voleur.

J’ai été, un bref temps —pour des tomes de Journal intime et un roman, « Rachel et l’orignal… »— parmi ces écrivains « volés ». C’est très frustrant et je l’ai quitté très écoeuré.

Certes ce cher V.L.B est coupable et indéfendable. Cependant je viens dire que le célèbre barbu du Bas-du-Fleuve qu’il devrait s’en tenir à ses écrits. À ses pontes souvent surprenantes. Le métier d’éditer (« aux frais nombreux », dit-il) n’est pas pour lui.

V.L.B. n’est pas malhonnête, encore moins un brigand, non, il est incompétent (ses livres sont toujours beaux typographiquement ) mais mon ami Beaulieu n’a aucun talent d’administrateur.

Déjà bien maigres (le monde ne lit guère !) les petits profits de nos royalties en littérature doivent être versés évidemment très scrupuleusement.

Je serais tout aussi gnochon que lui, n’ayant aucun talent pour ce très difficile emploi. Il y a bien longtemps, quittant « Le Jour » du brillant Jacques Hébert où il fut initié à ce métier, voilà notre jeune bonhomme écrivant —quelle mouche le piquait ?— mordu de jouer aussi à l’éditeur. Le voilà aujourd’hui épinglé en un honteux « voleur de droits », c’est vrai, j’en témoigne et c’est triste. L’adage : « À chacun son métier » se vérifie. En ce moment le voici en « quêteux » du fric pour un monument scripturaire « autoédité » pour raconter « son » Nietzsche. $300,00 l’exemplaire ! Se versera-t-il honnêtement les droits ?

Claude Jasmin

(Sainte-Adèle)

Joli lundi du 29 déc. (suite chap 9(?) (angela-chimère)

Joli lundi du 29 déc.

(suite chap 9(?)

(angela-chimère)

* * *

Notes : Je m’énerve d’avoir voulu raconter cet amour premier…pas facile. Chaque fois que je monte à l’ordinateur, je me dis que je devrais peut-être abandonner ce récit. Trouver une autre histoire vécue. Rédiger sur un amour plutôt romantique et assez platonique à cause de nos âges, me semble un défi. Et puis je m’encourage soudain, ce défi est intéressant. Courage. Ce sera moins banal, en fin de compte, que la narration d’un amour de maturité. J’en viendrai à bout. Je n’ai qu’à bien…mieux, me plonger dans cet âge candide. Si rempli d’espoirs naïfs, de souhaits flous. De vœux fous. Oui, courage, bonhomme écriveur ! En avant…fonce. Souviens-toi mieux, creuse…Creuse…

Notes : Hier soir, on a visionner « IDA », 90 minutes d’une histoire un peu bizarre. On se fiait aux critiques. Une jeune religieuse catholique polonaise, orpheline jeune, cherche les dépouilles de ses parents, découvre qu’elle est juive. Elle veut retrouver les dépouilles de ses parents tués par un antisémite. « IDA », est en noir et blanc, d’un minimalisme total. Pas banal du tout. J’ai eu des nouvelles (courriel) de mon cher David, le poète avant-gardiste, il va enseigner le français à des migrants. Ouf , et enfin car i il est plus que réticent, à 32 ans, à se dénicher un job (Plate forcément ) dans la vie réelle aux offres si souvent dénués d’intérêt. Je le reconnais volontiers. Il a un don très fort pour les mots, je le lui ai dit il y a longtemps et cela lui a-t-il monté à la tête ?

Souper dans le clan des Boucher à Duvernay. Colette : un as aux fourneaux ! Régal.

Denise LaPan, 89 ans, la mère de ma jolie bru Lynn, hier, tombée encore… Ambulance…l’hôpital de St-Jérôme…Merde ! Avant le Jour de l’An ! Merde !

 

(mon ange Angela) CHAPITRE 9 (?) – C’te lundi 22 déc.

Notes : vu hier un navet total : « Le maitre de suspense », une horreur de niaiserie visuelle. Des cons, avec nos économies publiques ont financé cette cochonnerie de scénario débile. Puis un bonheur : jacasser avec ma fille. Comme si j’y étais, au soleil, à un rivage de l’Atlantique, en Floride. Surgit soudain à l’écran de mon ordi, merci la technologie actuelle !,le beau jeune prof de musique, Gabriel, petit-fils bien aimé. Et vu aussi mon webmestre, mon gendre. À la télé, vu hier soir, le beau fracas musical de Dan Bigras, le fils de mon ami, feu l’audacieux psychiatre Julien Bigras, le doc et écrivain Ferron me l’a dit : Bigras osait soigner de très dangereux aliénés qu’aucun toubib n’osait approcher ! Ce fut encore un show au dynamisme total. Mais là, faut revenir à ma première blonde.

Notes : ce temps, dit des Fêtes, m’embarrasse. Des cadeaux à faire. Des repas à organiser ? Oui, non ? Inviter, être invité. Ma chère Raymonde devenue très jongleuse : Jacques Boucher, un de ses deux frères, a été hospitalisé et il va pas mieux. Va être ré-opéré peut-être. Pour ses poumons. Téléphones sans cesse. Il y a Marielle, ma quasi-jumelle, ce matin,on l’a libérée de Hochelaga-Maisonneuve. Annulation subite d’une opération. Remis à on ne sait quand, merde. Son désespoir. D’autres téléphones croisés donc. Une étrange préface à ces Fêtes !

Monique Miller, amie de R., distribue des copies de mon compliment écrit pour son anniversaire. J’en suis flatté. Ne pas oublier d’aller voir en 2015, bientôt quoi, cette grande expo sur la Grèce antique et qui « tournera » après Montréal, dans tous les grands musées aux USA. Je lis la vie de Cohen (Léonard), grand et respecté poète et chanteur, né à Montréal. On ira bientôt à un CHSLD de St-Jérôme, pour une sorte de banquet « des pensionnaires », avec la maman de ma bru, Lynn Lapan. J’aime bien cette Denise qui rit volontiers (bon public !) à toutes mes anecdotes, facéties et potins sur les temps de jadis, son monde enfui à elle aussi.

Mon précieux fils de Val David est encore venu ce matin, lundi, mettre à jour mon ordi. Je me demandais ce qu’il ferait depuis qu’il a abandonné sa carrière ( 29 ans !) de designer (de Jeux de société), vaincu par les maudits Jeux Vidéos), Lynn me souffle : « Papi, votre gars s’est mis à la rédaction d’un roman… Oh, oh !

 

LUNDI PREMIER DÉCEMBRE 2014 – PROPOS LIBRES sur la facturation (?) d’ANGELA

LUNDI PREMIER DÉCEMBRE 2014

PROPOS LIBRES sur la facturation (?) d’ANGELA

Je veux maintenant attaquer un pan du projet Angela : l’Italie et moi

Je songeais avant de débuter à bien faire savoir et voir une sorte d’attrait chez moi (mystérieux) pour l’Italie et les Italiens.

Certes il y avait le quartier voisin.

Mais…c’était très fort, j’aimais démesurément la langue italienne.

Comment insérer tout cela dans ANGELA ? me dis-je.

J’y jonglais avant même de partir le récit….

.

Ma joie d’aller, par exemple, l’été, d’assister aux messes dans la paroisse voisine italienne. La parlure. Musique à mes oreilles.

Bizarre non ? Les sermons. (Que je tentais de décoder) Du feu…parfois, des menaces : j’entendais : «  peccatorés…flamma… per brularé… per éternella… in inferno et les démonés…etc.

Je songeais même à emmêler dans mon texte avec-sur-dans ANGELA…ce grand amour fou innocent et mes cours chez les Sulpiciens, sur ROME, sur les Césars, à ce collège de futurs prêtres…hum…

où pigewre…oùj’entendajks… : et cette affection totale pour l’ITALIE.

Parler donc de cette belle Angela et mon cours classique… quoi ! Nos traductions du latin; cette version-lecture de « DE BELLA GALLICA » du général Julius C.…hum… FOLIE ?

Comment faire ? Cela…

Je songeais à y mettre le FLAUBERT, non, c’est Stendhal je crois (voir Google vite) fou de l’Italie.

« La Duchesse de… « ou bien LE ROUGE ET LE NOIR. ( le titre?)

Comment…trouver un filon, comment raccorder tout ça avec naturel (et grâce!)…Me servir de papa et sa recherche du VATICAN sur notre vieux radio Marconi …il écoutait son cher pape parlant italien…pourtant.

Vrai que j’aimais écouter longuement =et comme en cachette des voisines italiennes (Mad Diodatti et mad. DiBlasioi) qui causaient sur leur balcon St Denis Street. Oui, une musique.

Buissonneau, mon premier employeur (aux Parcs de la Ville, La Roulotte) à 22 ans, avant la SRC, et qui vient de mourir. Merde.

Écrire un petit requiem. Retrouver mon texte de Radio-Québec.

Marco mon dévoué webmestre, va me retrouver ça, il est bon recherchiste.

De retour à tant de ces archives : déception…

et puis…NON, pas de Stendhal, (Ni Balzac, ni Flaubert) ni rien ! Pas de ses romans, et pas d’Italie littérature,,,pas de bribes de cette CHARTREUSE DE PARME. Ce récit bizarre, flou., louangé par tous de Gide, à Julien Green)

C’est trop complexe, trop écrit,

et ça n’irait pas avec cette limpidité (naïveté aussi )que je veux partout dans Angela.

Fin de cette idée d’une Italie d’auteur du 19 e siècle.

GARDER quoi

trouver quoi, de nouveaux thèmes; lieux, actions, etc.

En somme me replonger, et surtout ravoir 17 ans, ou 18 si on veut.

Je m’y frotte à la prochaine occasion.

Entendu tantôt à la radio : la mort encore, celle une ancienne du burlesque, du vieux music-hall, Murielle Millard. MA mère admirait son…chien.

Souvenir d’une visite à la maison : « Maman, j’ai passé la journée avec ta chère Millard, elle va chanter dans mes décors dimanche À Musiuc-Hall. . » Ma mère : « Chanceux, c’est un grosse vedette tu sais ! »

À y revenir…

ANGELA : Une sorte de « travail en progression constante » (work in progress, dit l’anglo-saxon) publié pour vous, ici.

LUNDI 24 novembre 2014

Je sonne le départ d’un étrange travail. Livrer le cheminement d’un projet de bouquin. ANGELA. En faire son « journal intime ». Étaler les efforts, et les plaisirs aussi, en vue d’une nouvelle création scripturaire. Qui sera publiée en 2015. Une sorte de « travail en progression » (work in progress, dit l’anglo-saxon) constante.

Bon. Go…on y va ? Oui, je pars. Ma seule grave question ? Comment ouvrir mon récit ?

Cette troisième histoire « d’amours de jeunesse » racontera un tout « premier amour », à 16 ans, un émerveillant roman naïf, une chaude vision, romantique certes, en somme, une excitante folie, cette première rencontre et puis toutes les autres dans une banale ruelle du quartier Villeray. En mai 1946, à la fin de la deuxième Grande Guerre quoi, le roman de deux jeunes coeurs innocents.

Après « Anita » (chez XYZ, 2013) et puis « Élyse »(chez XYZ, 2014) », ce sera le dernier témoignage de ce temps des « premiers amours ». De cette juvénilité des sentiments attendrissante, de la candeur adolescente de cette époque.

Bon.

Courage. J’y vais. J’y fonce : comment, de quelle façon, ouvrir le bal fou des mots ? Par quel angle ? Quel biais ? Quel grand moment « premier » ?

J’ai une petite page de notes : « l’église italienne, le marché, les potagers des Italiens dans les cours, les deux « madames Di », Diorio et Diodatti, commères attachantes sur le balcon voisin, rue Saint-Denis, journal parlé et si utile aux oreilles fouineuses des commères locales. Aussi, y fourrer la « diseuse de bonne aventure », une vieille célibataire « tireuse de cartes » acharnée. Le fruitier aux palabres incontinents, M. Arthuro Diblasio, M. Frank Capra-la-mosaïque, le gras nabot M. Pascale Colliza dans sa la cordonnerie. Etc.

On pourra donc lire ici les hésitations, les « états » divers en cours de rédaction, les petites et grandes corrections, bref, les versions différentes de chaque chapitre d’ « ANGELA ». Go !

Je me décide donc, en ce lundi matin au ciel sombre, à inscrire CHAPITRE UN.

NOTE DU WEBMESTRE:

L’AVENTURE EST TERMINÉE. LES ABONNÉS À CE SITE ONT PU LIRE LE BROUILLON DU RÉCIT AU FIL DE SON ÉCRITURE. LES TEXTES SONT MAINTENANT RETIRÉS AFIN D’EN PERMETTRE LA RÉVISION, LA RÉÉCRITURE ET L’ÉDITION.

29 janvier 2015

Élyse et mes larmes !

 

Le surdoué poète venu de Charleville, dans les Ardennes, erre dans Paris. En 1870, on se tue vraiment dans ces féroces batailles pour sauvegarder « La Commune ». Le jeune Rimbaud, perdu, cherchant son identité en jeune vagabond, fugueur de sa province, écrit : « On est fou quand on a dix-sept ans. »

Oh oui ! Âge pour rêver, pour imaginer des mondes, pour fuir « la famiglia » qu’on juge oppressante, dominatrice. Son coin de pays qu’on juge plat, inerte, sans vie, pas bruissant du tout, quoi. Paris, morne. Partir pour Paris alors, ah, Paris ! Du temps que j’étais montréalais (et « montréaliste » fier) j’en rencontrais aux alentours des bouches de métro du bas de la ville, de ces jeunes gens aux habits débraillés, aux regards un peu vague, perdus, aussi avec des yeux plein d’espérance…l’amour ? Parfois, où j’enseignais à l’IAA, j’avais peur pour ces grands enfants venus de Rimouski ou de Chicoutimi, ma crainte de fracas prévisibles.

Hélas à cet âge, on s’imagine aussi souvent qu’un premier amour va durer la vie entière. Seigneur ! On se colle sans cesse et on s’embrasse sans fin. On se cache, malingres jeunes duettistes humains, où l’on peut. Parc boisé, jardins touffus, grands portiques anonymes si utiles le soir , biblios publiques ou salles de cinémas bien obscurs. S’étreignant fermement, on se fait des beaux serments et, sans cesse, nos jeunes coeurs soupirent, battent à l’unisson, n’est-ce pas ? J’ai connu et adoré une belle âme pure et si jolie de sa pâleur bien romantique. J’étais tout entiché par ses regards de feu, ses lèvres de soie, ses caresses tendres, je vous le dis, tout devenait « le ciel sur la terre », dans sa rue Cherrier ou au fond du Parc Lafontaine, au Chalet du mont Royal, sur un simple banc sous les si belles frondaisons feuillues du Carré Saint-Louis, tout près de chez elle.

r_661

Élyse, était son prénom et notre idylle c’était pour la vie, c’est entendu. « Élyse… » est aussi le titre de mon récent récit paru il y a quinze jours chez « XYZ ». Un autre « devoir de mémoire » ? Oui. Quoi, « la mission de l’Homme sur terre est de se souvenir », pas vrai bonhomme Hemingway ? Lecteurs, vous vous souvenez encore de vos candides premières flammes, de vos amours folles, de ces embrassades aux sueurs de la jeune passion. Rendez-vous parfois clandestins. « Il y a la crainte des cris d’orfraie des vilaines bigotes, « grenouilles de bénitier » ! Des puritaines « rongeuses de balustres » ! En ce temps-là, années 1940, ça pullulaient partout dans nos paroisses; et l’amour était un péché, virtuellement au moins, alors nous nous cachions comme si nous étions, ma foi, des musulmans « islamofascistes » de 2014 ! L’amour : une bombe méprisante pour les coeurs secs qui nous guettaient.

Comme on s’entendait bien tous les deux, la belle Élyse, collégienne à Villa Maria, et moi, un des grands slacks du collège Grasset, j’allais rater, oui, couler, mon année, pleuvaient sur ma carcasse mal grandie les « Cette satanée Élyse aussi… » que grondaient maman. « Toujours sur la trotte, tu étudies plus. » Papa s’énervait. Mais quoi, Élyse et moi, on allait si bien ensemble, elle embrassait si bien et elle disait que j’embrassais si bien. « Oh, comme on était jeunes, une fois… », a écrit madame Duras. J’aimerais bien que lisiez « Élyse… », vous allez découvrir comment et pourquoi (et par quelle main) s’est fait tuer mon beau rêve. Merci de votre curiosité.

« ANNUS HORRIBILE » !

Nettoyant encore mes paperasses, le vidangeur découvre une année noire : 1987. En un bien beau mois de mai, l’Édouard de ma vie, papa, meurt. 84 ans, mon âge en novembre. Même année, en novembre, c’est ma dévouée Germaine qui s’en va le rejoindre au ciel, que moi je nomme :la lumière des lumières (« lumen de lumine »). 1987 : je viens de prendre ma retraite de scénographe après 30 ans à la télé publique, là où ma compagne de vie, Raymonde, plus jeune, va travailler encore de nombreuses années comme réalisateure. Me voilà donc vieil orphelin et tous les jours, bien seul chez moi.

Bien savoir que dans notre petit marché, un écrivain ne peut tout de même pas publier plus d’un roman par année; et cela me prend un mois seulement, alors 11 mois à faire quoi ? Le temps me sembla bien long en 1987. Je présente en 1987 mon dernier « téléthéâtre », mon dixième, réalisé par feu André Bousquet, il s’intitule « On est tous des orphelins », un combat. Dans une arène, un père en courroux, « un homme de peu de mots », comme tant de nos pères, force son fils à mettre des gants et c’est alors un combat cruel, cet ex-champion boxeur (bien joué par Jacques Godin) s’exaspère d’un fils coureur-automobile en Formule 1, qui refuse de suivre ses traces. À la fin épuisés, ils pleurent ensemble.

Sur son lit de mort à Jean-Talon, en mai 1987, papa me reprochait encore de n’avoir pas fait un prêtre ! Puis, deuxième carrière, me voilà animateur de télé à TQS, un neuf canal. Ensuite la radio. À CKAC avec, disparue !, Suzanne Lévesque. Et ce sera cinq ans à CJMS avec Arcand. Enfin un an avec Serge Bélair, disparu aussi. À la fin, me voilà « débater » polémiste. À TVA avec Bureau. Cette fois ce sera mon « adieu aux armes » cher Hemingway. Devoir descendre à St-Jérôme, tard le soir, et faire face au camion-antenne de TQS au garage de « La porte du nord » À ma piscine du Excelsior : « On voit plus M. Jasmin, nulle part ! »  Oui, stop et fin car, misère humaine, je devenais de plus en plus sourd ! Désormais, consolation, je pris vite conscience que « vraiment retraité », c’était la belle vie. Bon débarras, régisseurs énervés, minutages serrés et devoir trouver des arguments de polémiste. La sainte paix et regarder pousser les fleurs, mes arbres, observer les oiseaux, les écureuils, mes rats musqués. Amusé, guetter les sorties de ma grasse marmotte !

1987 était loin. Les années 2000 promettaient de nouveaux progrès quand, à New York, ces deux avions dans des tours ! Conduites par des jeunes d’Arabie saoudite, étudiants en Floride, fanatisés par des imams illuminés à Hambourg en Allemagne. 2001, oui, vraie « annus horribile » et qui se continue actuellement en Irak du nord : ces décapitations par des fous d’Allah. On regarde ces affreux, confortablement assis au salon. Notre impuissanc.t Tous ces alliés ne sachant trop au fond où, exactement, bombarder ces planqués, des musulmans veulent-ils se conformer à leur « Jésus » à eux, ce Mahomet farouche guerrier à cheval du saint Coran, armé qui serait monté en paradis à cheval et armé; rien à voir avec notre Mahomet à nous, ce certain Jésus, prophète à pied, prêchant paix et amour en Galilée.

2014, c’est cette nouvelle guerre mondiale. Enfin des musulmans se lèvent condamnant ces coreligionnaires malades mentaux. Il était temps et la sotte Rima Elkouri (La Presse) qui ne saisit pas bien : « Quoi, écrit-elle, nous tous, Araboïdes, on doit dénoncer ? » Oui. Souvenons-nous de cet Allemand qui écrivait : «  Quand on a vu des communistes, on se disait, moi, je suis pas communiste, on bougeait pas, quand on a vu des socialistes, même indifférence et quand les nazis allemands antisémites sont arrivés au pouvoir, il était trop tard pour agir ». « Debout les morts !, criait-on, gamins, debout les prudents muets, ici au Canada, pays maudit par les djiadistes », certains jeunes fous vont rentrer au pays ( d’origine oui d’adoption) revenant —en Syrie surtout— de certains camps idéologiques. Oh, çà pourrait être —métro, gare, place publique— autre annus horribile, l’horreur.

MON ROMAN HOMO

La semaine de « la fierté gaie » s’est terminé et on peut voir le film «  Yves St-Laurent », couturier célèbre, avec droit à mainte séances « physiques » entre des défilés de mode. Les temps changent. Les homos, c’était tabou il y a pas longtemps. EN 1956, Rentrant (pour trente ans ! ) à la scéno de Radio Canada, deux choses. 1-c’est une mini-ONU : deux Russes (dont Nicolas Sologoub qui vient de mourir), deux Allemands, un Hongrois, un Roumain, un Polonais. 2 : J’y découvre une quinzaine d’homosexuels (souvent surdoués) et s’ensuivent des amitiés. Avec confidences, aveux, confessions. Dès 1960, je rédige « le roman d’une passion homosexuelle et je le titre : « Délivrez-nous du mal » —toujours trouvable en biblio.

Je ne suis ni André Gide —« Coriolan »— ni Marguerite Yourcenar —« Mémoires d’Hadrien »— mais je lis dans une revue parisienne, Arcades : « Enfin un tout premier roman franchement homosexuel et, étonnante surprise, il est signé par un jeune canadien-français-catholique du Québec ! »

Les critiques, dont les deux « papes du temps » —J.Éthier-Blais et G.Marcotte— le louangent fort mais l’éditeur René Ferron se désole de voir revenir des boites « non ouvertes » avec : « Nous ne vendons pas cette sorte de littérature ! »

Avant publication, des journaux ébruitent : « Un roman de Jasmin portera sur la question homosexuelle ». Aussitôt des camarades s’inquiètent : « Merde, qu’est-ce tu oses raconter sur nous ? ». Je les rassure. Mon manuscrit fut offert d’abord à Pierre Tisseyre, mon éditeur de « La corde au cou ». Ce dernier le refusa. « Ah non Jasmin !, non, c’est à réécrire, il n’y a pas de chair, on ne les voit pas vraiment en action ! » Étonnement vu que ce Tisseyre « paraît » son jury —oui, oui— d’un aumônier.

« Délivrez-nous du mal » connut un fort bon succès. Tellement qu’un tout jeune cinéaste —Jean-Claude Lord, avec hélas des moyens de fortune en fit un (bien) long métrage Ses deux homos ? Yvon Deschamps —oui, oui !— et Guy Godin. Plus tard, Alain Stanké le rééditera « en poche ». En 2014, « Délivrez-nous du mal » relu, il semblera très éloigné du « brutal » actuel, du vulgaire scandaleux de tant de « quasi-pornos » à la mode. Cela au ciné comme à la télé. Les amateurs de crudités le jugeront trop nuancé car mon roman n’a rien à voir avec le « hard » et fait plutôt voir des sentiments humains avec nuances et délicatesses. Oui, les temps changent.

Dans ma jeunesse, il y avait des sortes de « grandes folles ». Certes rares. Dans mon quartier Villeray un bizarre travesti, au coin de la rue Bélanger, habitait derrière le cinéma Château, un certain Julien dit Juju. Il faisait des « sorties » fulgurantes tous les dimanches après-midi, ricanant, se dandinant dans les files de spectateurs, ultra maquillé, vêtu d’une robe rouge, d’un chapeau rouge, de souliers rouges, muni d’un sac à main… rouge. Silhouette rubescente, toute écarlate et cramoisie et qui surprenait grandement les loustics rue St Denis. Mon père l’avait comme fidèle client de sa gargotte. Je l’entendis un jour, paternaliste naïf : « Juju, Juju, qu’est-ce que ça vous donne de vous déguiser en femme comme ça ? Rien ! Promettez-moi d’arrêter ça, ces folies-là. » Et j’entendis la fausse femme : « Vous avez raison, m’sieur Jasmin, ça me donne rien et on rit de moé, m’en va vous arrêter ça, c’est promis ! » Et le dimanche suivant il remettait ça bien entendu. Oh !, dire encore sur ce sujet, qu’au cinéma Pine, les deux acteurs jouant le couple homo parisien emblématique (dont Galienne en Pierre Berger) dans le film biographique,  « Yves St-Laurent » est vraiment, mais absolument, extraordinaires.

ÉCARTÉS COMME DES ENFANTS !

Il y a trois jours, encore une fois, une envie de rouler à l’aveugle nous a pris. Sous un bien beau soleil, lumière de juillet si invitante, la nature enfin tout épanouie, traverser des paysages laurentidiens, jamais vus peut-être. Un goût d’aventuriers mais confortables assis dans un moderne carrosse d’aujourd’hui. Aucune audace, il est loin le temps de nos aventuriers, des coureurs des bois. Eh bien, oui…Oui, on a fini par nous perdre, on a fini par plus savoir comment rentrer …dans nos terres !
Évidemment, nous évitions systématiquement de prendre les routes connues. Par jeu, en riant d’abord, c’était le plaisir de nous engager dans des petits chemins secondaires, vers des sites inconnus. Qui portent des noms brefs : Chemin X, Lac Y, Montée Z, Mont W, Ruisseau V… Il nous arriva même de rouler sur ces anciens chemins-de-sable. De terre battue. Adieu asphalte !
Allez-y, entrez à votre tour dans ces zones dépeuplés, bien loin de St-Sauveur ou de Ste-Adèle et vous découvrirez des territoires, parfois pas mal étendus, vraiment sauvages où se succèdent forêts denses et boisés légers, champs en jachère, et monts chenus… ou grosses montagnes aux verts sombres. Soudain, une rivière anonyme ou des ruisseaux capricieux, un lac tout vert, couvert d’herbiers ou un lac clair, un autre aux eaux noires, un bleu ciel.
Bon,. Ça suffit. Où étions-nous ? Nous voulions revenir à la civilisation. Perdus et ce n’était pas une série de télé ! Incroyable ? Non ? Soudain, avoir l’impression de rouler en danger, une vraie crainte d’aboutir à une indéchiffrable impasse. Un de ces culs-de-sac sans solution et nous retrouver sans aucune voie d’issue. Bien seuls au bord de l’un de ces chemins à moitié… dépavé. « Le petit poucet » du conte de Perrault ou les pauvres Hansel et Gretel…en juillet 2014 ! Un léger malaise nous recouvrait maintenant.
À un moment donné, carrément, la peur de finir vraiment perdu, en une fin de route dans la forêt anonyme de pins, de sapins, d’épinettes. Devoir virer, oui, revenir sur nos pas alors qu’on venait de rouler des heures, pas bien vite, sur un très long lacet troué d’une maigre route pleine d’innombrables « nids de poules » ! Oh misère, Robert Charlebois : « tout écartillés dans Paris » ça passe. Mais tout écarté dans ton arrière-pays, c’est moins amusant. Parfois, vue soudaine d’un mystérieux luxueux chalet ! Plus souvent d’une cabane, « shak » misérable et chaque fois, pas un chat, personne ! Ralentir et alors écouter le silence. Pas âme qui vive ? Des refuges de pégrieux, des cachettes de bandits ? Rêvons en romantiques finis. Retraites pour braves petits bourgeois misanthropes ?
Soudain, enfin, enfin, enfin, annonce d’un lac : « St-Joseph » —priez pour nous St-Joseph— un bien grand lac, bien beau et puis un placard annonce qu’on approche de St Adolphe. (lâchons vite ce « D’Howard » de colonisé d’antan). À un carrefour de ce joli paysage où s’étalent maintes vivifiantes marinas avec embarcations d’une stimulante variété, on lit : « Ste Agathe ». Flèche à l’ouest. «  St-Sauveur ». Flèche à l’est. Rentrons. Séchons nos pleurs Hansel et Gretel perdus. On roule. Rassurés enfin. Une bretelle à droite : invite rassurante : « Le Patriote ». Et « Autoroute 15 ». Ah, chère large ruban autoroutier familier, viens vite sous nos pneus fatigués par des heures d’errance en vilains chemins, de bardassement. Ouf et re-ouf ! Maillot enfilé, je marche vers mon modeste petit Rond. Au rivage, bien installé sur notre quai, le si rare grand héron gris et qui me regarde comme avec ironie. « Quoi, quoi ? On a voulu voir du pays ».

MORT D’UN CINÉMATOGRAPHE PIONNIER : PATRY

Des gens me demandaient où l’ex-cinéaste Patry état allé se cacher ? Mystère. Pierre a été un ferment étonnant. Il n’y avait presque rien comme cinéma québécois en 1960 alors que le tout jeune Pierre Patry quitta « un bon boss et un job steady » à l’ONF. Avec Roy et d’autres camarades audacieux. Patry tenta l’aventure risqué de faire du long métrage de fiction, hors-documentaires. Il fonda Coopératio, loua un modeste local rue St-Hubert coin St-Zotique, accepta volontiers le fric du riche J.A. DeSèves. Il s’activa alors comme démon en eau bénite !

Jeunesses, vous auriez dû le voir se démener avec fougue sur ses plateaux sauvages improvisés. Je me souviens —été de 1965— dans l’église de St-Scholastique, le jeune Pierre dirigeant la surdouée Denise Pelletier, le doyen Jacques Auger, l’imposant Henri Norbert, la si belle Andrée Lachapelle et le prometteur jeune Guy Godin; avec, à la main, mon roman La corde au cou. « Claude, pas besoin de scénario, ton roman en est un ! » On disait que sa belle cape « de réalisateur » avait appartenu à nul autre que le grand Abel Gance, dénichée dans un Marché-aux-puces parisien; légende urbaine ?

Le lendemain, l’église passait au feu ! Surcharge pour les puissants réflecteurs du jeune cinéaste ?, silence et fuyons !

Son mécène radin, le proprio de « France-Film » (qui allait fonder « votre canal 10 », lui prêtait son yacht luxueux, sa maison, n’importe quoi. Premiers films —d’allure un peu bancale souvent— et la critique fut sévère. Ses films n’attiraient pas de grandes foules. « J.-A. » l’abandonna, TVA lui coûtait cher. Patry abandonna sa passion et deviendra, dans l’anonymat, un des actifs directeur d’un vaste Centre-Jeunesse, à Vaudreuil. La jeune industrie du film, hélas, oublia ces pionniers culottés. C’est la dure loi des hommes ! Adieu Pierre Patry, candide et courageux pionnier, tu l’as vu, tu l’as su, notre cinéma existe mieux désormais. Il va bien, enfin, pas trop mal. Tu dois être content.

Claude Jasmin

Écrivain

Ste-Adèle, juin 2014.