Communiqué de lancement au Québec de Pleure pas Germaine (le Film)

(communiqué, sans embargo)

 » PLEURE PAS GERMAINE  »
SUR SIX ÉCRANS QUÉBÉCOIS !

Les cinéphiles d’ici vont voir sur grand écran une histoire lue par des dizaines et des dizaines de milliers de lecteurs du roman de Claude Jasmin,  » Pleure pas Germaine « . Deux Belges en ont tiré un film, conservant fidèlement l’intrigue du road tory familial de Jasmin. Le film a remporté le Prix des critiques au festival du film de GAND (Belgique) et le Prix du public au festival de Mannheim-Heidelberg (Allemagne), en fin d’année.

Le récit d’un ouvrier en chômage (Vilvoorde non plus Montréal Nord) inconsolable et culpabilisé, veut venger la mort de son aînée, Rolande, trouvée morte sous leur  » métropolitain  » (non plus sous les viaducs de Rosemont).

L’assassin présumé serait planqué dans un village à touristes aux frontières de l’Espagne catalane (non plus à Percé). La Germaine du film vient de là (non plus de la Gaspésie) et souhaite se rapatrier. Cela tombe bien pour le chômeur ivrogne, Gilles, qui veut éliminer à jamais de la surface de la terre le tueur de sa fille. Il a caché un poignard dans ses bagages !

Gilles Bédard part donc à l’aube avec Germaine et les quatre enfants, dans une sorte de  » minibus déglingué. Le long trajet pour venger, pour tuer, forme la trame du film. Ce père  » indigne  » en sortira complètement transformé découvrant enfin ses enfants et l’amour inconditionnel de sa Germaine.

L’acteur belge, Dirk Roofthooft (du Flamand qui veut dire  » chef voleur ! « ) incarne ce Gilles Bédard révolté et a remporté le Prix du  » Meilleur acteur  » au  » Festival du film international  » à Fort Lauderdale. Germaine est jouée par Rosa Renom. Van Beuren avait songé à Daniel Auteuil et à la célèbre Victoria Abril (  » Pour l’amour de ma mère « , d’Almodovar). D’accord avec son co-scénariste et réalisateur Alain de Halleux, ils optèrent pour davantage de crédibilité. Rosa Renom y est merveilleuse de vérité en femme qui aime son homme  » malgré tout « . Murielle, l’adolescente révoltée contre le père, est incarnée par Cathy Grosjean, et Albert le débrouillard, par Benoît Skalka.

Le directeur photo est nul autre que Philippe Guilbert, reconnu avec  » Les convois attendent « .  » Pleure pas  » est un film de la bonne race belge : celle des  » Rosa « ,  » Toto le héros « ,  » La vie en rose « .

Anecdote : Jasmin voudrait bien que s’identifie cette libraire d’aéroport, à Mirabel, pour la remercier d’avoir recommander au producteur Van Beuren, (Aligator-film) rentrant de Gaspésie, de lire son  » Pleure pas Germaine « . Le roman, réimprimé en livre de poche (Typo éditeur), vient d’être réinstallé chez tous nos libraires. Jasmin doit à cette anonyme  » collaboratrice  » mille mercis !

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Nos enfants

Publié dans la Presse le jeudi 4 janvier 2001

Je sors de la lecture du premier roman du fils du célèbre auteur Gilles Vigneault, Guillaume. Je n’en ferai pas la critique, il y a longtemps que j’ai délaissé le métier de critique d’art, ou de littérature. Non, j’ai à dire autre chose que d’évaluer la qualité des oeuvres de « nos » enfants. Un monde nous sépare, pères et fils, et c’est sans doute inévitable. Vignault-fils est à des années-lumière du papa qui a illustré de façon inoubliable les personnages légendaires formidables de sa jeunesse sur la Côte-Nord.

J’ai lu aussi le premier roman du fils Hébert, loin, lui aussi, des préoccupations sociales de papa Jacques Hébert, redresseur de torts. C’est la loi de la vie?

Le héros du Vigneault fils, Alex, 27 ans, est étudiant, un peu libre, d’université. Pour vivre, il est surtout barman. Il n’y a pas de sot métier. Au début, d’entendre le jeune homme, serveur de métier, réciter du Aragon étonne. Plus loin, il sifflera du Bach. Pas un « bomme » ordinaire, je vous le dis. On a plus les « waiters » qu’on avait. Ce jeune héros semble lutter contre une pauvreté qui l’accable sans cesse, se fait expulser d’un appart (bonjour Paris!), couche chez un ami complaisant, drague le « one night stand », puis s’héberge chez un autre, y traînant son ordinateur! Et peut-être son « cellulaire »! Pourtant, ce pauvre hère a déjà séjourné au Portugal, ma chère! Dont il s’ennuie. Il racontera aussi l’Italie, Sienne et ses grandes beautés. Il dira: « Es muss sein », appréciateur de Beethoven!

Une bonne amie, Camille, 19 ans, passait ses étés complets, bien loin de Pointe Calumet (ou de Saint-Placide), dans le Maine, au chic village d’Ogunquit. On y va. Invasion par cette jeunesse dorée d’ici, d’un joli chalet au bord de l’océan, prêté par un papa crésus. Joutes de ballon volant sur sable, virées dans bars et cafés du lieu, on baise aux lueurs d’un feu de camp très arrosé.

Il y a les installations éphémères du séducteur, « squatter » fainéant de luxe, chez Martine. Ou chez Marlène. Fini les Janine, Pierrette et Thérèse à l’école des Saints Anges! On y jase à propos de dissertations à rendre au prof docteur en lettres. On lit des « Elle s’est marrée encore », et autres expressions parisianistes.

Ah ben quoi ces jeunes voyagent en France et en Navarre. Échanges culturels France-Québec, bourses et subventions forment la jeunesse! N’est-ce pas? Fini le temps du patronage duplesssiste quand seuls les fils des amis du régime (trois ou quatre par année) profitaient des largesses « unionationalistes ».

Notre jeune auteur étale ses savoirs et s’il fait nuageux, on a droit, ce n’est pas de la tarte, à la description des différences entre « cumulus, strato-cumulus ou cirrus ». Cette jeunesse, toute paumée quelle semble à prime abord, n’avale pourtant que des scotchs de grand luxe! Fini le temps des « draughts », des tavernes.

Mal pris, Alex-le-pauvre, ira solder ses livres De la Pléiade. S’il vous plait. Et il appréciera la « bouffe » bien branchée, celle des menus pointus! Ça va mal? Bon, alors en voiture pour Puerto Val Arta! Sacrée misère que celle-là non? Yannick, copain aubergiste au Mexique, accueillera ces jeunes « misérables » de l’an 2000! Le « club aventure » va se déployer. Voilà!

Juste dire que la nouvelle génération de romanciers, pas tous, se tient loin des questions sociales, de l' »engagement ». Bien loin de l’ouvriérisme sauce Parti Pris des années 60. Loin, par exemple, de l’admirable « Poussière sur la ville », d’André Langevin, loin du petit monde d' »Au pied de la pente douce », de Lemelin, du Saint-Henri à « Bonheur d’occasion », de Gabrielle Roy, ou de ma simpliste « Germaine », petite servante gaspésienne exilée à Montréal-Nord. Le thème de l’individualisme (égocentrique?) trône désormais.

Rien à redire. Miroirs actuels, échos fidèles de jeunes rédacteurs qui ne sont plus de ces autodidactes à la Yves Thériault. Ils sont instruits, se contentent de refléter leur monde bien à eux. Qui est fait de diplômés en « creative writting ». Après maîtrises, licences et doctorats, ils végètent, remplissent des formulaires, guettant colloques en Italie, séminaires à Knocke-le-Zoute, et voyages-à-l’oeil à Royaumont ou Marnes La Coquette, racontent leurs errances de petits-bourgeois, déjà mondains. Désargentés souvent, mais munis de réseaux utiles via la sécurité-sociale-littéraire, ils restent les serviteurs prudents, et bien muets, sur toute question délicate, sociale ou politique, pour amadouer les conseils des arts et lettres divers. Reste que la foule des travailleurs ordinaires n’y a plus aucune voix, aucun espace de description (ou de dénonciation) sur leur existence et, ainsi, lisent de moins en moins, prises qu’elles sont avec les réalités et responsabilités quotidiennes, si éloignées de ces jeunes coureurs d’un jet-set à sacs à dos qui tourisment (sic) en appréciant les nuances de goût subtiles des bières importées.

Un monde, hein, papa Vigneault?

BERNARD-HENRI LÉVY ET SON « SAINT SARTRE »

VOICI UN TEXTE PARU DANS LA PRESSE MAIS ,ICI, SANS LES 4 COUPURES

par Claude Jasmin

Monsieur l’éditeur, votre jeune lectorat doit savoir qu’après la guerre, Sartre fut pour nous, jeunes artistes et intellectuels du Québec, une lumière, un phare, un modèle de conduite pour la gauche québécoise. À Montréal, à cette époque duplessiste, on avait osé monter, dans une suite d’hôtel, sa pièce mise à l’index, « Huis Clos » ‹L’enfer c’est les autres »‹ devant un Sartre médusé. Cela avec notre surdoué comédien Robert Gadouas, hélas suicidé prématurément. En Europe, Sartre enrégimentait dorénavant sous ses drapeaux rouge communiste une majorité d’existentialistes. Le maître déclarant: « un anticommuniste est un chien! » Le « Livre noir du communisme parle de: « veaux suiveurs et aveuglés ».
J’avais lu une première biographie du « pôpa » de l’existentialisme écrite excellemment par Annie Cohen-Solal (Seuil éditeur). Récemment, j’ai lu celle de Bernard-Henri Lévy (Grasset éditeur). Renversant! C’est, le plus souvent, une hyper super hagiographie, c’est « Saint Sartre », comme il y eut le « Saint Genet » de Sartre, assommant d’éloges Jean Genet, le réduisant longtemps à l’impuissance. Tenons-nous bien, selon Lévy, récupérateur insolent, Sartre est mort en odeur de sainteté. Le chantre aveuglé des dictateurs ‹Staline, Castro et Mao‹ y est transformé en négateur de ses ouvrages, repentant spiritualiste. Une imposture, une fumisterie que même le goguenard Bernard Pivot n’osait pas condamner sur son plateau tant ce Lévy nouveau l’intimidait.

DEUX ÉCHECS DE SARTRE
Cohen-Solal avait bien narré les premiers cheminements politiciens de l’auteur de « L’être et le néant », de « Critique de la raison dialectique ». On y voyait d’abord un Sartre fêté, avant le conflit mondial, adoubé par le « maître » de la NRF-Gallimard, un Gide qui, devant le manuscrit du premier roman, « La nausée », affirmait: »Il a du génie, faut publier ». Un peu plus tard, la France envahie par les Nazis, Sartre va tenter de réunir tous les résistants et fonde donc un groupement. Il part (avec sa caisse de résonance, Simone de Beauvoir, chercher des appuis solides. Or, dans le Midi, Gide, retraité de tout, lui claquera la porte au nez. Or, Malraux, en attente de jours meilleurs lui aussi, lui rétorque: »Non, je n’embarque pas, c’est trop tôt ». Dépité, Sartre n’arrive donc pas à constituer son mouvement unificateur. Premier échec grave pour Sartre. À Paris, les nazis allemands et leurs collabos vont tolérer la présentation de ses pièces de théâtre (dont « Les mouches ») qui sont d’un tel symbolisme qu’ils ne dérangent donc pas le nouvel ordre établi, ‘brun ».
Cophen-Solal raconte qu’après la guerre, Sartre tente, nouveau essai politique, de réunir tous les socialistes (communisants ou non). Ignorant total de la « praxis » politique, Sartre va encore échouer complètement et la brillante biographe constate que ce deuxième échec « électoral » entraînera le philosophe dans sa funeste dérive: le stalinisme aveugle. Sartre décide donc de rallier une « grosse machine politique efficace »: le parti communiste français, aux ordres de Moscou. Ainsi Sartre, jadis « esprit libre », s’englue dans le totalitarisme soviétique. « Un anticommuniste est un chien! »

AU STALAG, SARTRE MUE!
Jeune prof de collège au Havre, comme sa « servante » Simone-le-Castor, le premier Sartre était un libertaire pessimiste, un individualiste farouche, (aussi, ce fut publié et commenté) un sinistre suborneur de mineure. Il va muer. Soldat (météorologue-amateur) lors de sa captivité, le néantiste, le nauséeux, le nihiliste ouvre les yeux, découvre les vertus de la fraternité soldatesque et le voilà transformé en néo-solidaire. Libéré du stalag allemand, pour raison de santé, ce sera donc cette première tentative de ralliement et son premier échec. Les autres c’est encore l’enfer! Et viendront ses « noces noires » avec l’horreur, le dictateur Joseph Staline. N’importe quelle arme pour déstabiliser l’infâme « bourgeois de droite » qui règne sur la France libéré, le Général De Gaulle. Il va le haïr de toutes ses forces, sans cesse. « Élections, piège à cons! » Complètement déboussolé, devenu vieillard ahuri, récupérateur des extrémistes, Sartre va même fleureter avec le terrorisme. Il se réjouira du massacre célèbre aux Jeux olympiques en Allemagne.!
L’ex-farouche misanthrope, l’Alceste dédaigneux, deviendra le zélateur du totalitarisme. Invité à Moscou, il joue l’aveugle, ignoblement, contrairement à Gide qui avait dénoncé courageusement le soviétisme.. En 1956, Sartre fermera les yeux face à l’écrasement de Budapest Il faudra attendre 1968, Prague sous les chars moscovites pour qu’enfin il se secoue un peu. Cohen-Solal, objective, sans juger, raconte tout cela. Au fameux « Congrès de la paix » ‹ infernale machine de propagande déguisée en grand concile du pacifisme et où plusieurs Québécois candides vont accourir‹ Sartre trône et se fait applaudir: « Le salut des hommes viendra par le soviétisme ». Je sors d’une relecture du livre de Simon Wiesenthal qui illustre efficacement le lien entre nazisme et soviétisme. Surtout en Autriche-l’antisémite.
L’enquête philosophique », 600 pages, de B.-H. Lévy forme le pavé d’un odieux pacte de solidarité ignoble entre philosophes, avec, ici et là, quelques reproches édulcorés. « Le siècle de Sartre » tente de transformer ce misérable, cet allié des dictateurs ‹Staline, Castro et Mao‹ en « Saint Sartre ». Lecture déroutante pour ceux qui ont lu Cohen-Solal et appris définitivement que notre héros de jadis, notre phare du temps de notre jeunesse naïve, fut le « collabo » actif du totalitarisme, le chantre d’un marxisme dévoyé.

À TU ET À TOI AVEC SARTRE!
Or, dans le sac de l’hagiographe, il y a un drôle de chat et Lévy va le faire sortir. D’abord, confidence éclairante, B.-H. Lévy nous apprend qu’il fait un retour au judaïsme. Pourquoi pas? Vive le ré-enracinement! Or, quelle coïncidence?, Lévy nous révèle que, sur son lit de mort, Sartre lorgnait lui aussi vers le judaïsme. C’est que le vieillard cacochyme s’est déniché une nouvelle « caisse de résonance », une nouvelle « ‘Simone », un certain activiste, ex-militant d’extrême gauche, de « la Cause du peuple » plus ou moins retraité, Victor Serge. De son vrai nom, Benny Lévy. Il est l’ultime confesseur de Sartre. Ce jeune effronté est à « tu et à toi » avec le vieux maître. Ce Lévy-numéro-deux brasse Sartre, le secoue, le fait renier ses ouvrages et ses actions. Le repentir tardif a été enregistré et se fait vite imprimer, puis le jeune « abbé-rabbin » court porter ce brûlot au Nouvel Observateur. Son directeur, Jean Daniel, en tombe sur le cul, contacte Sartre pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un canular. Mais non, Sartre persiste et signe. L’auto-révisionnisme, l’aveugle Sartre, se fait lire dans la revue de Daniel sous le titre « L’espoir maintenant ». En format livre, ce sera: « Pouvoir et liberté ».
Stupeur partout! Un disciple s’écrie: « C’est un affreux détournement de vieillard! » C’est le scandale dans la chapelle sartrienne de stricte obédience. Ce Sartre en Saül sur un étrange Chemin de Damas révolte les entourages de l’aveugle soi-disant contrit. Malade gravement, aveugle et faisant sous lui, ses zélotes avancent qu’on a mis Sartre « à la question ».
Or, dans « Le siècle de Sartre », Bernard-Henri Lévy, lui, n’y voit aucune manipulation. Mieux, il découvre que le confesseur de Sartre, Benny, fréquente, tout comme lui, le vieux philosophe judaïque parisien, Levinas. Que ce Lévy-numéro-deux fut une sorte de « go-between » entre son illustre moribond et ce philosophe de la judaïtyé. Pour B.-H. c’est Sartre-nouveau-né! C’est le rimbaldien Paul Claudel à une messe de minuit, à Notre-Dame, derrière une colonne, qui se convertit! L’aveugle voit enfin la lumière, découvre un lien inédit entre solitude (Sartre rédigeant « La nausée ») et solidarité (le Sartre du stalag), qu’il aurait suffit que Sartre sache mieux lier ces antipodes.

RÉCUPÉRATION HONTEUSE
Ce Lévy-numéro-deux, Benny, a donc été l’exorciste de Sartre. Horresco referens! Voici Sartre en « témoin de Jéhovah ». De Yahvé! Muni de ce témoignage « agonique », B.-H. Lévy court chez son gourou Levinas et découvre que le « baby-sitter » du « vieux Sartre », ce Benny en veste de cuir, fréquente lui aussi le même guide spirituel, Levinas. Alors B.-H. sous-titre un chapitre: « Un Sartre juif? » Avec un point d’interrogation mais il répond: « oui! » Un peu plus loin, B.-H. sous-titre: « Juif comme Sartre ». Voilà donc Sartre, grand sceptique, athée farouche, agnostique impétueux, sauvé par Le Livre, par le message biblique de l’ancien Testament. Faut le faire!
Ce jeune exorciste, Benny, est maintenant, nous apprend B.-H., exilé en Israël où il étudie, se spécialise dans le Talmud. Conclusion: le grand hérétique, Sartre, a pu mourir en paix! Pour clore son enquête-biographie, B.H. Lévy raconte que le poète Mallarmé disait qu’un jeune poète qui meurt ce n’est qu’un fait divers( pauvre Rimbaud!) mais qu’un vieil écrivain, au moment où enfin il comprend tous ses moyens, où il est enfin disposé à commencer son oeuvre, et qui meurt, cela, ‹ seulement cela‹ est une tragédie! Alors, B.-H. va conclure: il faut donc excuser les déraillements de Sartre. Mourant,. avance-t-il sans rire, Sartre était redevenu un tout jeune homme, un homme nouveau, prêt à vraiment commencer son oeuvre. C’est écrit, noir sur blanc.
Après avoir paralysé, juste avant la guerre, pour deux décennies le romancier Mauriac par une critique vitrioleuse, dans la NRF: (« Dieu n’a pas d’imagination et M. François Mauriac non plus! ») après avoir assassiné symboliquement son ami Camus (pour « L’homme révolté » et « Le mythe de Sisyphe ») dans sa revue « Les temps modernes », après avoir sanctifié trois dictateurs ‹emprisonneurs et installateurs de camps pour dissiendente et esprits libres‹ Sartre confessé est rajeuni, pardonné, en état de grâce! Le moribond se trompait sans cesse mais, potion magique, poudre de perlimpinpin, le Sartre-Lazare, tout rajeuni, sortant de son tombeau, allait tout recommencer.
On s’incline bas devant cette « récupération ». Pas par respect. Par envie de vomir. C’est le vaillant Hugo de « Les mains sales » ‹pièce que Sartre interdisait de représentation par courtoisie envers les soviétiques‹ masqué en Hoderer hallucinant. Ça suffit. Je m’en vais relire le roman « La nausée », tant aimé à 20 ans, relire « Les mots », splendide autobiographie de son enfance, tenter de revoir « Les mains sales » (avec Daniel Gélin) en vidéo-cassette. À la Boîte noire? Comme on relit le Céline romancier malgré son antisémitisme effroyable du temps de l’Occupation en France. Ou Louis Aragon, le poète, malgré son stalinisme puant.
Est-ce que, sur son lit de mort, le philosophe B.-H. Lévy, nous fera le coup, à son tour, de renier tous ses ouvrages? Ce serait trop facile. Sartre fut l’entraîneur néfaste qu’il fut, point final! Cette grotesque fable d’un Saint Sartre, illuminé par judaïté impromptue, ne colle pas. Il faut relire le « Sartre » d’Annie Cohen-Solal et éviter la foutaise de cette enquête folichonne.
On en discute à « claudejasmin@claudejasmin.com ».