Fév 192017
 

C’était prévisible. Avoir 15 ans et demeurer si candide. Pauvre de petit « moi », puceau et naïf, aux bons parents catholiques si méfiants. Le mal ! Cette Pauline était « le mal » aux yeux de notre petit monde bien évangélisé. La fille à fuir. Une voisine —de la rue Drolet— hautement toxique.

Ma mère —bigote— sur son balcon crachait d’un jet discret, vers elle, sur le trottoir, quand elle passait devant notre porte cette Pauvre Pauline. C’était une grassette et « pas bien propre »— coureuse de garçons, —rumeurs et chuchotements—une trainée, une délurée, un misérable orpheline de mère. Jolie ? Oui mais si vulgaire et une pauvresse jeune travailleuse. Avec une sixième année d’école tout juste.

Une drôle de fille, quoi. Capable de blasphémer comme un gars ! De cracher par terre des sommets glaireux dégueulasses ! Plusieurs disaient « une vraie putain » en parlant de cette séduisante et accorte jolie jeune fille. « La beauté de satan » répétait mon pieux papa.

On en avait tous un peu peur. Des enfants, bien prêchés conte la guidoune, se signaient sur son passage —aux parfums forts. On disait tant de choses. Aucune crainte de Pauline évidemment chez nos pires voyous, ces chômeurs compulsifs, ces fainéants dopés, ces zazous qui flânaient sans cesse —cheveux longs, frétillants sans cesse le boogie-woogie cigarettes à la chaine et chewing gums— tous les soirs sous les marquises des cinémas du coin de ma rue.

Pauline vivait surtout dehors, dans nos rues commerciales, fuyant son mini appartement de la rue De Gaspé, avec soin grand sac à main d’un rouge aveuglant, aussi ses larges sourires à tous, ainsi que ses œillades exagérés, et même souvent ses vifs propos pire que suggestifs, bref, son cran d’audacieuse débauchée…

Si dissemblable, cette fille, des autres jeunes filles de son âge, de notre quartier. Si épeurantes pour les « propriétaires de garçons », les « momans » couveuses. Ces victimes probables — tous les bons petits gars, les beaux partis, de notre paroisse— se devaient de ne pas même regarder Pauline.

Redire : Un mot la résumait : une guidoune ! Un bon soir, j’ai osé lui tenir compagnie, adoptant son banc à elle, je me suis installé dans ce petit tertre fleuri près de l’église Madona Della Difesia, rue Henri-Julien. Calme, amusée sans doute de mon audace, Pauline tout sourire, m’a questionné, une vraie grande sœur, sur tout, mes études harassantes dans ce collège privé, mes beaux et grands plans d’avenir, d’avocat, de docteur, de notaire…. À la fin, tard, s’approchant —ses seins me frôlaient— elle m’a permis un baiser. « Attention hein, pas sur la bouche, sur une joue ! »

C’était mieux que rien. Ce baiser, hélas, ne dura pas longtemps.

Or, Pauline finit par bien comprendre ce qu’elle était devenue : un être à part et ce sera donc une certaine solitude. De là, des gestes de désespoir. Exemple : aller jusqu’à accepter un poste de servante au presbytère.

Quoi ? Comment ?

Oui. On l’a acceptée ? Oui. Les bons prêtres de Sainte-Cécile étaient bien à l’abri des listes des « bons et des méchants, enfermés dans cette sorte de manoir hors des humains ordinaires, ils igoraient qui était cette Pauline Dion. Ces châteaux-forts de chaque paroisse étant très imperméables aux potins courants. Et aussi aux réalités. Pauline se transforma vite, première étonnée, en petite mairesse de lieux… comme sacrés !

Quelle horreur, non ?

Le scandale des scandales. Pétition fut vite organisée, on le devine bien. Résultat ? Étonnant. Affreux. Imprévu ! Les bonnes âmes en perdirent leur curé ! Hen ? En effet, un tout nouveau couple fuyait : la Pauline et cet homme de Dieu, le curé. Encore jeune et beau, l’abbé Favre. Mais oui, la guidoune et un des hommes consacrés —sacerdotum in vitam eternam— s’en allèrent vivre ensemble. Très loin, en Californie !  

Fin du scandale.

Longtemps après ça, un jour nos bons paroissiens apprenaient qu’un couple nouveau venait d’acheter la grosse maison du notaire mort, Poirier. Tout le monde vit alors, les cheveux dressés, les yeux exorbités…s’installer boulevard St-Denis confortablement, « elle ». Pauline. Vêtue de chic lingerie. Et lui, l’ex-abbé Favre. Dans un seyant et couteux costume bleu acier !

Bien pire : il y avait sur un petit tricycle, un petit garçon de joyeuse bille ! Et de magnifiques jumeaux, pas tassés du tout, dans une jolie voiture à pneus blancs. Imaginez les pipelettes. Imaginez les bobards ! Voilà donc que cette maudite et sale guidoune de Pauline Dion était parvenue au rang des « madames » bien nobles ! Qui a dit cela ? Qu’il n’y a pas de justice ?

Cependant, personne dans nos rues ne saluait ce cortège, celui du mauvais exemple. Nous apprenions bientôt que ce « diable en personne », était devenu un immonde « protestant ». Nos bigots rassurés, consolés, savaient ainsi qu’il n’irait donc jamais au ciel, puisque le cire;, on le savait bien à cette époque, était réservé aux vrais et aux bons catholiques-romains—universels… …mes bien chers frères….

bla bla bla !

fin

Fév 102017
 

 

Il y a déjà presqu’un demi-siècle, un soir de 1968, une bombe éclate en pleine Avenue des Pins. Sur cette petite scène du théâtre de Quat’Sous, Avenue des Pins, éclate donc de neufs jeunes talents. Show avec des chansons effrontées (la torrentielle Louise Forestier) des dialogues fous (le grand démonté Robert Charlebois) et un culoté fort insolite qui soliloque ( l’efflanqué Yvon Deschamps).

Le public est sur le cul, éloigné très brutalement des vieux classiques (TNM, Rideau Vert, etc.) et va naître un curieux nouveau « classique » : Ostidshow. 1968 et je venais de publier, (chez le Parti-Pris de Gérald Godin) en patois jargonnique bien d’ici : « Pleure pas Germaine ». Bang !, critiques négatives très raides partout pour ce roman qui deviendra pourtant un « classique québécois ». Sera réédité sans cesse (chez L’Hexagone). Québec en « révolution tranquille » se poursuivra partout et vint donc cette bombe que fut l’ « Ostidshow ». Alors, le triste orphelin de Gélinas (« Fridolin ») ne régna plus seul, le vieux « Séraphin » de Grignon était distancé, ce pauvre livreur à vélo, (Raymond Lévesque), ce timoré « Médé » de Marcel Dubé, serait vengé.

Les héros nouveaux vont s’assumer, vont parler cru, blasphèmeront parfois car ce Canada-Français voulait s’épivarder, s’affranchir, se libérer à jamais et il le fera, carrément se révoltera. D’abord au petit « Quat-Sous », dans ce texte devenu aussi un classique. L’Ostidshow fut un cruel miroir, très gênant, une franche glace sans tain braquée sur nos catholiques populations intimidées.

Ce misérable gringalet de St-Henri (Yvon Deschamps), va nous « cracher à la figure » toutes nos « aliénations nationales », il va se démasquer du « colonisé québécois » dominé. Cette virulente catharsis nous sera bénéfique. Ostidshow, oh oui; ou « ainsi débuta notre délivrance ».

30

Jan 272017
 

 

D’abord il y a la benjamine, ma sœur Reine, qui me dit les yeux exorbités : «  J’ai vu maman tantôt, tu me croiras pas Claude, elle entrait au Bain Saint-Hubert ! » Et puis, c’est mon frère Raynald : «  Claude, ça se peut pas ou c’est un sosie, j’ai pas rêvé, je viens d’apercevoir notre mère qui sortait du Bain St-Hubert ! »

Nous étions en plein mois avril, ça ne faisait pas un mois que les dernières neiges de cette année étaient enfin disparues ! Il y avait une canicule terrible. Une chaleur de mois de juillet !

À nos yeux, une vraie mère ne va pas aller s’esbaudir, s’ «évaporer », à un bain public. Les baignades, les nageades, c’était bon pour les enfants et certaines vieilles demoiselles effrontées du quartier. Aussi, hélas, pour nos « pauvres » du coin, démunis de salle de toilette avec bain dans leurs masures, en fait des taudis pitoyables quasiment. Quelle crise bizarre s’était emparée de notre bonne mère ?

Fou : une « mère de famille », se disait-on tous, doit se trouver toujours dans sa cuisine, pas loin de sa cuisinière à quatre ronds. Ou au lavage hebdomadaire, au repassage… au ménage de la demeure quoi ! Non ?

Oui, en effet, quelle bizarrerie : maman dans un bain public !

Prenant mon courage à deux mains, je me plante devant elle qui raccommodait un gilet : « C’est-y vrai ça m’man, que tu serais aller te baigner au Bain Sr-Hubert cet après-midi ? » Elle éprouve une sorte de malaise, de gêne rentrée. Enfin, elle crache : «  Euh…euh…il y a notre réservoir à eau chaude qui m’a eu l’air défectueux…mais c’est revenu là.

J’arrivais pas à imaginer notre si dévouée maman s’amuser avec la foule à ce bain public. Pourquoi ? Un cliché. Une bêtise. Un préjugé. Une « mère de nombreuse famille », elle avait neuf bouches à nourrir, n’a pas sa place dans un tel lieu. Pas sa place à l’item « loisirs ». N’est qu’un dévoué robot utile, une machine à laver, à nettoyer, à frotter, etc.

« Je suis pas rester longtemps, hen ? » Quoi ?, pire maman tentait de minimiser le temps de sa sortie, tentait, ma foi, de s’en excuser ? Quand j’y repense, quel bêtise, quelle époque pudibonde, corsetée, niaise !

Ce pauvre bain, étroit, vraiment pas bien grand, mal aéré, empestant l’eau de javel, guetté par un énorme gardien avec son sifflet nerveux …pauvre maman va ! J’ai pris mon courage à deux mains et enfin : « Si tu veux, on ira ensemble la semaine prochaine, m’man ». J’aurais jamais honte de ma mère, jamais. Je me disais : je passerai pour un petit fifi à sa moman, et tant pis ! Jeune ado, j’en étais enfin arrivé à apprécier cette mère si dévouée. Il était temps.

Mais ma mère n’est jamais retournée rue St-Hubert, au coin de Jean-Talon.

La rue St-Hubert c’était pour les courses aux nombreux magasins entre Beaubien et Jean-Talon, pour les achats de lingeries diverses, pour les besoins de ses filles et de ses deux fils.

Des jours passèrent et ça ne me sortait pas de la tête : ma mère était allé, seule, comme une jeune fille, nager au Bain St-Hubert ! Elle avait trente ans et depuis des mois ! C’était une « femme mariée », une cheffe de famille nombreuse ! Quel culot. Je me mis à l’admirer à la longue et, fin avril, un après-midi de grande chaleur  —elle s’épongeait le cou sans cesse avec une serviette rafraichie : « M’man, écoute, on crève de chaleur, tu es de sueurs, je vais garder les deux p’tits jeunes, si tu allais te baigner rue St-Hubert, non ? » Elle m’a souri. Elle m’a fait un caresse brève : « Non, mon petit garçon, grand-maman, vient de mourir, tu le sais, et ton père a loué un chalet à Saint-Placide. On va passer tout l’été au bord du lac des Deux Montagnes ! Tu es content ? »

Terminé, à jamais, le gardien « bouncer » et son sifflet maudit, fini les maudites fortes odeurs de javel. Oui, j’étais content; départ dans 20 jours, à la St-Jean Baptiste quand on mettra « l’école en feu les maitresses dans le milieu » , comme on le chantait si souvent.

FIN

Nov 042016
 

Écouter  la remise des prix du mercredi 9 novembre 2016 

 

Québec, le 4 novembre 2016. – Le ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, M. Luc Fortin, et la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Inno2016-11-04-13_38_51-communique-devoilement-pdq-2016-final-pdf-adobe-acrobat-provation et ministre responsable de la Stratégie numérique, Mme Dominique Anglade, sont heureux de dévoiler les lauréates et lauréats des Prix du Québec dans les domaines de la culture et de la science.

Le prix Athanase-David, qui couronne l’ensemble de la carrière et de l’œuvre d’un écrivain québécois, est accordé à Claude Jasmin. Romancier, essayiste, poète et scénariste engagé, il reçoit ce prix pour une carrière et une oeuvre qui ont profondément marqué la littérature québécoise. Le nombre d’ouvrages de M. Jasmin dépasse aujourd’hui la cinquantaine, un bilan auquel il faut ajouter ses nombreuses collaborations journalistiques, médiatiques, dramaturgiques et cinématographiques. Véritable homme-orchestre de sa profession, il a donné avec une égale maîtrise dans l’essai, le journalisme, la critique et la scénarisation.

Par cette haute distinction, le Québec reconnaît le parcours d’exception de personnes qui, par leur créativité et leur savoir-faire, sont demeurées à la fine pointe de leur discipline.

« La remise des Prix du Québec est un moment privilégié pour remercier les artistes et personnalités émérites qui ont forgé et propagé la culture du Québec. Par leur engagement et la force de leur oeuvre, ils font rayonner le Québec au-delà de ses frontières. Les lauréates et lauréats sont des modèles de réussite pour notre collectivité et plus particulièrement pour les jeunes qui leur succèderont », a déclaré le ministre Fortin.

« Je tiens à féliciter et à remercier les lauréats des Prix du Québec qui, par leurs découvertes, contribuent à façonner et à enrichir notre société. Il s’agit de personnes remarquables qui ont travaillé avec passion et persévérance afin de faire évoluer leur domaine respectif. Grâce à leurs réussites exceptionnelles, le Québec continue de se distinguer par son savoir et sa grande expertise », a ajouté la ministre Anglade.

La 39e cérémonie des Prix du Québec sera animée par Sébastien Diaz. Elle sera diffusée en direct le 9 novembre sur le Web et en différé le soir même à la télévision au Canal de l’Assemblée nationale.

 

Oct 292016
 

 

par Claude  JASMIN

«  Entre dans la lumière Richard Martin, ta mort  toute récente t’indique le passage. Richard, ancien gamin de Notre-Dame du Rosaire, tu lorgnais longuement, la vitrine du pâtissier français en face de l’église, rue Villeray. Je te voyais, tu sais, le fou des milles-feuilles. Tu disais: « Chez nous, on a pas les moyens, ça fait que je les mange des yeux ! »

Un jour, tu était devenu riche, connu, célèbre, toi le petit noiraud fringant, ex-élève chez de Sita Riddez, commandant désormais des textes —dont mon « Procès devant juge seul »— organisant des troupes, mettant souvent à l’horaire du prestigieux « Téléthéätre », des spectacles étonnants. Reviendras-tu en cachette pour nous en causer ? Car, là-bas, dans la splendeur des lumières du pays des morts, on t’invite sans doute à produire des spectacles comme tu les aimais. Avec des textes et des acteurs solides, des décors épatants, des costumes brillants ?

En ce vaste paradis promis, Richard Martin, garde-nous des places et réserve-nous au moins un petit banc, un tabouret, on verra de nouveau de tes mise en scènes originales. Oui, mon Richard, chaud camarade, je t’imagine en des chantiers hors-temps, comme tu étais dans les studios d’ici : l’œil bien allumé, tes gestes d’amour fou du métier, avec ton chiffon de pages écrites que tu agitent.

Entre mon grand mort dans « l’espace-temps » indicible, tuas, n’est-ce pas, gardé ta foi vive, ta dense ferveur, tes élans pleins de génie, tes précises indications au bec, tes regards inflammables, tes décrets de directeur, criés ou susurrés, c’est vrai hein ?, tu as repris ton métier adoré et des anges découvrent ce Richard Martin, dément heureux, au milieu de ces chers comédiens.

Adieu Richard, salut !

(30)

Août 032016
 

 

La comédienne Louise (Miller) Rémy, vient de nous quitter pour un autre monde (de lumière). Elle était une permanente incarnation de « la douceur », avec ses allures discrètes et pleines de tendresse, avec sa voix, si douce et d’une vraie sérénité, Louise nous faisait entendre une subtile musique.

Comme Monique, sa célèbre sœur, comédienne émérite, Louise est née et a grandi dans le vieux Rosemont d’abord et puis au bord de la Des Prairies dans Ahuntsic. C’était un être discret, parfois timide même, toujours curieuse face à la vie. Questionneuse et à l’écoute généreuse des autres, cela avec une attention bienveillante, solidaire et humaine sans cesse.

Je l’ai côtoyée dans les studios de télé. Très assidument durant deux ans —septembre 1980-juin 1982— puisqu’elle incarnait ma mère, ma chère Germaine. Mon feuilleton « Boogie-Woogie », beaucoup grâce à Louise Rémy, connut un vif succès, un million et demi de spectateurs les jeudis, « mauvais soir » disait-on.

J’offre ici mes sincères condoléances à Monique —sa voisine « d’en bas »(la sœur unique), à ses autres parents, amis, voisins, et à Claude avant tout —un caméraman expert— son fidèle compagnon de vie.

Claude Jasmin

Sainte-Adèle.

Mar 102016
 

 

Pour nos assimilés, volontiers aliénés, servites de la déferlante et envahissante culture pop-USA, louanger notre culture pop à nous, est un signe d’égocentrisme. Quelle attitude de colonisé. Pour ces suiveurs-USA, vous sombrez dans le « régionalistes » étroit et ces dominés-contents s’exclament : « Sois « international », « universel », sors de ton cocon (le pays n’est qu’un cocon). « USA » ou rien » ! En effet, aucune information à propos sur des cultures populaires. Sur le Mexique (pourtant un voisin !) la Scandinavie, l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie, etc.

Tous en dociles publicitaires-des-USA dans presse-radio-télé, tous en piteuses courroies de transmission. Lisez, par exemple, La Presse spectacles, les Cormier, Cassivi, souvent Sarfati (aux voyages payés) et surtout Hugo Dumas. Tel le Cormier au Devoir.

Il n’y a à signaler dans tout l’univers que Los Angeles ou New York.

L’Europe entière ? Bouche cousue ! Autres continents de la planète ? Pas un mot. À moins qu’un créateur étranger soit fêté aux USA ! Ainsi le Québécois est transformé en écornifleur de ce qu’écorniflent les USA ! Tout le monde par ici accepte volontiers ce contrôle « all-american », dociles valets consentants du « suprématisme », moutons de l’Impérialisme-USA.

Or, j’ai fait un rêve, j’ai imaginé que, par seul exemple, tout le Massachusetts au 19 ième siècle, aurait pu être envahi d’énormes masses d’émigrants venus, disons, d’Italie. Et qu’ils furent des « résistants », comme nous au Québec. Alors, siècle après siècle, s’installe à nos frontières, la culture italienne ! Maine, Vermont, New Hampshire et New-York state compris; voyez-vous ça ? Nous tous, touristes, visiteurs plongés dans cette vaste « Nouvelle Italie », quel bonheur !

Imaginable certes; un autre beau rêve : imaginez des hordes immenses d’émigrants qui, dès 1700, venus d’Espagne et s’installant partout à nos frontières. Comprenant même le New Jersey, Connecticut, Maryland et Pennsylvanie. Avec la Virginie ? Oui, « New Spania ». En automobile nous nous retrouverions plongés en culture espagnole, sa musique, ses chansons, théâtres, films, et cette si jolie langue !

À bas l’uniformité wasp et, comme tous ces touristes du sud qui estiment notre « vie française », ce serait « Viva Nuovo Spania ». Bon, il est permis de faire un rêve ?

Allons plus avant dans ces hypothèse de migrations massives. Les Allemands en Pennsylvanie ? Ailleurs, les Polonais ou les Grecs, ou les Portugais, cela serait stimulant, formidable ? Adieu rouleau compresseur « only » anglo-saxon. Adieu immense lot d’uniformités avec toutes ces villes semblables, comme formatées, à « Colonel-Machin », à « Hamburgers-McDo », erc. Que vous soyez à Los Angeles ou à Boston, à Boston ou à Miami, au Texas ou au Colorado, c’est les mêmes « us et coutumes » et, partant, l’ennuie, un territoire en assommoir.

Rêvons même d’une grande « Nouvelle Europe » à nos portes. Un vaste « Domino » de lieux très divers. Aux cultures diverses. Oui, de l’universel et en vrai avec las fin de l’idiot-consommateur ! Nos Cormier, Sarfati, Cassivi, Dumas et coetera, pourraient varier leurs éloges. Terminée enfin la monotonie de ces publicitaires avachis, leur agenouillement sous l’actuel impérialisme-USA.

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Fév 102016
 

Dévoué longtemps à « Médecins sans frontière », un humanitaire belge, Alain Destexte, publie : « des quartiers entiers sont devenus des « zones ». Des lieux à éviter avec attaques de toutes sortes à toutes heures du jour. Dont des outrages racistes aux juifs belges !
Verra-t-on cela à Montréal un jour ? Non ? Alors il faut contrôler les ghettos. Pas facile car dès que des migrants trouvent logis, on fait venir des parents, des proches, des amis. Viendront les castes, les rejets d’ordre identitaire, l’invivable « zone ».
Dans ces quartiers de Bruxelles, incessantes attaques aux policiers. Chasse à « femmes osant se dévoiler ». Homophobie criante. Intimidateurs encouragées. Antisémitisme actif et l’enseignement sur la Shoah est refusé.
En France, ça va pas mieux, les ghettos pullulent. Un magazine parisien vient de publier un reportage sur une « enclave salafiste ». Où ? À Avignon, là où un grand nombre d’adultes (comme d’adolescents) sont fous d’Allah et ivres du Coran ». Des islamistes radicaux, sans doute pas vraiment antipathique aux terroristes.
Avignon est devenue « La cité d’Allah », constate un barman; comment c’est arrivé ? Trois causes : naïveté, complaisance et aveuglement », dit-on. Le « Figaro », et « Marianne » aussi, signalent des travailleurs refusant de prendre un ordre d’une femme ! Dans des aéroports, on ouvre des mosquées clandestines ! Des « Frères musulmans » surveillent les cafétérias, cantines, restos : 100% halal » sinon…
Les « accommodements » vont se multipliant et cette sorte de communautarisme (religieux) est toléré par les syndicats, pourtant laïcistes de vocation.
Le tour de Montréal ? À quand… ?

Claude Jasmin
Écrivain
Ste-Adèle

Fév 052016
 

En 1950, au parc Henri-Julien, rue du même nom, se présente un jeune et haut gringalet avec sa petite machine à coudre portative sous le bras. Moi et Paul Buissonneau, fondateurs de l’ambulant théâtre « La Roulote », aménagions des vieilleries pour les décors. «  Je me cherche de l’ouvrage, je suis costumier », dit le tout jeune François Barbeau, regard bleu et intense. On sent un feu sacré, on l’engage à 30 piastres par semaine.
Ce gars surdoué vient de mourir, hélas. Feu Barbeau ! Cet élancé farfadet, si imaginatif et débrouillard, en quelques décennies était devenu cet indispensable habilleur d’artistes, un bonhomme « très » hors du commun. Ce filiforme garçon, souvent méditatif, à la mince voix de fausset, aux sautes d’humeur surprenantes, a rapidement imposé ses étonnants talents partout dans tous nos théâtres, souvent au cinéma, parfois à la télé.
On a vu, amateurs de nos scènes, des reines et des putains, des coquettes et des nonnes travestis d’éblouissante manière grâce aux ciseaux de fer de ce Barbeau incomparable assembleurs de mille et un tissus les plus divers, rares ou communs. Ce jeune camarade de La Roulote est devenu vite un magicien. Vous lui donniez un petit tas de vieilles « guenilles » et Barbeau les métamorphisait en luxueux pourpoints, en robes de bal, en bures de prophète, de ses costumes uniques et originaux !
Dieu —il existe, n’est-ce pas ?— devait accorder vie éternelle à pareils génies. Le ciel existe, pas vrai et Saint-François-des-costumes, avec ses sourires sardoniques —avec ses usuelles craques et ses horions moqueurs— coud et pique toujours aux spectacles des « immortels ». Tous les élus l’apprécient, applaudissent encore ses fabuleuses créations. Barbeau a reçu une machine à coudre toute neuve et on peut l’entendre encore, les doigts remplis de coton, de soie fine, de satin rare : il tempête encore là-haut.

30

Jan 162016
 

Nous formions un trio de rêveurs : Gréco, Plouffe et moi, il se défait : mort donc de Michel Gréco. On avait vingt ans en 1950, on espérait un avenir fameux, on se prenait pour des Malraux (Gréco), Sartre (Plouffe), Camus (moi). On discutait « arts et lettres » dans ce Québec-duplessiste : jasettes pessimistes sur le balcon du 7068 St-Denis. Gréco détaillait « Le musée imaginaire » de Malraux et puis il se fera (30 ans) réalisateur à la télé publique. Suis le dernier survivant mais ça ne durera pas bien longtemps. Dans la paroisse St-Vincent-Ferrier, rue Jarry, Gréco nous parlait de son voisin aspirant-chanteur, René Angelil; se couchant tard mais pas sans ouvrir la porte de son placard tant, chez lui, on se tassait. Gréco peaufinait sans cesse un roman (à la Malraux), hélas jamais publié ! Adieu mon cher petit camarade ! Si le Paradis promis existe, tu y trouveras peut-être un éditeur… « ailé », Éditions de la Harpe ?

Claude Jasmin
Ste-Adèle

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