oct 022004
 

Pierre Foglia n’a pas son pareil pour raconter, avec son talent unique, les éphémérides de la vie quotidienne. Quand il s’aventure au domaine philosophique ou psychologique, ça se gâte souvent. Ainsi, une fois de plus, le brillant chroniqueur s’insurgeait bêtement, piaffait vainement, devant le mot « morale ». Foglia confond (l’utile et essentiel) moraliste avec (l’insipide et puritain) moralisateur. Évidemment il y a eu tant de prêchi-prêcha dans sa jeunesse d’exilé italo-français tout comme dans ma jeunesse québéco-cléricaliste. Foglia avoue : « Est-ce ma parano ? », en narrant un couple chrétien point du tout désolé d’avoir un enfant handicapé, ne songeant ni à l’avortement ni au suicide assisté. Thèmes chauds de l’heure. Il écrivait :
« L’impression qu’ils me faisaient la morale ». Mais non !
« Quelle âme est sans défaut ? », écrivait Rimbaud. Montaigne comme Lafontaine sont des moralistes. Voltaire aussi. Ici, Grand’maison ou Vadeboncoeur sont des moralistes. Indispensables. Je suis moraliste à mes heures. Et très fier de l’être. Rien à voir avec les moralisateurs, prédicateurs compulsifs « du bien et du bon » face à la moindre tendance des sociétés, ils assomment, ils ennuient. « Le mot chien ne mord pas », le mot morale pas davantage, cher Foglia. Une existence sans morale aucune a pour nom : décadence. Par exemple, le jeu sordide des BOUGON, télévisé à la télé publique fédérale, n’est qu’un jeu ? Il n’empêche que ces joyeux drilles se complaisant dans une totale amoralité, distillent à la longue un tenace ennuie et des images exécrables. Le cynisme —ultra-sinistre— ne me fait pas rire, ni même sourire. Parlant « pojection niaise », que dire du surdoué Michel Tremblay affirmant l’autre soir à T.Q. : « Gays ou pas gays, je suis contre le mariage car tous les hommes sont infidèles de nature. » Pensée bien courte, ou projection (ô Freud !) personnelle ? Tremblay s’enfonçait en poursuivant : « Personne ne met au monde un enfant pour l’enfant, tous conçoivent des enfants par narcissisme, par égoïsme. »
Le principe de réalité autorise pourtant à dire qu’il y a des couples à fidélités solides, exemplaires (pas assez ? mais ça…), que des humains font des enfants avec générosité pour qu’ils s’épanouissent (pas assez ? mais ça…). Les amateurs actuels, innombrables, de la triste sinistrose s’accrochent au bout de la lorgnette le plus rapetissant. Le goût de noircir. Pervers. Défaitisme à la mode navrante et pessimisme de complaisance. Ainsi va la vie dite moderne en journal, en radio ou en télé. Il est de bon ton de porter des lunettes noires et il est de mauvais ton d’espérer, de dire que tout n’est pas néant. Le nihilisme fait chic. Hélas, des jeunesses écoutent, regardent, lisent les affirmations légères de ces desperados de salon. Contaminés, car les populaires Foglia ou Tremblay qui oublient leur pouvoir de convaincre, des ados abusés en sont pollués. Albert Camus : « Il m’est interdit de désespérer les hommes. » Ce Camus, pourtant d’une lucidité décapante, ne craignait jamais la morale. Pas plus que l’athée Sartre. Pas plus qu’un André Gide. Gide ? Oui, oui, au delà des mœurs de l’inverti notoire (et prudent), il était aussi un moraliste. Et fort bon.
On ne parle pas de religiosité ici. Pas davantage d’étriqués codes religieux by the book pris littéralement. La morale dépasse les détestables dogmatismes théologiques, celui de Rome ou de Bagdad. La morale est d’un secours indispensable. Ceux qui en font fi sont ou de lamentables désaxés ou de simples déboussolés séduits par la déréliction des us et coutume actuels. Ils se disent libertaires alors que la vraie liberté ne peut s’exclure d’une éthique, d’un code de vie choisi librement. En dehors de la morale, sur le simple plan humain, il n’y a pas de vie épanouissante, saine. Les fredaines énoncées par tant d’olibrius en médias divers ne sont que mondanités passagères. Depuis Socrate et Platon, des gens responsables se penchent avec courage sur les valeurs, les principes, les critères, les balises essentielles. Ils ne sont pas du tout des « curés » pudibonds , ni des fanatiques (chrétiens, islamiques ou hassidim), ce sont des penseurs, des réfléchissants précieux. Sans eux —et je pense à nos sociologues, les Rioux. Falardeau et Dumont de Laval— la vie n’est plus qu’irraisonnable existence où le futile triomphe pour aboutir, en fin de vie, au vide existentiel misérable.
Ça intéresse qui ?

  Une réponse to “Foglia, Tremblay : blocs erratiques !”

  1. Encore un texte intéressant, candide pavé dans la mare narcissique de notre époque, mais fichtrement intéressant. Je vais prendre l’habitude de vous lire, si ça continu…

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