LES BELLES HISTOIRES LAURENTIENNES | 3 juillet 2009
MANGER, MANGER…
Plein d’oiseaux légers, des sittelles (?), voltigent autour de mon « bleuetier », spectaculaire vision de vivacité. En 1978, terrain du bas de l’escalier, entre nos lilas de l’ouest aux fleurs mauves et ceux de l’est aux fleurs blanches, il y avait plein de ces sauvages cerisiers. J’avais distinguer un jour un arbre aux feuilles bellement gravées de sillons, aux petits fruits pourpres. J’en ignorais l’espèce. Un sureau ? J’ai déraciné et déménagé (dans une haie) les cerisiers pour lui laisser toute la lumière. ET, rapidement, il a grossi. En juin, des fleurs jaunes surgissent et, à la mi-juillet, se forment plein de es grappes de petits fruits d’un bleu de… bleuet ! En bien peu de jours, les oiseaux videront notre cher arbuste de cette bouffe estimée. Manger, manger !
Or, drôle de hâte, quelle urgence, mon Dieu !, des oiseaux fleurètent dedans déjà ! Devinez qui s’amène pour chasser ces innocentes petites proies ? Lui, Jambe-de-bois. Mon fier acrobate, mon écureuil à la patte folle ! Faut le voir chasser, usant de stratégie qu’il croit astucieuse, tacticien zélé, il se cache, saute et sursaute, s’envole la queue comme une aile, revient et… tombe ! Ses dégringolades sont loufoques et m’empêchent de poursuivre mes lectures sur la galerie d’en arrière. C’est «Ringling and Brothers », c’est « Le Cirque du soleil » en miniature !
Manger, manger ! Pendant une absence, une certaine « Mathilde » (qui nous a laissé sa carte), au nom de l’urbanisme écologique, est venue mesurer « notre petit arpent du bon dieu » (titre de roman) au bord de l’eau. Elle a mis une enseigne au sol. En somme c’est une sorte d’expropriation sans aucune compensation, à l’avantage de toute la communauté. Perte, et rétroactive (est-ce légal cela ?), d’une part de la propriété. Achetée en 1973, « tel que vue ».
La loi, sertie d’amendes : On devra abandonner à mère-nature un gros paquet de mètres de notre territoire ! Le fantôme de l’ex-voisin, Séraphin, ricane dans le vieux saule : « La loâ c’é la loa, viande à chien ! » Bon. Ça de moins à entretenir. À tondre. Et ma Raymonde, la proprio, veut bien participer à la sauvegarde des rives, combattre la pollution du Rond (par phosphates, engrais, et cetera). Adieu donc pelouse ! Droit d’y planter des arbustes, tel le « myric beaumier » ou autres espèces semi-marines.
Au moment où je jongle à « comment régénérer » ce rivage devenu « domaine public » ma foi, coup de fil de l’autre écrivaillon de la famille, mon David, à Ahuntsic. Ses « vieux » se sont exilés en Baie-des-Chaleurs pour « roulotter » à Bonaventure, dans notre finistère. « Allo Papi ? Des boule-à-mythes » (il rit), c’est bon ça, je suis pris avec toute une trâlée de mouffettes dans la cour, oopa, moman et leurs petits ! » J’approuve. Y songeant (à ces boules) pour Jambe-de-bois, l’assassin de nos si vives sitelles.
Voilà qu’au moment où je pars pour un achat de fraîches fraises et de « naturelles » tomates de notre maraîcher qui est revenu rue Valiquette proche de « La muse bouche », un resto couru, je songe au perpétuel silence sous le perron d’en avant. Mais où sont nos moufettes d’antan, poète ? Mystère.
La veille, au lac, j’ai vu la carpe rouge et or qui avalait goulûment les p’tits ménés sous le quai de Maurice-Voisin. Manger, manger ! Rentré pour luncher, à la télé, un de mes chers documentaires animaliers. Que voit-on ? Éternelle histoire de créatures, inférieures n’est ce pas?, se mangeant les uns, les autres. Meurtrières tarentules velues de l’Amazonie, tropicaux scorpions venimeux, serpents tueurs, l’anaconda capable de « faire bouchée » d’un homme…manger, manger ! J’entends gémir un oiseau dehors, Jambe-de-bois a-il frappé ? Cela me coupe l’appétit.





