Oct 132015
 

Ci haut, vous lisez paroles d’une chanson de potache pour des collégiens partant skier …« dans l’nord ! » Le bus —UNE PIASTRE ALLER-RETOUR EN 1945— il y a plus d’un demi-siècle ! Je songe à ce passé en observant les collines encore vides en face. Il y aura des anneaux bientôt (marcheurs et skieurs) sur le lac. Je jette un regard à Jambe-de-bois, écureuil éclopé et facétieux; il m’observe. Le vrai début du frette et je reverrai le vilain chasseur d’oiseaux, Valdombre. Le vieil homme prend conscience. Fini de s’insérer dans cette nature à collines; ô nostalgie. Pourquoi avoir cessé de skier ?,la peur ! Fini aussi le vélo l’été, la natation quotidienne, adieu aux modes naturels d’exercice ?

Chante : « Que reste-il… de nos amours, de ceci et cela ? » Ces belles années sur nos pentes… avoir jeté mes vieilles planches de bois vernis du ski d’antan, où sont aller ces rudes câbles de remontée —il fallait agripper, à s’en arracher les bras. Fou de ces côtes no. 68, 69, la terrible 70. La longue 71. On avait 17 ans, collégiens à tout « petit petit » budget. Luncher au Nymark pour « une piastre ». Dévaler des heures dans cette sauvage nature, nous les jeunes venus d’« asphalte sous gadoue ». Ces joyeuses pauses pour boire un chocolat bien chaud à cette gargote au milieu d’une colline : La vache qui rit ! Un jour, fin des études, séparation d’avec les camarades, devoir te dénicher une blonde steady, alors aller fleureter aux salles de danse. Plus tard, aux pistes des clubs de nuit, cher Normandy Roof ! Soirs d’été aux parcs publics, à kiosque à fanfare. Oser le vaste mont Royal. Un jour : l’amour ! Salut Cupidon ! Bienvenue Saint Valentin ! Fuir la maison des « vieux » ! Mariage. Trouver un job steady. Les bébés… à élever, à protéger. La vie, la vie.

Ensuite, tu as 30 ans, les enfants grandis te ramènent au ski en Laurentides. Des enfants…alors prudence. Opter pour La Marquise en plein cœur de à Saint-Sauveur. Ou bien le Mont Olympia. Avila. Belle Neige. Un temps, ce Mont Sauvage. Puis tu as trop vieilli : samedis matins avec tes ados mais tu t’installes en cafétéria, ben au chaud aux pieds des côtes 40-80 de Sainte Adèle. Lire tes chers cahiers arts et spectacles. Tu détestais tant ces longues attentes au bas des côtes. À cette époque pas de ces sièges modernes, ces téléphériques à cabines.

Tes enfants sont partis en « apparts ». Le temps passe vite. Cheveux gris.

Et puis, déjà, blancs ? 85 ans, je m’ennuie de skier et j’admire cette voisine, 86 ans, toujours folle de skier. Ou le voisin, 79 ans, partant le matin aux pentes raides. Songer à y revenir parfois. Mes os fragiles, danger, fractures…procrastination. Souvenir : le mont Royal, des sentiers fous, lieux à se rompre le cou, des passages abrupts, flammèches de steel hedges sur des rochers nus ! Nos folleries, risques et retour au tramway, rue Mont-Royal. La faim. La

soupe de moman ! Des soirs au clair …des réverbères, sous les ailes de cet ange de bronze ! Soirs de mars à fleureter des étudiantes accortes. Baisers volés et idylles romantiquesqui duraient un bref février. « Donne-moi ta photo, voici la mienne ! » Images iconiques dans nos portefeuilles d’étudiants cassés. Premières caresses sous les lourds cèdres, meringues d’ouate immaculée. Bon, assez, guetter la sortie de Donalda, ma loutre de la rive. Viens bel hiver blanc, viens !

Publié dans le magazine Traces

LUNDI PREMIER DÉCEMBRE 2014 – PROPOS LIBRES sur la facturation (?) d’ANGELA

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Déc 022014
 

LUNDI PREMIER DÉCEMBRE 2014

PROPOS LIBRES sur la facturation (?) d’ANGELA

Je veux maintenant attaquer un pan du projet Angela : l’Italie et moi

Je songeais avant de débuter à bien faire savoir et voir une sorte d’attrait chez moi (mystérieux) pour l’Italie et les Italiens.

Certes il y avait le quartier voisin.

Mais…c’était très fort, j’aimais démesurément la langue italienne.

Comment insérer tout cela dans ANGELA ? me dis-je.

J’y jonglais avant même de partir le récit….

.

Ma joie d’aller, par exemple, l’été, d’assister aux messes dans la paroisse voisine italienne. La parlure. Musique à mes oreilles.

Bizarre non ? Les sermons. (Que je tentais de décoder) Du feu…parfois, des menaces : j’entendais : «  peccatorés…flamma… per brularé… per éternella… in inferno et les démonés…etc.

Je songeais même à emmêler dans mon texte avec-sur-dans ANGELA…ce grand amour fou innocent et mes cours chez les Sulpiciens, sur ROME, sur les Césars, à ce collège de futurs prêtres…hum…

où pigewre…oùj’entendajks… : et cette affection totale pour l’ITALIE.

Parler donc de cette belle Angela et mon cours classique… quoi ! Nos traductions du latin; cette version-lecture de « DE BELLA GALLICA » du général Julius C.…hum… FOLIE ?

Comment faire ? Cela…

Je songeais à y mettre le FLAUBERT, non, c’est Stendhal je crois (voir Google vite) fou de l’Italie.

« La Duchesse de… « ou bien LE ROUGE ET LE NOIR. ( le titre?)

Comment…trouver un filon, comment raccorder tout ça avec naturel (et grâce!)…Me servir de papa et sa recherche du VATICAN sur notre vieux radio Marconi …il écoutait son cher pape parlant italien…pourtant.

Vrai que j’aimais écouter longuement =et comme en cachette des voisines italiennes (Mad Diodatti et mad. DiBlasioi) qui causaient sur leur balcon St Denis Street. Oui, une musique.

Buissonneau, mon premier employeur (aux Parcs de la Ville, La Roulotte) à 22 ans, avant la SRC, et qui vient de mourir. Merde.

Écrire un petit requiem. Retrouver mon texte de Radio-Québec.

Marco mon dévoué webmestre, va me retrouver ça, il est bon recherchiste.

De retour à tant de ces archives : déception…

et puis…NON, pas de Stendhal, (Ni Balzac, ni Flaubert) ni rien ! Pas de ses romans, et pas d’Italie littérature,,,pas de bribes de cette CHARTREUSE DE PARME. Ce récit bizarre, flou., louangé par tous de Gide, à Julien Green)

C’est trop complexe, trop écrit,

et ça n’irait pas avec cette limpidité (naïveté aussi )que je veux partout dans Angela.

Fin de cette idée d’une Italie d’auteur du 19 e siècle.

GARDER quoi

trouver quoi, de nouveaux thèmes; lieux, actions, etc.

En somme me replonger, et surtout ravoir 17 ans, ou 18 si on veut.

Je m’y frotte à la prochaine occasion.

Entendu tantôt à la radio : la mort encore, celle une ancienne du burlesque, du vieux music-hall, Murielle Millard. MA mère admirait son…chien.

Souvenir d’une visite à la maison : « Maman, j’ai passé la journée avec ta chère Millard, elle va chanter dans mes décors dimanche À Musiuc-Hall. . » Ma mère : « Chanceux, c’est un grosse vedette tu sais ! »

À y revenir…

DEUX

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Oct 052014
 

 

J’approchais de la rive, un pédalo à quai me cachait la vue. Un choc visuel, je suis soudain saisi, pétrifié. Muet ! Caché par le pédalo des Lagacé, revenant du large, noyé d’eau, soudain, apercevoir si près de mon visage de mon visage, j’aurais pu y toucher— quatre merveilles ! Quatre trésors qui pulsent, quatre rondes têtes nerveuses sur quatre paires d’ailes d’une soie rutilante, quatre boules remuantes on dirait des joyaux, de beaux bijoux à huit pattes aux ergots tendues.

Première fois à être si proche de pareilles merveilles : quatre canards dit colvert. Pourquoi « mon bon m’sieur bon-dieu » ne pas nous avoir donné la chance, pauvres humains, de vivre sans cesse vraiment au beau milieu de toutes ces faunes pittoresques qui habitent notre planète ? Oh la beauté ce jour-là tout récent. ! Je ne bougeais plus d’une oreille, pas même d’un cheveux ! Ils me tournaient le dos, je ne respirais même plus.

Un instant, je voulus —erreur— m’en rapprocher encore un peu…un peu plus… et zut ! Mon quatuor de colverts —calvaire— petipataponne au rebord du quai et plouf, plouf ! Plouf, plouf ! À l’eau canard, fuite pressée, adieu l’écornifleur derrière le pédalo. Bye bye ! À quatre ils rament à fougueuses pattes vers le radeau des Jodoin jamais désert pourtant à cette heure de fin d’après-midi.

Me restait une subite grande solitude, une dévastation, la beauté partie. Ma bête solitude et eux, si fiers. Quoi, se savent-ils si beaux ? J’étais soudain tout nu dans l’eau du lac Rond, privé de quatre Ostensoirs brillants, quatre Saints Sacrements brillants quoi, c’est nos enfances pieuses qui remontent quand on veut évoquer de la richesse. Influence marquante chez les « pas riches » que nous étions tous, humbles paroissiens, pauvres catholiques.

Il y avait donc, il y a un instant, à ma portée et, hélas, inaccessible le trésor d’alibaba, celui d’un émir, d’un fakir, d’un vizir, d’un émir —à la mode réactualisée de l’Islam. Les revoir quand mes idoles à plumes luisantes, dieu, quertzalcoat d’un mexique imaginaire, rêvé !

* * *

Plus tard, quoi ?, il y a là au rivage, sous le myric baumier, ce petit… chat ? …Ou quoi, une grasse grenouille géante et exsangue ? « Ça » nage dans tous les sens. Et « ça » creuse soudain sous le mur de roches rouillées. Curieux animal au pelage tout trempé, lissé, étrapé. Qu’est-ce… ? C’est blanc. C’est pâle. C’est quoi au juste ? L’animal inconnu m’a vu, me fuit, puis me revient, plonge et reste au fond de l’eau longtemps.

Je m’appuie au tronc du très vieux saule penché. La bestiole amphibie, laide, si mouillée, est là sous le mur de pierres, dans un creux. Entre et sort d’un fond de trou boueux. Est-ce un chat infirme, un oiseau aux ailes broyées, mythe égaré, « pet » qu’on a voulu noyer ? « Ça » gigote fort et « Ça » reste au fond de l’eau. J’en ai peur. Est-ce vraiment un félin ? Non, impossible, je vois des pattes vigoureuses et comme palmées mais qu’est-ce que c’est que ce drôle de gras rat blanchâtre ? Non, la nature est pas toujours belle. Un échappé de laboratoire…Y a-t-il un savant fou qui rôde dans Sainte-Adèle ?

Tiens, des yeux…noyés, crevés et sur la tête des moignons cernés de violet, une sale gueule aux dents croches ! J’en ai peur, j’avoue. Veux-t-il se pêcher de ces poissons tropicaux rouge qu’on ose rejeter au lac ? J’ai pris un filet pour en avoir le coeur net mais il se sauve. Revient, gratte la vase. Eau brouillée merde ! Ce n’est ni un chaton, ni un raton, c’est violet sous le ventre, jeune vif au creux oreilles. Je veux mieux voir mais bizarre bête, étrange ectoplasme inédit, soudain, gagne le milieu du lac. Danger pour mes chers marathoniens du milieu du lac qui passent. Une attaque ? Mini-Jaws ? Une mordée dans la figure…! Le revoilà, infâme fourrure trempée mais où suis-je, dans un film de science-fiction, dans un conte d’anticipation ? Raymonde m’appelle. Souper sans appétit ! Mais j’y reviendrai. Promis et je saurai.

Août 282014
 

Quelle belle saison ! La plus belle certes. C’est souvent, les beaux jours nombreux, à mes yeux, « un véritable Éden » dans mon alentour. Les fleurs (des hydrangés ?) se multiplient comme à vue d’œil ! Sur notre longue galerie, on peut observer de ces jolies mésanges grises à tête noire. Un couple en particulier, fidèle, qui virevolte avec grâce et qui se taquine sans cesse. Se piquent du bec, se frôlent des ailes. Leur grand bonheur de vivre, apparent est évident et m’est un stimulant. Ils tournoient souvent autour de notre mahonia (en bien mauvaise santé cette année) et s’y agrippent —furtifs, nerveux, aériens— croquent ses bleuets sauvages.

Pauses-bouffes ? Mon couple guilleret ne cesse de venir se nicher aux extrémités de mes stores de bambou, roulés serrés autour de la galerie et j’ai découvert qu’ils y dénichent des fourmis d’un type ultra noironne, les croquent et repartent aussitôt. Je peux examiner à loisir alors leurs allures : ces frêles mésanges si délicates ne cessent pas de tourner la tête. À une vitesse folle. Ont-ils tant d’ennemis ? Une surveillance intempestive ! Cela en est une vraie coquetterie, si jolie, que ces très vifs mouvements à gauche, à droite, en haut, en bas, ah oui, un incessant guet. Qui m’amuse !

Cette année notre cardinal se fait rare, où trotte—il donc, il s’est fait une blonde ?, c’est plutôt un été de colibris. Un bien grand lot. Ils passent en revue, vibrionnants, le bec paré, plusieurs fois par jour, la dizaine des corbeilles fleuries de ma Raymonde. Un défilé de gendarmes-à-hélices ! On dit « oiseau mouche » n’est-ce pas mais c’est « oiseau-hélico », leur vrai vrai nom ! Un comique défilé, je vous jure.

Oh, des voisins ont des visiteurs, des enfants. Bruyants ? Comme tous les enfants au jeu, non ? Alors foison de cris et de rires dans l’air du rivage. On peut entendre des « regardez-moi ». Mon Dieu, je reconnais tous ce cri d’usage ! Du temps —moi retraité et la compagne encore au boulot de la SRC— que je gardais les enfants de mes deux enfants. « Regarde-moi, papi », l’appel rituel et fatal ! L’enfant a besoin qu’on l’admire, il quête l’attention du « grand »ou de la « grande ». De l’adulte. « Regarde-moi » et « j’ai pas peur » : les deux phrases qui meublaient toutes mes heures de gardiennage dans les années 80 et 90.

Je m’approche un peu et je vois une fillette qui n’est pas jolie; sorte de triste « Joconde » —oui, j’ai toujours trouvé laid ce sombre visage du grand Da Vinci ! Elle ne joue pas, reste collée au troc d’un saule. Ma tristesse et comment rasséréner cette fillette défavorisée par la nature ? Un chien s’amène et gambade autour d’elle, le chien ne discrimine pas, lui. La petite fille laide isolée se jette sur lui et le caresse en riant. Elle sourit, en est un peu plus jolie. La vie, la vie… au bord de l’eau.

Plein de libellules luisent dans les bosquets de la rive, pièces de celluloïds vibrantes aux lueurs aveuglantes parfois. Comme « en résidence adèloise », voici mes familiers canards qui s’amènent avant que tombe sur le Rond le crépuscule. Je dis bonjour à la troupe fidèle, famille compacte. Aucun colvert cette fois et j’observe la petite armada, cous raides, culs en l’air fréquents, qui contourne tout. Radeaux, quais, pédalos, chaloupes. . . et aussi me contourne car je nage comme chaque jour presque vers mon voisin, bientôt nonagénaire, placide et bienveillant heureux sénateur. Oui, cher Rivard, « Les pieds pendants au bout de quai » nous parlons de la vie, du bel été, des beaux jours, mon cher Samuel Beckett. Ah, l’été !

Juil 182014
 

Il y a trois jours, encore une fois, une envie de rouler à l’aveugle nous a pris. Sous un bien beau soleil, lumière de juillet si invitante, la nature enfin tout épanouie, traverser des paysages laurentidiens, jamais vus peut-être. Un goût d’aventuriers mais confortables assis dans un moderne carrosse d’aujourd’hui. Aucune audace, il est loin le temps de nos aventuriers, des coureurs des bois. Eh bien, oui…Oui, on a fini par nous perdre, on a fini par plus savoir comment rentrer …dans nos terres !
Évidemment, nous évitions systématiquement de prendre les routes connues. Par jeu, en riant d’abord, c’était le plaisir de nous engager dans des petits chemins secondaires, vers des sites inconnus. Qui portent des noms brefs : Chemin X, Lac Y, Montée Z, Mont W, Ruisseau V… Il nous arriva même de rouler sur ces anciens chemins-de-sable. De terre battue. Adieu asphalte !
Allez-y, entrez à votre tour dans ces zones dépeuplés, bien loin de St-Sauveur ou de Ste-Adèle et vous découvrirez des territoires, parfois pas mal étendus, vraiment sauvages où se succèdent forêts denses et boisés légers, champs en jachère, et monts chenus… ou grosses montagnes aux verts sombres. Soudain, une rivière anonyme ou des ruisseaux capricieux, un lac tout vert, couvert d’herbiers ou un lac clair, un autre aux eaux noires, un bleu ciel.
Bon,. Ça suffit. Où étions-nous ? Nous voulions revenir à la civilisation. Perdus et ce n’était pas une série de télé ! Incroyable ? Non ? Soudain, avoir l’impression de rouler en danger, une vraie crainte d’aboutir à une indéchiffrable impasse. Un de ces culs-de-sac sans solution et nous retrouver sans aucune voie d’issue. Bien seuls au bord de l’un de ces chemins à moitié… dépavé. « Le petit poucet » du conte de Perrault ou les pauvres Hansel et Gretel…en juillet 2014 ! Un léger malaise nous recouvrait maintenant.
À un moment donné, carrément, la peur de finir vraiment perdu, en une fin de route dans la forêt anonyme de pins, de sapins, d’épinettes. Devoir virer, oui, revenir sur nos pas alors qu’on venait de rouler des heures, pas bien vite, sur un très long lacet troué d’une maigre route pleine d’innombrables « nids de poules » ! Oh misère, Robert Charlebois : « tout écartillés dans Paris » ça passe. Mais tout écarté dans ton arrière-pays, c’est moins amusant. Parfois, vue soudaine d’un mystérieux luxueux chalet ! Plus souvent d’une cabane, « shak » misérable et chaque fois, pas un chat, personne ! Ralentir et alors écouter le silence. Pas âme qui vive ? Des refuges de pégrieux, des cachettes de bandits ? Rêvons en romantiques finis. Retraites pour braves petits bourgeois misanthropes ?
Soudain, enfin, enfin, enfin, annonce d’un lac : « St-Joseph » —priez pour nous St-Joseph— un bien grand lac, bien beau et puis un placard annonce qu’on approche de St Adolphe. (lâchons vite ce « D’Howard » de colonisé d’antan). À un carrefour de ce joli paysage où s’étalent maintes vivifiantes marinas avec embarcations d’une stimulante variété, on lit : « Ste Agathe ». Flèche à l’ouest. «  St-Sauveur ». Flèche à l’est. Rentrons. Séchons nos pleurs Hansel et Gretel perdus. On roule. Rassurés enfin. Une bretelle à droite : invite rassurante : « Le Patriote ». Et « Autoroute 15 ». Ah, chère large ruban autoroutier familier, viens vite sous nos pneus fatigués par des heures d’errance en vilains chemins, de bardassement. Ouf et re-ouf ! Maillot enfilé, je marche vers mon modeste petit Rond. Au rivage, bien installé sur notre quai, le si rare grand héron gris et qui me regarde comme avec ironie. « Quoi, quoi ? On a voulu voir du pays ».

Juil 022014
 

Un temps de ciel laiteux. Et flâner dans l’eau. Au rivage, sous le myric baumier, ce petit… chat ou ce gros crapaud comme passé à la chaux ? Un ouaouaron géant, exsangue ? « Ça » nage dans tous les sens, « ça » creuse soudain sous le mur de roches rouillées, vivier de mes rats musqués. Mais qu’est donc ce curieux nageur au pelage tout trempe ? C’est blanc, si pâle, quoi au juste ? L’animal inconnu m’a vu, me fuit, me revient, plonge, reste au fond, remonte. Cache-cache ?

Je m’appuie au tronc du vieux saule penché. La bestiole amphibie, laide, si mouillée, est là sous le mur de pierres. Dans un creux. « Ça » entre et sort d’un fond de trou boueux, un chat infirme, un goéland déchiqueté, mouette perdue aux ailes fracturées —mythe égaré— un « pet » payé pas cher et qu’on a voulu noyer ? « Ça » gigote fort et « ça » reste tout au fond, pâle lueur. Pieds nus dans l’eau, la peur. Est-ce vraiment un félin ? Non, je vois des mini-palmes… mais qu’est-ce que c’est que ce drôle blanchâtre ? Sont-ce des pinces? Un blanc homard fantomatique. La nature est pas toujours belle. « Ça », mon cher Stephen King, un échappé de laboratoire ? Y a-t-il un savant fou qui opère pas loin ? Je distingue des yeux de noyé, crevés, sur la tête des moignons violets, une plate gueule à dents croches. Veux-t-il s’harponner de ces poissons tropicaux rouges qu’on ose abandonner à chaque fin de vacances ? J’ai pris un filet, en avoir le coeur net, mais il disparaît. Revient, gratte la vase, eau brouillée merde !

Ce n’est ni un chaton, ni un raton, c’est violet sous le ventre, taches jaunes aux oreilles. Je veux mieux voir mais l’ectoplasme inédit file vers le milieu du lac…oh !, danger pour mes fidèles marathoniens s’entraînant chaque jour : un mini-Jaws. Une mordée fatale dans la figure, oups ! le revoilà, petite fourrure dégoûtante. Suis-je dans un film de science-fiction ? Dans un conte d’anticipation ? Raymonde m’appelle. Souper ! Okay. Mais j’y reviendrai. Promis; je saurai.

Le lendemain :

J’approchais de la rive, un pédalo, à quai, me cachait la vue. Choc visuel : je suis soudain pétrifié. Muet : caché par le pédalo des Lagacé, soudain découvrir si près de mon visage de mon visage, j’aurais pu y toucher— quatre merveilles, quatre trésors vivants, quatre paires d’ailes d’une soie turquoise rutilante, on dirait des joyaux, des bijoux sorties d’une animalerie antique rare. Première fois à être si proche de pareilles merveilles : quatre canards dit colvert.

Pourquoi donc « mon bon-bon-Dieu » ne pas nous avoir donné la chance de vivre au beau milieu, au sein même, vraiment « parmi » toutes nos faunes pittoresques ? Le souffle coupé ce jour-là ! Oh la beauté ! Je ne bougeais plus d’une oreille, pas même d’un cheveux, ils me tournaient le dos et je ne respirais plus. Hélas —erreur—je voulus m’en rapprocher encore un peu… et zut ! Mon quatuor de colverts —calvaire— petipataponne au rebord du quai. Plouf, plouf ! Plouf, plouf ! À l’eau canard, une fuite pressée et adieu l’écornifleur derrière le pédalo. Ils filent rament vers le radeau des voisins Jodoin.

Me restait une étrange solitude avec tant de beauté partie. Eux font les fiers, les libres. Se savent-ils si beaux ? Un tout nu dans l’eau du lac Rond, privé de mes quatre Ostensoirs brillants ! C’est nos pieuses enfances qui remontent quand on veut évoquer du grandiose, non ? Influence marquante chez les « pas riches » que nous n’étions tous que d’humbles paroissiens. J’ai perdu —à ma portée et inaccessible— le trésor d’un émir ou d’un fakir, d’un vizir ou d’un émir —ces vieux mots que l’Islam désendormi réactualise ces temps-ci.

Je rentrai. Demain ou quand, revoir ces idoles à plumes luisantes, dieux palmés, quertzaltcoat d’un mexique imaginaire à Ste-Adèle.

Mai 142014
 

C’est une géniale chanson que ce « jardin », un air si enjoué, que je turlutais il y a peu en regardant du balcon, mon jardin. Jardin ? Tout petit domaine, enfin libéré vraiment de l’hiver. On a besoin de pas grand chose au fond pour un peu du bonheur. J’ai eu l’envie subite d’aller inspecter mon « petit arpent du bon Dieu » (bon roman d’Erskine Caldwell). Bien petit jardin, terrain banal au fond, mais, mes voisins confirmeraient : petits lots qui font notre joie !

Depuis des décennies que je m’y frotte, que je redresse ceci ou cela, que je dégage un arbre nain ou que je déménage au soleil un bosquet contrarié. En y arrivant —juin 1973— il n’y avait dessus qu’un érable au pied de la galerie. Un mini prunier, bizarrement stérile après sa floraison; aussi très un vieux pommier à mi-côte. Sur la berge, deux vieux saules (pas pleureurs du tout). J’y descend : tout de suite le cher lot de lilas et devoir émonder, éliminer les parties comme tombées au sol depuis une certaine tempête. Ensuite éclaircir cet « arbres à bleuets » dont le nom m’échappe toujours et qui nous est une volière fantastique, la mangeoire appréciée d’oiseaux divers.

Aller marcher à gauche et craindre la pousse rapide des cèdres, songer à un barbier drastique. Et puis marcher vers le fantôme du beau bouleau, hélas, tombé malade, puis admirer le sorbier pétant de santé et marcher sous la mini sapinière —mini-épinettière— du milieu du jardin. Mini-boisé de haut et sombre bouquet éclairé d’érables —si colorés en octobre ! Voir des flèches, des clochers, nichoirs de geais bleus. Aussi hélas de criardes corneilles ces temps-ci ! Revoir en pensée notre si vieux pommier (Claude-Henri Grignon, gamin, y grimpait) tombé raide mort l’an dernier ? Revoir aussi toute cette zone du jardin mis en jachère de force, par ordre de la municipalité. À « fin écologique » ? Y planter quoi ? Des « sauvageries », consulter un jardinier expert, mon neveu Sylvain V. l’expert  de Saintt Eustache ?

Dans les haies du bord de l’eau, revoir de ces jeunes érables camouflés sous le myrics baumier. Arracher ? Craindre le lac bientôt caché à notre vue ? Oui. N’oublier jamais —à chaque printemps— d’étêter tous ces chèvrefeuilles, un lierre connu, utile et commun—aux baies jolies à l’automne. Une vulgaire végétation synonyme de « clôture », de « barrière ».

Je passe à l’autre coté de notre modeste jardin et c’est soudain forêt avec tous mes sapins plantés en 1973, devenus des géants. Une joie des yeux et ma fierté candide. Ces arbrisseaux, nains résineux, arrachés au domaine public. À présent des « pattes d’éléphants » gigantesques ! Aussi des fournisseurs d’ombres —appréciés durant les canicules.

Par ici, sous ces pachydermes, c’est « adieu pelouses » ! C’est devenu un tapis acide de mini épingles et aiguilles. Entre ces colonnes de gris, tronc en colonnes naturalistes, sont apparus de grasses jolies fougères. Qui font accroire à un coin de forêt ! Bon : examen ici, d’un rocher tout moussu, là, de quelques roches veinés. Immobiles monuments anonymes, symboles de nos ingrates terres-à-cailloux, de nos Laurentides. Pour finir, examen des parterres. À cueillir, de gros sacs au bord du chemin. « Fin du ramassage » des cadavres moches : branches tombées, feuilles mortes oubliées, cartons, bouts de papier ou de toile. Restes effilochés de plastique, canettes jetées, le jeune vaillant Jean-François a collaboré et voici donc un jardin, oui bonhomme Trenet : extraordinaire. Jardin banal pour le passant mais c’est le nôtre, alors il n’est pas ordinaire. Anciens citadins, nous voilà fiers comme Artaban, heureux, comblés… pour un simple « carré » de nature, pas beaucoup plus grand qu’une placette, qu’un square en centre-ville… mais qui nous paraît bien vaste, si vaste !

Avr 302014
 

Nous cherchions —à aller chez Honda— par une voie de service, roulant vers l’ouest de la 15. Pas loin de St-Jérôme. Soudain, dans un débat de soleil et nuages, du brouillard ! Paysage d’apocalypse ! Une fin d’après-midi et découvrir la rivière du Nord obèse, folle, déchaînée. Découvrir un barrage géant et puis une effrayante chute d’eau. Soudain, sur la grondante rivière un très long abri, un tunnel de toile et puis voir des travailleurs sortant d’une usine au loin (Cascades ?); ouvriers pliés, courbés marchant vers leur stationnement.

En cette zone si sauvage, une pancarte : « Maison de retraite ». Eh b’en, un décor de fin du monde. Ce récent jour, sous un ciel aux lueurs chamarrées, que de trombes d’eau déchaînée. Déformé, à l’horizon embrouillé, une usine ! Est-ce Cascades inc,, l’ancienne usine des Rolland ? Par temps-de-chien, allez roder par là. Un spectacle impressionnant si vous traversez vers l’ouest —Chemin du Grand Héron— pour voir ce lieu tourmenté, gigantesque voile, vaisseau fantôme. Nelliganien ! Ce barrage, sa chute impressionnante, découvrez un théâtre naturaliste bouillonnant. voyez la Nord en convulsions, rageuses. Loin de son cours tranquille le long de la piste cyclable mis à part les rapides de Val Morin. Cette Nord « bardassée », et qui tourbillonne fort. Ce jour de vendredi-saint, ce fut un vaste bain d’un Spa goliathien.

J’en ai déjà jasé ici : on est allé revoir, Raymonde et moi, la Nord en folie sous le pont au bout de la jolie rue Rolland. Quartier éponyme de Sainte-Adèle. Allez-y ! Encore cette vue excitante, énergisante, qui fouette, stimule, le regard. Ses eaux en crue d’avril, en furie, une chamaillerie de flots d’une grande violence, un remue-ménage ondien remplit d’une sorte de gaieté (oui !) aussi une joie sauvage pour les oreilles, (même les miennes, faiblardes). Par là, c’est le dieu Neptune en grande colère !

Je n’oublie pas —vélo sorti bientôt— près de la « P’tit train du nord », les remous d’eaux énervées de la Doncaster aux alentours de « la cabane » ( dite à Eddy). Irez-vous re-visiter ces remuantes, fascinantes chaînes de remous fougueux qui nous appellent à grimper dans le boisé.

Bientôt maintenant —viens donc juin— tout se sera calmé, ces grandes eaux turbulentes se seront pacifiées. Privées des ruissellements printaniers. Oui, désormais, alimentées de ses familiers et habituels courants tranquilles —s’il n’y a pas déluge. Ce sera l’adieu aux torrents, l’au-revoir-au-printemps prochain, ce sera l’été bientôt, ses beaux jours chauds et les joyeuses excursions, ses pimpantes randonnées pédestres dans notre nature laurentidienne qui se sera calmé les nerfs ! Toutes ces zones bruissantes, énervantes, redeviendront l’affiche des tranquilles, invitantes promenades.

Enfin, j’y pense souvent, viendra-t-il quelqu’un pour nous décrire avec précision, le long sinueux de la rivière du Nord ? D’où son démarrage ?, Où sa chute finale ? Où, au juste, va-t-elle se jeter dans l’Outaouais ? Qui racontera son cours inconnu dans ses terres jusqu’au delà de Lachute ? Qui nous parlera de l’inconnu, du premier amont, su premier aval Proche ou loin de Montebello ? Mon envie, plus jeune, jadis, d’y aller naviguer. Canot. Chaloupe. Voire en pédalo à travers champs, avec un appareil-photos. Oui, qui ira épier ce très long serpent aboulique ? Part-il de Tremblant ou de plus hait encore ? Vous irez fureter ? Alors, revenu, ou y étant déjà aller, racontez-nous ça ici, à « Pays d’En Haut », de grâce ! Merci d’avance ?

Mar 272014
 

« Maman, maman, maman, Yves, ton grand gars ivre / arrive, maman, au bon moment. » C’est de la poésie de feu Germain Nouveau, le meilleur copain de Rimbaud.

Une fois, j’étais rentré tard à la maison, un dimanche et… un peu « paqueté ». J’avais dix huit ans. Ma mère (qui guettait mon retour j’en suis certain) me voyant tituber, avait dit seulement : « Si ça a du bon sens, à ton âge ! Va vite te coucher. Le collège demain ! ».

C’est cela une mère ? Je regarde justement une mère et ses fillettes dans ma chère piscine du « Excelsior ». Je vois une femme avec « des yeux tout le tour de la tête », un peu anxieuse. Quoi? Une « mère-poule » ? C’est tout bonnement une mère !

Depuis même avant l’antiquité et jusqu’à ce avril 2014, il y a eu, il y a, il y aura… ce fait têtu : une femme qui est une mère sait d’instinct qu’il faut surveiller, couver et protéger. Quoi donc ? L’avenir. Nous tous. Au juste quoi ? La vie.

Je l’observe donc sous un soleil qui éclabousse l’immense serre (et son palétuvier feuillu), elle est un « beau radar humain ». Dans l’eau bleue, salée et chlorée, allant de l’une à l’autre, avec ses beaux gestes protecteurs cette « maman » sourit, rapprochant celle qui s’éloigne trop vite ou, au contraire, éloignant la froussarde trop timorée. Que je suis ému par la sobre beauté de ce dévouement immémorial, bonté toute gratuite, obéissance automatique. À sa nature, à sa fonction viscérale.

Antipode ? Dans la Côte Morin, cette pauvresse en loques, qui pousse, les yeux exorbités, son vieux carrosse. Dedans, des petites jambes pendantes, la tuque de travers, des petites mains nues rougies, sa fillette dépenaillée. La croisant, je l’entends qui sacre, la bouche écumante. Mais oui ! Une mère inapte et il s’en trouve ici comme partout ailleurs. On a mal. On devine le « désavenir » de rejetons malchanceux. Rien à voir pourtant avec… —oui, j’avoue— avoir eu honte souvent de ma pauvre maman se vêtant d’oripeaux pour feindre « la misère noire » et m’amener la voir négocier âprement avec ses « chers » marchands juifs, rue Saint-Hubert, Wise Brothers ou Greenberg.

Aujourd’hui, j’ai honte de ma triste honte. Mais quoi, on feint de l’ignorer, les enfants ont une fierté terrible.

Cette souriante surveillante du Excelsior et cette pauvresse débordée et ma mère… que de contrastes !

Je verrai la neuve « BMW » dehors quand cette si gentille « matrone » quittera, avec ses fillettes, mon auberge de la 117. C’est tout à fait cela : riche ou pauvre, lune maman est une maman, à moins de misère grave et cette bourgeoise n’est pas moins couvante que ma « pauvre » mère.

Avec une flamboyante voiture « Porche », ou à pied, une maman reste une maman. S’inquiètera sans cesse du sort de ses petits poussins. Ma mère encore en 1949 : « Tu devais casser avec ta Michèle de la rue Vivian, de Town of Mont Royal. Tu seras malheureux, on est pas de la même classe. »; une mère craint des humiliations à venir ? Plus tôt : « Ça suffit tes balades tous les soirs au Parc Jarry avec cette dévergondée de Marion Hall, pense à mieux étudier si tu veux un avenir qui aura du bons sens ! » Oh maman ! Tout jeune, il n’y avait pas de piscine salée et chlorée, il y avait, par canicule, la grande cuvette sur la galerie d’en arrière et maman venait sans cesse examiner si mon petit frère, Raynald (trois ans), se tenait solidement au rebord ! Plus grand regret encore d’avoir eu honte de cette « marchandeuse » de culotte « breetiches » chez Greenberg.  

 

 

 

 

 

Mar 062014
 

Il y eut jadis un texte populaire nommé «  Trente ans sur l’bout du banc ». De Ringuet ? Ah ! nos flâneries sur les bancs d’un parc. La dame était seule et je me suis assis. Saluts brefs ! Muets d’abord, le visage dans les radieuses blancheurs de cette froide saison. Assis au beau milieu d’un lac gelé, nous regardons défiler ce carrousel des humains en congé, manège joyeux où tournent les promeneurs du lac. Au bout des laisses, exposition avec grands et gros frisés, chiens noirauds. Ou « toutous » trépignants blancs. Passe un mini-mini caniche ! Puis un Doberman géant. Spécimens à poils longs, à poils courts, à petites ou grandes oreilles.

Rencontre fortuite sur un banc donc : on jase, visages noyés de lumière, faces haute levées vers l’Astre, heureux de cette luminosité de nos ciels nordiques. Nous aurons deux sujets :1- La « santé », les médecins rares, l’échec ces attentes scandaleuses. 2-« L’éducation », ces écoliers et maîtres « paresseux ». Menu classique. « La madame était pas contente », disait l’autre. 1- Les soins de santé ? Une imposture grave ! Un scandale de notre État incompétent ? 2- Nos écoliers ? Dans des écoles laxistes. Profs cancres comme leurs élèves ! Je vous dis que ça revolait. Ma compagne d’occasion fulminait. Mais moi, l’optimiste indécrottable, je tentais de la rassurer : Quoi ? Les nouveaux jeunes médecins refusent de vivre comme, jadis, ces pauvres médecins aux labeurs de « forçats ». Comme vous, madame, comme moi, ils veulent vivre heureux et rejettent le « bagne » des docteurs d’antan. Du « 60 heures-semaine » de jadis ! Ma voisine de banc refuse mon « sirop de calmant », boude. Quand j’explique que la jeunesse des écoles désire aussi vivre une heureuse, épanouie, pas notre triste existence d’écoliers abusés (par des robes noires). Elle finit par avouer les abus du passé, je songeais à moi dans les année ‘40 au collège Grasset.

Ma commensale —je croquais des noix— ne m’écoutait que d’une oreille. Les pessimistes sont-ils incorrigibles ? Mince influence donc. Ma tendre « compagne de vie » est sévère face aux actuels coutumes scolaires. Qu’elle juge néfastes pour l’avenir des jeunes. Aussi face pour aux soins inadéquats pour les aînés. Alors cette « dame du bout du banc », dit-elle vrai ? Sur le lac luisant de neiges tapées, j’en arrive à me méfier de mon optimisme, mes moments de noirceur ne sont pas fréquents, je suis d’un naturel léger, je fuis le désespoir (pour ma bonne santé mentale ?) Pourtant, « je retiens mon cheval » (Rostand), parfois et « mon épée me démange » (Cyrano de Bergerac). Un ancien fond de pamphlétaire ?

On a fini par se saluer et se quitter. Je lisais un fond de bonheur sur son visage, à cause de l’éclat stimulant de notre nature boréale ? Sa luminosité renversante. Est-ce que le vif éclat dans l’air du lac abolit, diminue, efface ou améliore, adoucit… les funestes inquiétudes de cette compagne de hasard car, au moment de nous quitter, il y eut un radieux sourire. Elle dira : « Oui, malgré tout, oui, la vie et belle. » C’est souvent vrai, non ?

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