Juin 302017
 

 C’était connu. Les ados de Villeray en rigolaient et s’en excitaient. Au balcon du cinéma du coin, le Château, il y avait Paulette.

Oui, Paulette Ringuette, une voisine  de la rue « Drolette ». Que de « ette » ! Apprenant sur les manèges « de cette « vraie putain » (leurs mots), nos mères, scandalisées, en furent affreusement offusquées. Cette « démone » des après-midis blottie —ô « 7ième art »—, mal cachée au balcon, exigeaient 25 « cennes » pour un « poignet »,  50 « cennes » pour « un ouvrage de bouche ».

Pareille barbarie en pays catholique ! Nos mômans, puritaines ou non, s’en couvraient la face ! Le règne de Paulette Ringuette de la rue Drolette… ne dura pas très longtemps. Dénoncée, elle se ramassa à « La Lorette » de Laval des Rapides, une prison pour délinquantes graves !

Cette maison sinistre était voisine de chez mon « pépère Prud’Homme », là où nous y allions souvent, toute la sainte famille en visite le dimanche. Or, un jour, brin de foin au bec, me promenant dans un champ, je me trouvai un bon dimanche face à face avec… la démone en personne, Paulette de Lorette, accompagnée d’une gardienne en uniforme ! « Salut tit-cul Jasmin, toujours étudiant oui ?, p’tit voyeur du balcon du Chateau? »

Je riais jaune jouant l’étonné, mon frère cadet Raynald était à mon coté. J’ai osé : « Tu es emprisonnée pour combien de temps p’tite bommesse ? » Elle rit et dit : « Quoi, tu veux revenir hanter le balcon du Château ? ». Sa surveillante en uniforme éclata en rires.

De fait, pas bien longtemps plus tard, notre dévouée Paulette était de retour « au boulot », dans Villeray. Mais le temps du balcon était terminé. On racontait au restaurant de papa qu’avec trois ou quatre délurées, la divine Paulette protégée par un « p’tit mon oncle » vicieux, avait ouvert un discret et populaire bordel officiel, en pleine rue Saint-Hubert, juste au dessus du Steinberg ! Tous les zoot-suits fréquentaient volontiers ce lupanar à bon marché. Un jour d’un beau juillet chaud et très ensoleillé —crac et bang !—,  fermeture —et à jamais— du vilain commerce de Paulette. Le guilleret et grouillant paroissien de Sainte-Cécile, le notaire Despaties, tombé subitement veuf, ne le resta pas quinze jours. Il était devenu le riche respectable mari (devant curé) de cette diffamée jeune Paulette.

Et, bien entendu, grand cocu du petit territoire.

Gamins, quand on le moquait dans ses promenades de santé en agitant nos doigts en forme de « cornes de cocu », il riait tout le premier. Un peu plus tard, ce brave Joseph-Maurice Despaties fut trouvé, cadavre déjà refroidi en un « froid » matin d’hiver. Au fond de son hangar, avec plein de buches-de-bois dans les bras !     

Adieu monde cruel et aux salons de Rémy Allard rue De Castelnau, on y a vu un bon cortège de ses chères et tendres « assistées » sociaux. Car le Despaties avait un coeur grand comme… sa naïveté.

Un soir de veillée, une très grosse dame, vraiment « hénaurme », très frisée et très fardée, vêtue de noirs linges partout,  soudain, s’y  présenta, entourée de trois jeunes bambins. Ce sera surprise et chuchotements ! Priée de s’identifier par le directeur des Salons, elle déclina fièrement : « Je suis la mère, la veuve de ces trois enfants qu’en secret, il adorait ! »     

Silence partout rue De Castelnau ! Fertile, la grande démone du balcon du Château !

Publié dans le ejournal de Rosemont-La Petite Patrie

Mar 162017
 

      Lire si (trop) souvent, dans journaux et revues, (aussi à la radio comme à la télé) de ces actuelles accusations retardataires … face aux curés aux nains longues et vicieuses. Pouah ! Ça pue parfois Car il y a eu « domination » sur enfants. Cela grandit en nombre, non ? Y a-t-il eu des « épargnés » !
Et moi ? Et moi ? chantait l’autre. Chez ces dignes et nobles « messieurs de Saint-Sulpice » ( ô supplice), rue Crémazie, le vice qu’on disait effroyable, se répandait. Il y avait, on les oublie, des profs fameux, si dévoués et si compétent. Salut à ta mémoire Paul Legault, prêtre !)
Il y avait aussi de ces sombres et tristes malades sexuels ! Aux moins deux à qui j’ai eu affaire. C.S. et  G. F. Deux prêtres vicelards bien « ensoutanés ». Chercheurs pathétiques d’affections… masculines bien charnelles ! Le vœu de chasteté pesait trop lourd !
Monstrueux guetteurs d’ados, ces jeunes gars appétissants à leurs yeux de « pédés-pédagogues » était une obsession morbide chez ces rôdeurs acharnés, parfois terreur des récréations, ou des mis en « retenues » après cours. Et cela  jusque dans le vaste boisé derrière le collège Grasset. Obsédés maudits !  On se sauvait de ces satyres et parfois littéralement ! Mais des jeunes d’un  « genre » mou, fragile, hésitant (des futurs fifis ?) cédaient à leurs avances charnelles. Des sataniques perfides filous et, profiteurs car « en autorité ».
Les plus forts rigolaient. On a vu des cas cruels: un élève jouait le consentant, rendez-vous et paf, bang !, sur le « lieu du crime », c’était coups de batte et regroupements subit d’élèves-témoins. Les moqueries, le chantage, donc, menaces de dénonciation ! Oh ! Que d’humiliations alors pour le « moine » déculotté et dénoncé. Cette misère sexuelle dans un monde de bigots et de dévots était lamentable. Des curés « invertis » furent exilés. On ne savait où. On parlait entre nous d’une « prison des prêtres », au fond des Laurentides.

Vérité ou rumeur, comment savoir ? Ces subits déménagements de  ces profs  « aux mains trop longues » nous intriguait fort ! Et puis, adieu les études, on part travailler dans la vie courante. Moi ? À vingt-cinq ans, parmi les  scénographes de la télé publique, devoir faire face encore à une bonne part de ces invertis. Certains aînés farauds, fort entreprenants, cherchant activement des complices, des co-religionnaires quoi.
Hyènes, des chacals impatients parfois ( à nos yeux) des séducteurs aveuglés, tous incapables de bien voir « qui en est » et « qui n’en est pas ». Parfois, des confrontations profitables certes. Des couples se formaient ! Alors il y eut des clans et des chapelles ardentes. Des factions aux cloisons solides. Aussi, une sorte de tolérance. Un drôle de marché, clandestin marché aux fesses. Moqué, ridiculisé. Une cruauté puisque l‘on naît homo, comme l’on naît les cheveux noirs ou blonds. Non ?
Découverte aussi, surprise, que les plus créateurs, les plus brillants décorateurs étaient souvent …des homos ! Silence alors. Justice alors. « La pire tapette » des lieux est « la plus folledingue ». Eh oui ! C’est parfois une sorte de génie !
Voilà donc que le plus sensible, le plus doué s’avère « en être !. Je deviendrai, je le souhaitais, son meilleur camarade mais ce cher R.P. s’exilera volontairement (* avec un « lui », plus jeune) en Italie, à Rome et à jamais ! Mes regrets de perdre un compagnon radio-canadien précieux, avec qui, les lunchs du midi dans une modeste gargote voisine devenaient comme de riches et instructifs cours d’histoire de l’art ! Éblouissant R.P. !
Plus tard, devenu aussi écrivain, je rédige mon deuxième roman ; « Délivrez-nous du mal », qui est le récit d’une « passion homosexuelle ». Une pré-publicité énerve un camarade (Jean-Marc) qui, inquiet, tourmenté, vient me questionner dans mon cagibi de scénographe : «  J’espère, Claude, que tu ne t’es pas servi de l’un d’entre nous, et pour le salir ? » Non. Homos, mes deux « héros » illustraient une incompatibilité de caractère et aussi « la honte » d’un père puritain. Le jeune (alors) cinéaste, J.-C. Lord en fit un (pas bien fort) film. En noir et blanc. Yvon Deschamps et Guy Godin jouaient ma paire d’amis contrariés. Via ILLICO ou autre machin, on peut se le visionner ; dépourvu de moyens, le film est faible et TVA (financier du film) le montre parfois à des heures impossibles.

Fév 282017
 

 

L’année 1975, inoubliable pour ma carrière en cours, une année étonnante, ce sera pour moi une année épatante, fructueuse, et qui me combla à fond comme auteur. À la télé, j’ai sans cesse des invitations. Pour des billets. Des débats à Tva, Canal 10. Michel Tremblay en est très souvent et il affirmera s’être fait connaitre grâce à ces prises de bec. Celles surtout sur le « joual ».

On m’offre souvent des participations à des talk-shows, j’y passe l’un après l’autre. Je me ferai vite une réputation de farouche pamphlétaire. Et à jamais.

De plus, en 1975, je serai invité par le fondateur Pierre Péladeau (qui m’appelle son p’tit bum préféré) comme chroniqueur. Il y en avait très peu à cette époque. Cela tous les matins donc 365 articles par année ! Et durant des années ! Cette année-là, le quotidien « La Presse » publie, chaque soir, la biographie de mon enfance, « La petite patrie ». Le quotidien avait été son éditeur.

Comment ? En 1972, j’allais expédier « La petite patrie » à des éditeurs de Paris, me disant, que l’extrême « régionalité » du sujet pourrait justement faire son succès, par exotisme. Le lendemain de Jour de l’An 1972, rencontrant Stanké dans le hall de Radio-Canada il me dit souhaiter très fort publier un texte de moi. Flatté (?), je lui donne le manuscrit et Alain l’accepte le lendemain et il en fera un succès fécond.

Avec femme et enfants ( Éliane et Daniel), en vacances d’été de 1964, ce sera en petite coccinelle-63 le classique « tour de la Gaspésie ». J’en rêvais. Au retour, en janvier de 1965, j’ouvre ma petite « Royale portative ». Et toute l’ossature du roman « Pleure pas Germaine », chapitre après chapitre, va se rédiger fidèlement à partir de mes notes de voyage. De Villeray (rue Drolet) à Percé, et cette nuit de feu-de-camp.

Devenu pigiste à « Québec-Presse »— dirigé par Gérald Godin qui est aussi éditeur de la revue « Parti-Pris » (ainsi que des éditions éponymes), je confie à Godin le manuscrit gaspésien. C’est 1965 et lui-aussi, comme Stanké, me dira « oui » le lendemain de sa lecture. Ce sera un « hit » renversant.

Mon tout premier roman écrit en 1958 (avant 1960 et« La corde au cou ») parut en 1959, dans une revue littéraire à tirage plutôt confidentiel : « Les Écrits du Canada » (le numéro 7). Stanké, bombardé chef-éditeur chez l’énorme « L’Hexagone », ayant lu ce numéro 7 des « Les Écrits…», voulut en faire un livre et le fit. À mon grand contentement.

-30-

Fév 102017
 

 

Il y a déjà presqu’un demi-siècle, un soir de 1968, une bombe éclate en pleine Avenue des Pins. Sur cette petite scène du théâtre de Quat’Sous, Avenue des Pins, éclate donc de neufs jeunes talents. Show avec des chansons effrontées (la torrentielle Louise Forestier) des dialogues fous (le grand démonté Robert Charlebois) et un culoté fort insolite qui soliloque ( l’efflanqué Yvon Deschamps).

Le public est sur le cul, éloigné très brutalement des vieux classiques (TNM, Rideau Vert, etc.) et va naître un curieux nouveau « classique » : Ostidshow. 1968 et je venais de publier, (chez le Parti-Pris de Gérald Godin) en patois jargonnique bien d’ici : « Pleure pas Germaine ». Bang !, critiques négatives très raides partout pour ce roman qui deviendra pourtant un « classique québécois ». Sera réédité sans cesse (chez L’Hexagone). Québec en « révolution tranquille » se poursuivra partout et vint donc cette bombe que fut l’ « Ostidshow ». Alors, le triste orphelin de Gélinas (« Fridolin ») ne régna plus seul, le vieux « Séraphin » de Grignon était distancé, ce pauvre livreur à vélo, (Raymond Lévesque), ce timoré « Médé » de Marcel Dubé, serait vengé.

Les héros nouveaux vont s’assumer, vont parler cru, blasphèmeront parfois car ce Canada-Français voulait s’épivarder, s’affranchir, se libérer à jamais et il le fera, carrément se révoltera. D’abord au petit « Quat-Sous », dans ce texte devenu aussi un classique. L’Ostidshow fut un cruel miroir, très gênant, une franche glace sans tain braquée sur nos catholiques populations intimidées.

Ce misérable gringalet de St-Henri (Yvon Deschamps), va nous « cracher à la figure » toutes nos « aliénations nationales », il va se démasquer du « colonisé québécois » dominé. Cette virulente catharsis nous sera bénéfique. Ostidshow, oh oui; ou « ainsi débuta notre délivrance ».

30

Jan 272017
 

 

D’abord il y a la benjamine, ma sœur Reine, qui me dit les yeux exorbités : «  J’ai vu maman tantôt, tu me croiras pas Claude, elle entrait au Bain Saint-Hubert ! » Et puis, c’est mon frère Raynald : «  Claude, ça se peut pas ou c’est un sosie, j’ai pas rêvé, je viens d’apercevoir notre mère qui sortait du Bain St-Hubert ! »

Nous étions en plein mois avril, ça ne faisait pas un mois que les dernières neiges de cette année étaient enfin disparues ! Il y avait une canicule terrible. Une chaleur de mois de juillet !

À nos yeux, une vraie mère ne va pas aller s’esbaudir, s’ «évaporer », à un bain public. Les baignades, les nageades, c’était bon pour les enfants et certaines vieilles demoiselles effrontées du quartier. Aussi, hélas, pour nos « pauvres » du coin, démunis de salle de toilette avec bain dans leurs masures, en fait des taudis pitoyables quasiment. Quelle crise bizarre s’était emparée de notre bonne mère ?

Fou : une « mère de famille », se disait-on tous, doit se trouver toujours dans sa cuisine, pas loin de sa cuisinière à quatre ronds. Ou au lavage hebdomadaire, au repassage… au ménage de la demeure quoi ! Non ?

Oui, en effet, quelle bizarrerie : maman dans un bain public !

Prenant mon courage à deux mains, je me plante devant elle qui raccommodait un gilet : « C’est-y vrai ça m’man, que tu serais aller te baigner au Bain Sr-Hubert cet après-midi ? » Elle éprouve une sorte de malaise, de gêne rentrée. Enfin, elle crache : «  Euh…euh…il y a notre réservoir à eau chaude qui m’a eu l’air défectueux…mais c’est revenu là.

J’arrivais pas à imaginer notre si dévouée maman s’amuser avec la foule à ce bain public. Pourquoi ? Un cliché. Une bêtise. Un préjugé. Une « mère de nombreuse famille », elle avait neuf bouches à nourrir, n’a pas sa place dans un tel lieu. Pas sa place à l’item « loisirs ». N’est qu’un dévoué robot utile, une machine à laver, à nettoyer, à frotter, etc.

« Je suis pas rester longtemps, hen ? » Quoi ?, pire maman tentait de minimiser le temps de sa sortie, tentait, ma foi, de s’en excuser ? Quand j’y repense, quel bêtise, quelle époque pudibonde, corsetée, niaise !

Ce pauvre bain, étroit, vraiment pas bien grand, mal aéré, empestant l’eau de javel, guetté par un énorme gardien avec son sifflet nerveux …pauvre maman va ! J’ai pris mon courage à deux mains et enfin : « Si tu veux, on ira ensemble la semaine prochaine, m’man ». J’aurais jamais honte de ma mère, jamais. Je me disais : je passerai pour un petit fifi à sa moman, et tant pis ! Jeune ado, j’en étais enfin arrivé à apprécier cette mère si dévouée. Il était temps.

Mais ma mère n’est jamais retournée rue St-Hubert, au coin de Jean-Talon.

La rue St-Hubert c’était pour les courses aux nombreux magasins entre Beaubien et Jean-Talon, pour les achats de lingeries diverses, pour les besoins de ses filles et de ses deux fils.

Des jours passèrent et ça ne me sortait pas de la tête : ma mère était allé, seule, comme une jeune fille, nager au Bain St-Hubert ! Elle avait trente ans et depuis des mois ! C’était une « femme mariée », une cheffe de famille nombreuse ! Quel culot. Je me mis à l’admirer à la longue et, fin avril, un après-midi de grande chaleur  —elle s’épongeait le cou sans cesse avec une serviette rafraichie : « M’man, écoute, on crève de chaleur, tu es de sueurs, je vais garder les deux p’tits jeunes, si tu allais te baigner rue St-Hubert, non ? » Elle m’a souri. Elle m’a fait un caresse brève : « Non, mon petit garçon, grand-maman, vient de mourir, tu le sais, et ton père a loué un chalet à Saint-Placide. On va passer tout l’été au bord du lac des Deux Montagnes ! Tu es content ? »

Terminé, à jamais, le gardien « bouncer » et son sifflet maudit, fini les maudites fortes odeurs de javel. Oui, j’étais content; départ dans 20 jours, à la St-Jean Baptiste quand on mettra « l’école en feu les maitresses dans le milieu » , comme on le chantait si souvent.

FIN

Nov 042016
 

Écouter  la remise des prix du mercredi 9 novembre 2016 

 

Québec, le 4 novembre 2016. – Le ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, M. Luc Fortin, et la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Inno2016-11-04-13_38_51-communique-devoilement-pdq-2016-final-pdf-adobe-acrobat-provation et ministre responsable de la Stratégie numérique, Mme Dominique Anglade, sont heureux de dévoiler les lauréates et lauréats des Prix du Québec dans les domaines de la culture et de la science.

Le prix Athanase-David, qui couronne l’ensemble de la carrière et de l’œuvre d’un écrivain québécois, est accordé à Claude Jasmin. Romancier, essayiste, poète et scénariste engagé, il reçoit ce prix pour une carrière et une oeuvre qui ont profondément marqué la littérature québécoise. Le nombre d’ouvrages de M. Jasmin dépasse aujourd’hui la cinquantaine, un bilan auquel il faut ajouter ses nombreuses collaborations journalistiques, médiatiques, dramaturgiques et cinématographiques. Véritable homme-orchestre de sa profession, il a donné avec une égale maîtrise dans l’essai, le journalisme, la critique et la scénarisation.

Par cette haute distinction, le Québec reconnaît le parcours d’exception de personnes qui, par leur créativité et leur savoir-faire, sont demeurées à la fine pointe de leur discipline.

« La remise des Prix du Québec est un moment privilégié pour remercier les artistes et personnalités émérites qui ont forgé et propagé la culture du Québec. Par leur engagement et la force de leur oeuvre, ils font rayonner le Québec au-delà de ses frontières. Les lauréates et lauréats sont des modèles de réussite pour notre collectivité et plus particulièrement pour les jeunes qui leur succèderont », a déclaré le ministre Fortin.

« Je tiens à féliciter et à remercier les lauréats des Prix du Québec qui, par leurs découvertes, contribuent à façonner et à enrichir notre société. Il s’agit de personnes remarquables qui ont travaillé avec passion et persévérance afin de faire évoluer leur domaine respectif. Grâce à leurs réussites exceptionnelles, le Québec continue de se distinguer par son savoir et sa grande expertise », a ajouté la ministre Anglade.

La 39e cérémonie des Prix du Québec sera animée par Sébastien Diaz. Elle sera diffusée en direct le 9 novembre sur le Web et en différé le soir même à la télévision au Canal de l’Assemblée nationale.

 

Oct 292016
 

 

par Claude  JASMIN

«  Entre dans la lumière Richard Martin, ta mort  toute récente t’indique le passage. Richard, ancien gamin de Notre-Dame du Rosaire, tu lorgnais longuement, la vitrine du pâtissier français en face de l’église, rue Villeray. Je te voyais, tu sais, le fou des milles-feuilles. Tu disais: « Chez nous, on a pas les moyens, ça fait que je les mange des yeux ! »

Un jour, tu était devenu riche, connu, célèbre, toi le petit noiraud fringant, ex-élève chez de Sita Riddez, commandant désormais des textes —dont mon « Procès devant juge seul »— organisant des troupes, mettant souvent à l’horaire du prestigieux « Téléthéätre », des spectacles étonnants. Reviendras-tu en cachette pour nous en causer ? Car, là-bas, dans la splendeur des lumières du pays des morts, on t’invite sans doute à produire des spectacles comme tu les aimais. Avec des textes et des acteurs solides, des décors épatants, des costumes brillants ?

En ce vaste paradis promis, Richard Martin, garde-nous des places et réserve-nous au moins un petit banc, un tabouret, on verra de nouveau de tes mise en scènes originales. Oui, mon Richard, chaud camarade, je t’imagine en des chantiers hors-temps, comme tu étais dans les studios d’ici : l’œil bien allumé, tes gestes d’amour fou du métier, avec ton chiffon de pages écrites que tu agitent.

Entre mon grand mort dans « l’espace-temps » indicible, tuas, n’est-ce pas, gardé ta foi vive, ta dense ferveur, tes élans pleins de génie, tes précises indications au bec, tes regards inflammables, tes décrets de directeur, criés ou susurrés, c’est vrai hein ?, tu as repris ton métier adoré et des anges découvrent ce Richard Martin, dément heureux, au milieu de ces chers comédiens.

Adieu Richard, salut !

(30)

Jan 162016
 

Nous formions un trio de rêveurs : Gréco, Plouffe et moi, il se défait : mort donc de Michel Gréco. On avait vingt ans en 1950, on espérait un avenir fameux, on se prenait pour des Malraux (Gréco), Sartre (Plouffe), Camus (moi). On discutait « arts et lettres » dans ce Québec-duplessiste : jasettes pessimistes sur le balcon du 7068 St-Denis. Gréco détaillait « Le musée imaginaire » de Malraux et puis il se fera (30 ans) réalisateur à la télé publique. Suis le dernier survivant mais ça ne durera pas bien longtemps. Dans la paroisse St-Vincent-Ferrier, rue Jarry, Gréco nous parlait de son voisin aspirant-chanteur, René Angelil; se couchant tard mais pas sans ouvrir la porte de son placard tant, chez lui, on se tassait. Gréco peaufinait sans cesse un roman (à la Malraux), hélas jamais publié ! Adieu mon cher petit camarade ! Si le Paradis promis existe, tu y trouveras peut-être un éditeur… « ailé », Éditions de la Harpe ?

Claude Jasmin
Ste-Adèle

Nov 122015
 

 

J’avais cinq ans et je disais en novembre  : « J’ai tant hâte de revoir la neige » » À mon âge ? Eugh…non. La neige ? B’en… pas vraiment vraiment hâte !
À dix ans, je disais : « Viens neige première, belle neige toute neuve. Viens vite, je t’admire ». J’avais 80, il y a peu et je disais : « Neige ? Il y a pas urgence, maudite neige —pelle, brosse, gratte, charrue— prends tout ton temps, neige, on n’a pas besoin de toi, embarrassante neige. »
À huit ans, tuque et mitaines, bottillons et foulard, à genoux dans mon lumineux labyrinthe de neige, ô, le bonheur total en face du 7068 St-Denis ! Mais… À 77 ans, mal aux genoux, début d’arthrose, les pieds froids, les genoux tremblants, les doigts raides, le nez gelé, ô, zut, « va-t-en donc maudite neige, ne commence pas, va te cacher, retiens-toi, revire de bord, pousse toi au loin du nord, oublie-nous donc cette année, sale bête blanchie, hiver de merde ! »
À 12 ans, à genoux dans ma belle neuve luge, avec coussin bien bourré —cadeau de ma mémeille— glisser dans la cour sans cesse. Sur le blanc monticule bâti par papa ! Ah ! Le bonheur plein. Mais…hier, à mon grand âge, fixer l’eau du lac et l’imaginer bientôt tout métamorphosé, dur, glacé, cassant… cela va se faire, cela va s’accomplir, alors un goût d’aller marcher autour de ses rives.
A 15 ans, acheter —de secondes mains— des skis ! Assez de seulement glisser, enfant ! De patiner seulement. Oser se jeter, droit debout, sur deux minces planches, au vent en pleine gueule, comme on s’abandonnerait, complètement, si nous étions des oiseaux. Ou des anges.
Dès avant même 75 ans, très triste, ah oui ! Le coeur en compote, avoir remisé ses deux mêmes vieilles planches vernis et « bin égratignées ». Détester le froid. En lazy-boy, lire un livre sur de terrifiantes avalanches au sein de contrées lointaines. Ou, au contraire, lire un magazine aux pages glacées sur de chauds sites en zones ensoleillés, loin, en des pays tropicaux. Là où l’hiver est un mot vide de sens, vide d’images !
À trois ans, sur le dos, bien emmitouflé, étendu dans mon carrosse —ou ma sleigh—découvrir alors —oh chante Robert Charlebois : « les deux yeux ouverts bin durs »— oui, la découverte de mille milliers de jolis flocons qui atterrissent sur le balcon d’en avant. Si doucement que le bambin croit qu’il est monté par miracle au paradis promis !
À 33 ans, bien voir que les enfants grandis sont devenus des champions au paradis-des-planches, ici. À Ste-Adèle ou à St-Sauveur, à Belle Neige ou au Mont Olympia… et coetera !
À 84 ans, en mars dernier, visiteurs de Vaison-la-Romaine —mal vêtus, nos prêts de chauds anoraks— les mener derrière le Chantecler et louer cette calèche ancienne. Tirée par deux blonds percherons bien ronds. Nos visiteurs venus du midi de la France : « On n’a jamais vu tant de blancheur, de lumière, c’est tout à fait féérique ! » Ils s’extasient et à l’aéroport de Dorval, ils nous diront  : « Dans vos Laurentides, les Québécois, mais c’est Disneyland six mois par année, foi du Bon Dieu ! »
Rentrés, les pieds gelés, la guédille au nez, on se dit : « Sacrament, de la shnoutte avec leur Walt Disney, vite, des buches dans la cheminée ! »
Dimanche chez Tit-Guy Lepage, notre attendrissante éternelle Dodo gueulait à la télé « Maudite t’hiver ! », éloignée de son chic condo « in florida ». Croyez-le ou non, suis-je un masochiste ?, j’avais pourtant hâte de revoir ces foules bigarrées, trépignantes, joyeuses, aux couleurs chaudes, strier —souples et musclés— nos pentes d’ouate au blanc immaculée conception.
Amen !

« Angela, ma Petite-Italie » le plus récent Jasmin en librairie

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Oct 052015
 

Vous, habitués au blogue de Claude Jasmin, en avez lu le premier jet au fur et à mesure de sa rédaction. Vous voudrez lire la version finale. Bien imprimé, sur du beau papier ou en version numérique, le voilà! « Angela ma Petite-Italie » est maintenant en librairie.

Le webmestre

Je veux revoir cette apparition. Je cours prendre ma bicyclette, je serai rue Drolet dans deux minutes. Je pédale à toute vitesse, contourne la rue Bélanger, au coin, derrière le cinéma Château, le buandier chinois sort de sa boutique avec un grand sac de toile. Je file vers Jean-Talon tout rempli d’espoir. Mon Dieu, merci! J’ai de la chance, elle est sur le trottoir devant chez elle. Ses longs cheveux soyeux tombent sur ses épaules, elle se penche sur une voiturette de poupon. Je ralentis, m’approche lentement, très lentement. Comment l’aborder? Comment bien paraître, surtout ne pas passer pour un voyou effronté? Quoi lui dire? Comment ne pas l’effaroucher? Je ralentis encore, stoppe ma bécane, pose un pied sur le bord de son trottoir.
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Après Anita, une fille numérotée, puis Élyse, la fille de sa mère, Claude Jasmin termine sa trilogie sur ses amours de jeunesse. Le jeune Claude va avoir dix-sept ans, mais qu’il lui tarde de pouvoir mener sa vie comme il l’entend!

Et surtout ses amours…
Une nouvelle famille emménage dans le quartier. Claude voit avec ravissement l’arrivée de ces nouveaux voisins, surtout leur plus grande fille qui a le même âge que lui. C’est le coup de foudre! Mais il a du mal à s’approcher de sa belle, surveillée de près par son père, un Italien qui fera tout pour éloigner le soupirant. On menace même l’amoureux de faire intervenir la mafia! Et Claude a beau fanfaronner en disant à ses copains que tout est sous contrôle, au fond, il n’en mène pas large.

Mais qu’est-ce qui lui fait le plus peur? La mafia ou Germaine, sa mère, qui se mêle de prévenir la petite voisine que son fils est un don Juan de ruelle?

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