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L'un des auteurs québécois parmi les plus connus, Claude Jasmin est (ou a été) céramiste, acteur, marionnettiste, critique d'art, professeur d'histoire de l'art (moderne), pamphlétaire, chroniqueur de radio et de télé, peintre (aquarelliste), illustrateur, scénographe de télévision, etc.

Claude Jasmin (c) 2008 Marc Barrière

Claude Jasmin fait tout d'abord des textes dramatiques pour la radio, puis pour la télé et pour le cinéma. Il a fait beaucoup de journalisme et il publie un livre nouveau chaque année. Depuis 1960, Jasmin a donc publié plus d'une cinquantaine de livres, des romans et des récits surtout.

Jasmin poursuit encore et toujours l'expérience d'écrire avec ses journaux intimes chaque semaine en publiant depuis plus de sept ans un blogue (carnet) dans son site Web . On trouve ici son avis, ses opinions sur les actualités, des critiques de spectacles, de théâtre, de films ou de télé. En somme, il raconte son quotidien. Il parle de lui mais aussi des autres. Jasmin ne laisse personne indifférent, admirateurs ou contempteurs.

Ici, un grand nombre de textes publiés au fur et mesure: lettres ouvertes, projets de romans, humeurs, portraits, extraits... Voici un raccourci vers la liste de tous les textes publiés dans ce site Web. Vous pouvez aussi laisser traces, les commentaires sur les textes de Jasmin sont acceptés et publiés en autant qu'ils s'en tiennent au sujet et demeurent respectueux.

De passage sur cette page ou de retour, pour le plaisir ou pour le travail (l'école), bonne lecture et bonnes découvertes!

Portraits | 19 mars 2010

« BONHEUR, ES-TU LÀ ? (Yvon Deschamps, philosophe )

On a dit : « Trop grave, la guerre, pour la laisser aux mains des militaires de carrière. »Alors ?  « Trop grave, la sagesse, pour la laisser aux mains des philosophes diplômés ? » Oui. Iconoclaste venu de Saint-Henri, un Deschamps fut un fameux prof de philosophie. Ce bonheur que nous cherchons tous (depuis même avant Platon), ces temps-ci,  il est dans toutes nos collines aux arbres bourgeonnant en millions de boutons verts. J’ai un fils ( pas du tout en colère, cher Félix Leclerc) en paix, qui se nomme Daniel et, ses deux gars partis du foyer familial, il rassemble ses notes en vue d’un bouquin populaire. Sur quoi ? Le bonheur. J’y crois —et pour paraphraser le psy Guy Corneau, je pourrais dire : « Père anxieux, fils calmant ».

Daniel a souvent rasséréné « son vieux papa »  qui, on le sait, est d’un tempérament pressé, stressé. Le fils du père peut se faire père, le saviez-vous ça ? Me répétant que :« plus que force ou rage…(Lafontaine) calme et patience viennent à bout de tout », il disait vrai. Daniel n’était qu’un adolescent quand il inventa une douzaine de récits de science-fiction ! Sorti de l’Université de Montréal, Daniel signait deux courts métrages qui furent diffusés à Télé Québec et à la SRC. Puis il fit  du journalisme, à Quebecor et puis « de compagnie », à Bell. Rentrant de New York, il ouvrit un jour une « Galerie du Néon », dans le Mile-End. S’ajoutant un diplôme de l’Uqam, il se fit « maître d’école ». Enfin, être ludique, il y a presque deux décennies, Daniel trouve sa vocation : concepteur-producteur  de jeux-de-société. Je pense qu’il en est à son septième, qui sera publié en fin d’été. « Bagou », qui s’amusait du vocabulaire, sa première invention est encore actif.

Ces temps-ci, il y a donc sur sa table de travail ce projet de livre sur… Le bonheur. Moi l’agité du bocal ( Ferdinand Céline), l’ex-imprécateur des radios, le polémiste hurleur retraité, Daniel est donc mon antipode. Cela nous divertit. Cher Corneau : « Père excité, fils assureur. » Je ne sais plus combien de fois me voyant en vitupérateur, Daniel contribua à me calmer les nerfs, savait me faire prendre mieux conscience que nous avons la chance de vivre à cent mille lieux de ces pays où l’on bafoue tous les droits. Daniel avait raison de me faire percevoir l’extraordinaire chance d’être du bon côté des choses. Certes on a toujours raison de se scandaliser face aux injustices mais voyant l’« inflation verbale » (dans les média ou en privé), contre vétilles et broutilles, Daniel proteste. Je suis étonné de cette sagesse, retenue et sobriété, méfiance aussi des grossissements niais. Oui, vrai hélas, une part gigantesque des humains sur cette planète sont privés de l’élémentaire, il me faisait du bien de me le dire. Son livre fera donc du bien, j’en suis déjà persuadé, j’ai hâte de lire ça. C’est «  philosophie » que de bien vivre petits et grands bonheurs et ne jamais oublier les douleurs extravagantes qui hantent des continents entiers gardés dans pauvreté et ignorance. J’ai confiance en son bouquin qui va calmer tant d’angoissés.

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1-Tout | 12 mars 2010

TÉLÉ RARE :MARC LABRÈCHE

Ce comédien est étonnant. Originalité indéniable. Il a débuté avec un talk show à TVA (un show sournois..) qui n’était pas piqué des vers mais montra son culot à TQS (la fin du monde…). Puis, muni de partenaires fidèles, de collaborateurs doués, il fait montre chaque semaine, à la SRC, le soir, tard, d’un zest de génie. Je pèse le mot. Son feuilleton caricatural sur l’amour-en-haute-bourgeoisie, avec ses silhouettes enflées, sa galerie de portraits loufoques —si souvent inénarrables— a bien servi à illustrer les talents de Labrèche.

Maintenant à son faux talk-show hebdomadaire, c’est « le lieu » du surréalisme. Un monde rare dans la bonne et jamais surprenante sauce psyclologique qui envase nos émissions ordnaires. Labrèche est sur un mode apprécié des jeunesse. Rencontrant à La Moulerie un de ses chroniqueurs (Brassard), je lui ai dit qu’André Breton, le « pape », comme le dadaïste, Tristan Tazara, seraient fiers d’eux. Il a souri. Labrèche, alias « l’incontrôlable », offre aussi dans ses hilarantes apparitions comme incarnations, hélas ! des cochoncetés gratuites. Aussi des tirs « bas-de-ceinture ». Infantilisme ? C’est la rançon à payer —pauvres voyeurs de nous— pour obtenir les forts moments. Pas bégueule de nature, j’estime autant le vaudeville que le burlesque mais… le grotesque ! Méprisable. Et méprisant envers le public. Ça va vite un spectacle par semaine. Et puis le « bon jugement » est toujours une denrée rare. Il lui sera beaucoup pardonné à cause de ses trépidations visuelles, répétons le mot, « géniales » Non, pas facile de montrer tant d’éclats chaque semaine. Marc Labrèche le fait.

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LES BELLES HISTOIRES LAURENTIENNES | 9 mars 2010

MARS ET VOIR FILER L’EAU VIVE !

Voici le printemps dans dix jours, voici venir le temps des fontes totales et dernières. Sans être obsédé d’ondinisme, avouer le plaisir à prendre d’aller voir l’eau filer, rugir ici, gémir là, courir à toue épouvante, se déchaîner. Aller voir les folles ,le excitées cascades en aval du Lac Raymond, celles Chemin du Mont Sauvage, au bord de la 117, ou derrière une jolie berge plus au nord, échevelé, folles.

Quelle chance nous avons par ici. Pas loin, proche de la Cabane à Eddy, grimper un peu, deux minutes, et découvrir ces flots rageurs, toute cette eau énervée. Le bonheur non ? Marcher à l’ouest de Mont Rolland et admirer les fous remous si vivants dans la Doncaster. Ou bien, rouer à l’est, y revoir les flots inouïs, panaches fantastiques, fluides du déchaînement proche de l’ex-usine Roland. Les oreilles bien remplies des vacarmes des fons, bruits de la délivrance finale. L’eau comme cri de liberté !

Oui, quelle chance. Tant d’endroits sur cette terre où les gens n’ont aucune chance de voir les eaux printanières s’écrier « vive la vie vive » et se jeter, les chevelures blanches dans l’air sur des lits de rochers inégaux. J’aime. Certes il y a l’inestimable Chute Montmorency (plus haut que le Niagara, mais oui) juste à l’est de Québec. Site désormais fort bien aménagé —avec pont, passerelle, parc, escalier— beauté rare qui fut peinte tant de fois par notre premier vrai artiste québécois, l’exilé allemand surdoué Cornélius Krieghoff !

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1-Tout | 26 février 2010

BLANCHES GIBOULÉES

La Jocelyne « météo » Blouin était heureuse ce mercredi soir : « demain ?, tempête ! » Elle nargue parfois son Pat Roy à l’heure des nouvelle, le soir. On jurerais qu’elle aime les CIEUX (oui, comme dans « Notre Père qui êtes…) qui surprennent. « Demain, ça va tomber » et elle en a les dents sorties. Cette pythonisse doit habiter en condo dans un bloc, la démone, pas de pelle à manier !

« Mais où sont nos neiges d’antan? » Silence les Ronsard, les Villon, on les a eu ! En fin de février et de ces giboulées-de-mars. Ce jeudi laurentidien tout enfoui de lourde ouate. Nos paysages en immaculée conception ! La veille, tu montes à ta chambre pour tenter de t’endormir —malgré ce « 24 h. chrono » qui énerve— coup d’œil dans la nuit et, oh ! sous les réverbères, la belle beauté ! À l’aube, ce sera époustouflant. Il n’y a plus de bas et de haut, ni firmament, ni sol !

Gigantesques meringues. Ma mini sapinière qui s’affaisse sous une charge de blanc-manger ! D’une fenêtre —qui encadre— le tableau d’une fabuleuse ancienne gravure japonaise ou un tableau du cher Yéronimus Bosch, vous savez bien, « Le Jardin des délices ». Lautrec chantait : « Le soleil est parti… », il reviendra ? Quand ? On fige devant le troupeau de ces blanches hermines et belettes et martres, mille milliers de blanches fourrures suspendues ! Voici Dieu à son haut-parleur : « Oyez l’Humanité, c’est votre dernière vision d’hiver ! » Hum, avant l’arrivée d’avril on ne sait jamais.

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LES BELLES HISTOIRES LAURENTIENNES, Souvenirs | 23 février 2010

« QUEL BEAU DIMANCHE MAMZELLE GERMAINE »

Un matin, réveil, il est déjà neuf heures ! Paresse, rester étendu. Ouvrir un œil et puis les deux : sur le mur, dans mon rideau de fenêtre, ça bouge.Dehors, du vent dans les branches des cèdres ? Ça bouge beau ! Cinéma libre et gratuit. Les plus beaux jeux d’ombres et de lumières sont souvent donnés ! Savoir voir. Imiter Renoir. Jeux de lignes, nids tricotés, des bizarreries… de toute beauté, des images graphiques, elles d’une fine dentelle de deuil, dentelle bien noire.

Le soleil s’amuse de tout ? Plus envie de sortir du lit ce matin-là, captivé, comme hypnotisé par ces fins mouvements, silhouettes découpées si délicates, si finement..

Puis tu vas marcher sur les eaux comme un Jésus laïc. Sur le lac gelé, entendre des craquements, la petite peur, enfantine, comme jadis, à quatre ans, le soir, quand tu craignais l’ombre au fond d’une garde-robe, quelque chose bougeait ou bien tu entends des soupirs, non, des craquements. Sur le lac, au soleil, ce dimanche-là, s’il fallait, hum… si la glace s’ouvrait sous tes pas, très soudainement, un malchance, non ?, une faille, oui ?, on sait jamais. Tu as entendu un vrai craquement cette fois, tu avances et,crac, il te semble, tu rêves pas, un autre « crac » feutré, encore.

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LES BELLES HISTOIRES LAURENTIENNES, Souvenirs | 21 février 2010

SE PERDRE…

Je me suis déjà perdu, en plein hiver, dans les bois derrière Sainte-Adèle. Je n’étais plus un enfant pourtant. Tout jeune, nos entendions parler d’enfants, comme nous disions, « qui s’étaient écartés. » La peur. Partant, la prudence. Ne pas top s’éloigner de notre environnement familier. « Éloignez-vous pas », était le cri des parents nerveux. « Oui, je m’étais t’écarté » à Sainte-Adèle, à 20 ans. Enfant, on y jongle, l’horreur : se perdre dans une forêt épaisse. Comme dans le conte de Perrault, « Le petit poucet », ou bien comme « Hansel et Gretel » chez le célèbre conteur Grimm.

Il y eut une première fois. En plein été. À la campagne. Nous étions une bande, tous âgés entre 10 et 12 ans. Derrière les maisons de la seule rue principale —en 1942— de ce lieu de villégiature (Pointe-Calumet), il y avait la nature touffue, avec plein d’arbres et des bosquets sauvages, au sol des fougères en masse. Et des grenouilles ! Pas de soleil, un ciel bien gris, donc pas de nos habituelles baignades, ni nos plongeons des radeaux, dans le lac des Deux Montagnes. Nous sommes partis, avec des bâtons, et des sacs, safari aux grenouilles !

Nous marchions librement allant vers l’ouest, du côté « forêt dense ». Mini tarzans, nous aimions sembler nous enfoncer dans une jungle. Marche, marche… plus d’une heure s’était écoulée, nos poches de jute se remplissaient de nos prises batraciennes. Cinq cennes la cuisse en ce temps-là chez les Vaillancourt, les Defoy-Legault, les Laurin ou chez ces Allemands du chalet-à-tourelle dans l’est de la Pointe.

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LES BELLES HISTOIRES LAURENTIENNES | 8 février 2010

LA VIE DEVANT SOI

À ma très chère biblio-Grignon, ma voisine pour un temps, je trouve et je lis « L’espérance de vie ». Une autobiographie par le fils du fameux Romain Gary, merveileux auteur de « La vie devant soi ». Suicidé. Ce rejeton de Gary a eu pour maman « Joan of Arc » Seberg, actrice suicidée. Un fils mal aimé raconte sa vie de jeune mondain « sexomane ». Tristesse. Lire m’est une vraie passion. Pas pour ce Éric St-Onge, en 5ième au collège St-Jean-Vianney, qui affirme ( La Presse) : « Avant, on lisait pour passer le temps, maintenant il y a l’ordinateur (et les sports) et c’est bien mieux ».

Je laisse dire. Vive la liberté !

À 9h. tous les matins, derrière le « Joe’s-vidéo-poker », achat de mes journaux au « Le Calumet ». Essentiels avec le café. Y lire l’envoyé à Port-au-Prince, Lagacé (La Presse). Le voilà qui accuse le peuple ( ô racisme !) : « C’est de leur faute tous ces malheurs actuels ». Quoi ? Pas de « vie devant soi », pas davantage d’avenir pour la pacifiste étasunienne, Rachel Corrie (voyez ça sur le web). Elle fut « écrasée à mort » à Gaza, par un tracteur de l’armée juive. Ne fut pas épargné comme cet étudiant « emblématique » à Pékin, Place Tienanmen.

Lire : Ignatieff-le-rouge, petit-fils d’un royaliste-blanc, se porte au secours de la folle « bure » islamiste. Macho bien con notre néo-raspoutine? Ou bien francophobe complexé de Paris ? Ce décevant successeur du rat-dioneste (de Chapleau) protège donc l’odieuse tente-perso des femmes dominées. Non mais… Quelle cloche, ce raton-larveur,ma foi, vive Harper-le-bleu

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Poing-comme-net | 3 février 2010

VIEUX TRAÎNEAUX ET HOREURS NEUVES !

Voir des chiens attelés à des traîneaux qui courent sur le lac en ce beau dimanche ensoleillé, chargés d’enfants rieurs, nous plonge dans des images des temps anciens. Pour beaucoup, c’est l’image nostalgique frugal de mes arrières grands-parents. Ô les hivers d’antan, mes chers vieux morts !

Revoir comme ces photos jaunies dans un vieil album trouvé chez un regrattier. Ces chiens, langues sorties, sur le lac Rond ? Une plongée dans cet univers arctique exotique. Enfants, nous imaginions avec frayeur l’existence rude en ce pays des « Esquimaux ». Bonjour Jack London, bonjour Yves Thériault et ton héros Agakuk !

Ce même jour mais le soir, découvrir le joli tout blanc portable. Sur la table-à-café d’un couple bien-aimé à Val David. À ta demande, ils te cherchent —te trouveront illico— le nom de la capitale de la Nouvelle Calédonie. Là où un petit-fils grandi séjourne avec sa blonde Jade ! Soudain, surgissent de là-bas, les saluts de ce Thomas Jasmin. Message rue Saint-Michel venu de « l’envers » de notre planète, à 30 heures d’avion ! Jadis, un mois ne suffisait pas à correspondre !

Progrès, salut et mes vieux traîneaux qui filent sur le lac ! Ce portable, c’est merveille à constater, ces jeunesses s’appropriant n’importe quelle neuve machine, capables d’intégrer la neuve patente ! Tiens, achat (enfin !) d’un cellulaire, cette semaine, en cas d’accident en auto et, hélas, beaucoup de temps à examiner ses pouvoirs. Pauvres vieux qui vivons « tout écartillé », cher Charlebois, entre passé et présent. La nostalgie embarrasse une jeunesse qui se moque si j’ose interrompre le film du présent pour fouiller mes rétroviseurs. Soudain… l’actualité frappe, ouste les vieux traîneaux, crac !, un jury de cour s’avorte ! Bang ! Des escrocs sourient. Pourquoi donc ce fiasco ? Relire le grand Jean Racine. Celui des plaideurs ! Les légalistes du noble Ministère de la Justice ont joué les experts. Bafouaient les citoyens, jurés de bonne foi. Ces noires corneilles ont tressé « mille et une » accusations juste pour enfirouaper des gens normaux, ordinaires, comme vous et moi.

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LES BELLES HISTOIRES LAURENTIENNES | 22 janvier 2010

MON PAYS EN JARDINS DE GIVRE !

Oh, vivre soudain comme dans un décor d’une luminosité si particulière ! Nos jolies collines devenues d’un aspect métallique. Une nature en scintillements ! Oh, la beauté rare ce mercredi-là ! Il y a certaines années où cet effet éblouissant ne se produit pas une seule fois. Ça s’est donc reproduit mercredi. Vous vous en souvenez ? Nous roulions vers la métropole et, surprise, en sortant de Sainte Adèle vers la station Esso et l’autoroute 15, on a vu des bêtes excitées, comme folichonnes qui escaladaient en zigzaguant nos falaises boisés. Pourquoi ? Pour voir de plus haut la beauté ? Les marmottes, ratons laveurs et autres bêtes apprécient-elles de telles visions ? On ne sait pas.

Ce jour-là c’était mieux —cette argenterie totale de nos montagnes— que les célèbres décors numérisés du film Avatar (que j’ai admiré). Dans le pare-brise de ma Jetta, c’était des photographies inouïes et mobiles), un diaporama unique, des bousculades de diapositives d’art. On aurait dit un cinéma arctique inédit, un film façonné comme ces vieilles photos antiques —ces daguerréotypes ?— clichés à base de sels scintillants. Ou quoi donc ? Quels paysages étonnants et nous n’en revenions pas, Raymonde et moi. Vision fugaces, non, cette féerie a duré tant qu’il y a eu des collines garnies d’arbres glacés.

On songeait au fameux grand artiste, Dûrer, à d’anciens procédés, de ces anciennes gravures avec leur jeu des gris variant à l’infini. Sorte de camaïeux époustouflant ce mercredi. Spectacle de mini glaçons… par millions. Oh !

« Ma vitre est un jardin de givre », chantait (avant son accident) mon petit camarade de Villeray, un Claude Léveillée ému à son piano, sur un poème d’Émile Nelligan. Ce poème s’agrandissait ce mercredi et c’est tout mon pays laurentidien qui se métamorphosait en un immense jardin de givre. Oui Vigneault, l’hiver montrait son plus beau jupon ! De dentelles fines, brillantes sous un modeste soleil taquin qui jouait au fou —allume, éteint— pour nous faire sourire, comme pour faire apprécier ce décor argenté. Si nous craignons le verglas, pour de bonnes raisons, cette sorte de givre, elle, est une merveille.

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Souvenirs | 11 janvier 2010

GLOIRE ET DÉCADENCE ?

À quinze ans nous rêvons. Nous imaginons l’avenir. Glorieux certes. Quel enfant, à un moment donné, s’imaginant « spécial », si « à part », n’a pas imaginé qu’on lui cachait ses origines. Adopté en secret ? Né d’un prince ou d’une reine enfuie, embarrassée par sa venue au monde ? J’allais un jour être comblé.

Voilà que ce midi-là, mon père, humble restaurateur de Villeray, nous sort une affaire : son cousin le notaire, hélas socialiste (du CCF), père de notre cousine célèbre à la radio, Judith, bref un homme instruit, cultivé, aurait fait des recherches généalogiques fouillées. Papa nous révéla : « Tenez-vous bien : Amédée a découvert que ces Jasmin venus du Poitou viennent d’Espagne ! » Plus étonnant, expliquait notre père, ces Jasmin venaient du Maghreb africain, des Berbères ! Je cessai d’avaler la fricassée de maman. J’étais mystifié, me questionnant, où donc était cette Berbererie ?

Papa enchaîna : « Selon Amédée Jasmin, nos aïeux faisaient partie des fameux conquérants de l’Espagne. Oui, nos ancêtres lointains (car on est en 700 par là) ont passé par Gilbraltar, pour partager l’historique célèbre règne arabe dans la péninsule ibérique. Oui, avec le glorieux chef de guerre, Abdel Rhâman. » Pouvez-vous imaginer mon étonnement ? Fini nos pauvres du Poitou guettant le voilier au port de La Rochelle. Fini ces Jasmin en petits soldats du régiment de Repentigny. Je découvrais des racines bien plus fameuses, un passé autrement plus glorieux. Le jeune ado se voyait fort bien intégré avec ces armées conquérantes, ces victorieux envahisseurs.

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