UNE POÉSIE VIVE ET JEUNE ?

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Déc 242014
 

À tous ceux qui estiment mes billets, ici, une invitation amicale à découvrir un jeune camarade de ma parenté. David, mon petit-fils, vient de mettre en librairies son deuxième recueil d’une poésie moderne éclatante. Je suis très fier de sa ponte et David a besoin d’encouragement bien entendu. Alors je compte donc sur vous tous qui estimez mes écrits : procurez-vous un exemplaire de « La divine mitochondrie », des jeux inouïs avec les mots que David Jasmin-Barrière organise en des assemblages pas piquées des vers (vers d’un jeune poète inspiré). Vous y verrez d’étranges lueurs d’un surréalisme digne de 2015.

Avec mes bons voeux pour cette année nouvelle.

CLAUDE JASMIN

écrivailleur… emeritus non ?

 

Voici un extrait:
« Il est difficile d’acquérir les attributs de la mouffette. Il est difficile d’acquérir les attributs du chat. Leurs essences se contredisent. Le chat ne mange pas. Élégant, furtif, digne, individualiste, ambidextre, nocturne, bémol, impulsif, rythmé, las, lascif, oisif, amusé, lissé, rusé, tracé, agile, carnivore, enfreint à la vocalisation, au ronronnement, au miaulement, construit de silex et de mélèze, le chat garde sa singularité dans un bassin de cinquante races vassales.

Après que la mouffette se soit nourrie de plusieurs petits insectes, elle vogue jusque sous les cabanons. Avant d’avoir décapité sa proie, le chat s’aiguise les griffes. Il existe pourtant des similitudes : leurs ramages et leurs crocs affinés, combinés et exponentiels, concentrent combativité, et liberté. »
et
« Aujourd’hui – L’espoir est un voilier, une boussole, une couronne de corail, une mer, une roue, une proue ; l’espoir voltige, longe ravins et rivages ; voiles ouvertes, navigue l’oxygène; l’espoir est un visage. »

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Mar 272014
 

« Maman, maman, maman, Yves, ton grand gars ivre / arrive, maman, au bon moment. » C’est de la poésie de feu Germain Nouveau, le meilleur copain de Rimbaud.

Une fois, j’étais rentré tard à la maison, un dimanche et… un peu « paqueté ». J’avais dix huit ans. Ma mère (qui guettait mon retour j’en suis certain) me voyant tituber, avait dit seulement : « Si ça a du bon sens, à ton âge ! Va vite te coucher. Le collège demain ! ».

C’est cela une mère ? Je regarde justement une mère et ses fillettes dans ma chère piscine du « Excelsior ». Je vois une femme avec « des yeux tout le tour de la tête », un peu anxieuse. Quoi? Une « mère-poule » ? C’est tout bonnement une mère !

Depuis même avant l’antiquité et jusqu’à ce avril 2014, il y a eu, il y a, il y aura… ce fait têtu : une femme qui est une mère sait d’instinct qu’il faut surveiller, couver et protéger. Quoi donc ? L’avenir. Nous tous. Au juste quoi ? La vie.

Je l’observe donc sous un soleil qui éclabousse l’immense serre (et son palétuvier feuillu), elle est un « beau radar humain ». Dans l’eau bleue, salée et chlorée, allant de l’une à l’autre, avec ses beaux gestes protecteurs cette « maman » sourit, rapprochant celle qui s’éloigne trop vite ou, au contraire, éloignant la froussarde trop timorée. Que je suis ému par la sobre beauté de ce dévouement immémorial, bonté toute gratuite, obéissance automatique. À sa nature, à sa fonction viscérale.

Antipode ? Dans la Côte Morin, cette pauvresse en loques, qui pousse, les yeux exorbités, son vieux carrosse. Dedans, des petites jambes pendantes, la tuque de travers, des petites mains nues rougies, sa fillette dépenaillée. La croisant, je l’entends qui sacre, la bouche écumante. Mais oui ! Une mère inapte et il s’en trouve ici comme partout ailleurs. On a mal. On devine le « désavenir » de rejetons malchanceux. Rien à voir pourtant avec… —oui, j’avoue— avoir eu honte souvent de ma pauvre maman se vêtant d’oripeaux pour feindre « la misère noire » et m’amener la voir négocier âprement avec ses « chers » marchands juifs, rue Saint-Hubert, Wise Brothers ou Greenberg.

Aujourd’hui, j’ai honte de ma triste honte. Mais quoi, on feint de l’ignorer, les enfants ont une fierté terrible.

Cette souriante surveillante du Excelsior et cette pauvresse débordée et ma mère… que de contrastes !

Je verrai la neuve « BMW » dehors quand cette si gentille « matrone » quittera, avec ses fillettes, mon auberge de la 117. C’est tout à fait cela : riche ou pauvre, lune maman est une maman, à moins de misère grave et cette bourgeoise n’est pas moins couvante que ma « pauvre » mère.

Avec une flamboyante voiture « Porche », ou à pied, une maman reste une maman. S’inquiètera sans cesse du sort de ses petits poussins. Ma mère encore en 1949 : « Tu devais casser avec ta Michèle de la rue Vivian, de Town of Mont Royal. Tu seras malheureux, on est pas de la même classe. »; une mère craint des humiliations à venir ? Plus tôt : « Ça suffit tes balades tous les soirs au Parc Jarry avec cette dévergondée de Marion Hall, pense à mieux étudier si tu veux un avenir qui aura du bons sens ! » Oh maman ! Tout jeune, il n’y avait pas de piscine salée et chlorée, il y avait, par canicule, la grande cuvette sur la galerie d’en arrière et maman venait sans cesse examiner si mon petit frère, Raynald (trois ans), se tenait solidement au rebord ! Plus grand regret encore d’avoir eu honte de cette « marchandeuse » de culotte « breetiches » chez Greenberg.  

 

 

 

 

 

Fév 192014
 

Avec une liseuse électronique c’est le vaste choix de lectures et moi qui ignore tout du monde commercial, des affaires, j’ai lu trois « récits de vie » en ce milieu. Cela m’a plu. Je ne veux pas mourir idiot, je lis sur tout, sur la science souvent, je lis même les cahiers «  Affaires ». Ah ! « la vie » de trois célébrités « affairistes », ce fut passionnant.

D’abord Marcel Chaput, fier millionnaire et qui va virer un jour en ultra populaire conférencier; de type jovialiste ! Chaput —un p’tit gars de la rue Masson à Rosemont— m’a captivé par sa franchise, ses succès et aussi ses échecs. Paresseux collégien (chez les Eudistes)et puis, brièvement, élève aux HÉC (édifice situé rue Viger, devenu magnifique biblio des Archives Nationales), le tout jeune Marcel obtiendra d’étonnants succès. Vieilli, il m’a ému : une générosité inouïe pour ses grands enfants entreprenants, un cœur immense.

J’ai lu aussi la biographie de l’un des « Dragons », une étonnante émission de télé, Gaétan Frigon. Des capacités renversantes. Le succès. Il se raconte : d’abord un « p’tit gars » de Saint Prosper (région Trois-Rivières) où le classique « magasin général » de son papa sera son lieu heureux pour s’initier au commerce. Ce gamin surdoué s’y montrera un brillant collaborateur. Apprécié par le papa-proprio. On sait que Gaétan Frigon sera « un as administrateur ». D’abord, en matière de supermarchés —« Provigo »—, puis à la SAQ, machine d’État qu’il transformera radicalement. Frigon ira aussi gérer la « Loto-Québec ». Comme Chaput, il sait raconter avec une verve enjouée et son livre en devient un vrai roman.

Ma troisième lecture : la découverte d’une Gaspésienne hors du commun. Une certaine Cora. Qui ne connaît pas ce prénom célèbre inscrit en lettres solaires aux marquises de plus d’une centaine de restaurants –qui sont de joyeuses échoppes pour « sains » petits déjeuners. Et « goûteux ». Cora est une battante rare. D’abord jeune mère monoparentale, sans aide aucune, d’une résilience exemplaire, Cora débute avec un petit caboulot de 29 places ! Beaucoup d’amour, des talents de cuisinière, une volonté d’acier, rapidement ce sera deux, puis cinq, puis neuf « Cora » qui s’ouvrent.

Lire sa prose enjouée stimule, cette grouillante « mamma » fera aussi les éloges de ses rejetons grandis. Devenus des adjoints précieux. Cette Cora de la Gaspésie est une captivante histoire-de-réussite.

Non, je ne mourrai pas idiot et mes trois bouquins (merci Kindle) m’ont appris sur le réel, le « terre à terre », un monde. Parlant « business », je fais « un appel à tous ». Près de moi, David Jasmin Barrière —petit-fils de votre chroniqueur préféré— se cherche un emploi.  David a étudié la traduction et l’histoire et est fou de poésie. Il a séjourné en Colombie et au Mexique. Son dernier recueil de poésie terminé, il a besoin d’un salaire. Comme recherchiste, rédacteur, traducteur, n’importe quoi. Ami lecteur, engagez-le!  M’envoyer un petit mot à claudejasmin@cgocable.ca. Merci.

 

 

Fév 132014
 

« Faut être deux pour danser le tango », dit l’axiome connu. Vrai. Ici, au village, juste en bas de la côte, pour danser un horrible « tango de la mort », des enfants —mal élevés, mal grandis— assassinent notre concitoyen paisible, un retraité, placide pharmacien, M. Kenneville. Imaginez : un soir, tu as rangé ta vaisselle, tu regardes la télé dans ton fauteuil préféré et tu ignores que tu es épié, qu’un jeune voisin désaxé reluque dans ton logis par sa fenêtre à lui et constate que tu vis seul, que ce serait facile de traverser chez toi, de te menacer, te torturer pour obtenir ton numéro secret de guichet automatique.

Il y a la jeep du pharmacien retraité derrière le logis et la banque est pas bien loin. Il a sa bande de jeunes, il dit : « Les gars, on irait au soleil, dans le sud, au Mexique » !  L’adolescent détraqué excite d’autres déboussolés. Ce sera donc ce soir-là, à l’ombre du « Petit chaudron », à l’étage du magasin naturiste de la chaîne Vogel, le tango sordide. Celui de la mort, une danse macabre, sans vraie musique, l’enfer dans une mise en scène de gamins pour le docteur Kenneville.

Des garçons qui allaient à l’école-du-coin en culottes courtes il y a pas bien longtemps. À force de coups, l’adèlois est mort dans son sang. On en revient pas, un monde de « bas fond », de pègre, de tueurs, de bandits…avec des silhouettes juvéniles ! Dans notre paisible village. Par des enfants bien mal élevés, très mal grandis. Que la police a dépisté rapidement et vite mis en prison. Nos jeunes voisins adèlois vont vivre, pour très longtemps, une sinistre existence toute entravée. Misère !

En ce monde de jeunes tarés, aux tangos-de-mort, deux choses : du fric à voler ou des questions de « triangles amoureux » contrariés. Affaires sexuelles quoi. Il y a peu, une autre danse macabre, à Trois-Rivières, encore des enfants mal élevés. Chroniqueur, on frissonne comme vous tous. Envie de communiquer notre effarement. Ne pas trop savoir quel sujet de scandale choisir ? Une jeune retraité de Blainville, Hélène Couët, jette son désarroi dans un journal : « J’ai mal au coeur », clame-elle. Elle n’est pas seule. Haro sur les J.O. et je lui dis : bravo ! Cette folle course aux « performances » —si loin du sport nécessaire— ces milliards d’argent public dépensés vainement. Mal au cœur chez les gens de bon sens ? Tu parles que oui. Hélène l’écoeurée dénonce aussi l’argent public « volé au peuple » par des chefs syndiqués pourris, des ingénieurs corrompus par de gros constructeurs corrupteurs. Le nir défilé devant la juge Charbonneau. Autres morbides tangos funestes !

Les journalistes font un bon boulot, pourtant j’ai des connaissances qui ont tourné le dos au monde des actualités. Je résiste. Moi aussi, j’ai souvent envie d’ignorer ces turpitudes —celles des « enfants » tueurs, celles des « adultes » avariés, en yachts luxueux. Pour ma bonne santé mentale. Pour pouvoir le cœur léger mieux admirer ces geais bleus dans mes épinettes, ce cardinal éperdu sur la galerie, ce fouineur masqué s’acharnant au bac noir, ces deux chats gambadeurs en congères, rue Chamonix, ce beau chien blanc obèse, aux yeux si doux, qui vient tourner avec sa jeune maîtresse dans un anneau du lac. Ah oui, quitter à jamais les enfants tueurs, leurs tangos de mort et aller admirer de simples bouts de toile agrandis par des gestes aux couleurs mirifiques. Fuir la marde, celle des garçons mal grandis, rejoindre plus souvent les coeurs généreux en de petits paradis humains, si facilement joignables, là où l’amour règne. Vivre en paix quoi.

Tiens, allez écouter la géniale poésie de Jean Racine (Bérénice, Andromaque, etc.). À « L’Espace go », rue Fullum, ou lisez Racine sur Internet (pourquoi pas ?). Pour de terribles « triangles amoureux » mais en des tangos inoffensifs et pourtant inoubliables.

 

Jan 312014
 

Comme ma mère, je chante tout le temps. Chaque fin d’après-midi dans mes « saussades » éclaboussantes sous mon petit palétuvier en serre chaude à l’auberge l’Excelsior. Je fredonne n’importe quoi. Dont ces inoubliables « tounes » qui parsèment nos vies. À mon âge, c’est devenu un vaste répertoire. Je navigue entre « la mère Bolduc » et le génial Félix, entre l’admirable Brel et le sombre Ferré; je pige dans ce sac « pop » rempli aussi de folklores en tous genres; même de ces comptines car, devenus vieux, tout remonte, la plus lointaine berceuse, de celles que nous chantonnèrent nos mômans au bord de nos berceaux de bien petits fragiles poupons. Ce que, tous, nous fument un temps, même toi le géant aux chairs abondantes.

Je tends l’oreille tendues chaque fois que j’entends un passant, un voisin, un inconnu, entonner un air. Qu’il sort machinalement de son vieux bagage musical élémentaire. Chanter en somme pour s’empêcher d’angoisser, de trop jongler, oui, on chante parfois pour oublier ? La chanson —on fait mine de l’ignorer— nous est un doux refuge, un abri chaud, un fort bien commode, un lien vital, un familier confort, un tissu sonore romantique, un oreiller de douceur. Souvent, une nostalgie bienvenue dont on a soudain besoin. Les chansons sont un calendrier illustré de mille pages remplies de brefs « bons moments ». Palliatif aux jours sombres de nos vies.

Chaque petite musique apprise par cœur —à force de répétitions— marque avec précision un moment précis de sa vie. Oui, j’aime la chanson et j’ai besoin de la chanson. Je connais des gens qui ne chantent jamais. Qui ne turlutent même pas. Pas le moindre marmottage ne sort de leurs lèvres. Une froideur, une indifférence, de la timidité, de la vanité :

« Je chante faux ! » Honte niaise. Chez ces « durs » pas la moindre ligne musicale, pas même trois ou quatre mesures. Rien ne sort de leurs tristes gosiers —gorges profonde de solitude— rien, aucune petite poésie populaire qui appartient pourtant à tout le monde. Ces personnes « sans chansons » ——comme dans « sans desseins »— me semblent à plaindre.

Apprenons aux petits enfants autour de nous à chanter, gage de bonheur ordinaire pour plus tard, banque facile d’accès. Certes, ces mutiques me sont un mystère à moi qui aime tant chantonner. Matin, midi ou soir. « J’ai pris la main d’une éphémère… », merci Ferré. Ou, Georges Dor : «  si tu savais comme on s’ennuie… ». Surdoué Rivard, « pour aller faire tourner un ballon sur son nez… »

Prise par sa trâlée, Fabienne Thibault, ma mère chantait toujours.de tout, du Jean Lapointe : c’est dans les chansons…du Vigneault : Ah ! que l’hiver… Ou Dor : si tu savais, à la manicouagn… on est des bons larrons cloués à nos amours… Oui, précieux trésor et poésie populaire de tout peuple sur cette terre. Certes les rimes sont prévisibles cher Desjardins : « aux pattes de velours… » et «  la peau de ton tambour ». Humble littérature, très utile les jours de petits malheurs ou de gros chagrins. Avec l’immortel Brel : « Quand on a que l’amour… ou : « Ceux-là sont trop maigres pour être malhonnêtes », à Orly. À dix ans, dans ma ruelle, je gueulais avec Tit-Gilles Morneau du Maurice Chevalier : «  Je chante, je chante soir et matin… ».

 

Mai 202013
 

 

Bon matin. Petit vent. Ciel couvert mais douceur de l’air. On est bien et ma vendeuse assise dehors, sous l’arche du Calumet (journaux, revues, tabacs) boit du café. J’ai vu, marchant encore vers sa drogue (vidéopoker chez Joe’s), elle, la femme-pauvre ! Mais quoi donc, dans l’air d’un certain jour, nous rend tout léger, d’une vraie belle bonne humeur et sans raison précise ?

Ma caféïnomane : « Oui, vrai, à matin, l’air est mangeable, c’est qu’il a plu cette nuit ! » Ah bon. Le Bigot faisait chanter l’immortel poète populaire Trenet l’autre matin : « Y a d’la joie…bonjour, bonjour, les hirondelles  » Mon cœur a fait boum ré-ré-entendant cette jolie ritournelle si durable; une poésie parfaite, toute modeste qui n’a rien à voir avec la majorité de nos poètes capables de rares et excentriques sonorités mais évocatrices d’auto-analyse nombriliste.

Le commode comptoir public de notre « École Hôtelière » n’est pas ouvert, alors, au lieu de faire la file une envie d’aller rouler sans but, tout doucement, sur tous les petits pics du Sommet Bleu. Revoir de si jolis pavillons, d’autres, laidement prétentieux, la plupart bâtis dans des sites souvent prodigieux. Mon bon plaisir de cette jolie géographie familière. Ici et là, entre « impasses » et « circle road ». Découvrir —qui te sautent soudain au regard— de ces panoramas idylliques. D’évocateurs contrebas à petites vallées enfouies dans des collines, d’une série de pics avec bouts de ciel nu encadrés de haut pins, épinettes, sapins, cèdres. Des images —et c’est gratuit hein ?— qui donnent aux yeux un plaisir bien vif.

Croyez-le ou non, je roule, je roule tout lentement, guetteur ravi, et bientôt, oui, à mon âge et dans mon territoire, je sais que je tourne en rond !!! « Que je suis écarté », comme on dit, mal. Je ris dans ma Honda ! Tournons en rond et pouf ! Enfin ! Miracle, soudain, l’écriteau Rue Grignon. Et puis Rue Lesage. Vite, allons acheter la —souvent bien goûteuse— bouffe des « devoirs du jour » de nos jeunes élèves en cuisine et ce cher Robert accorte, dévoué.

Pour ensuite aller à L’Excelsior, à mon indispensable baignoire —extérieure, ouverte il y a peu— chez Jacques Allard, encore ce bout de rue, Pilon et…tous ses chats en goguette. En voici un « petit » nouveau, « gros » minou aux oreilles « drettes », aux narines bâillantes, vif trotteur en caniveau. Bête nouvelle (?) au pelage mal peigné à la capricieuse toison sauvage. Distribution de touffes de raides poils noirs et de blancs. Salis. Stoppé au milieu de la rue, son œil léonin me défie. Amusé, je ralentis, le barbare, agressif, me siffle de son vent méchant ? Mais, diable, d’où sort-il donc ?

Six heures et rentrée. Cloches de l’église. L’air est encore si bon, du bonbon. Oui, la vie est belle, encore plus belle. Rentrant de ma modeste natation, voir partout —enfin— les bourgeons des lilas et la tendreté des verts jeunes feuillages. Partout, léger manteau feuillu aux arbres bien ressuscités du long hiver. Écouter un chien aboyer, jouant avec un enfant… voir André-le-jardinier, dehors, bas croisés, qui sourit sur sa chaise de retraité…examiner le tondeur savant émonder la haute haie de cèdres du nouveau voisin…Nicole, Isadora Duncan à cabriolet BMW, préparant sa vente de « cossins »… la jeune chômeuse et son vigoureux râteau, venu aider ma blonde…oui, cher Trenet, « y a d’la joie… », bonjour, bonjour la smala de canards revenus sur le lac ! Et vous, parulines, mésanges, etc., arriverez-vous demain ?

Nov 202012
 


 

Voir des savants, diplômés de Polytechnique, des ingénieurs, travestis en voleurs de notre argent public laisse pantois. Adieu la moindre éthique. Découvrir à la tribune du juge Charbonneau, tant de nos Italiens-Québécois qui s’accumulent dans ces égouts de la corruption devrait énerver les chefs de file de cette communauté. C’est leur étrange silence qui dérange. Complicité ? Fatalité : c’est dans les chromosomes de cette nation ?

Mais toute cette merde municipale n’est rien. Ces jours-ci sordide combat au fin fond de la mer méditerranée. On y tue des femmes, des enfants…Les chefs du mouvement « Hamas » (constitué de palestiniens militarisés) jouent les provocateurs diaboliques et se fichent bien des Palestiniens, ne veulent que semer le chaos à Gaza, espèrent l’hécatombe et puis, le sang palestinien coulé à flots, espérer l’intervention des « puissants », de l’ONU, des Barack, Xi, Poutine, Harper… Ils multiplient les roquettes sur Israël; petit pays sur-armé, protégé des anglos-saxons du globe : USA, Canada, Australie, etc. Hier, score fatal de cette joute ? « 100 à un » ! À vomir bien assis en face de son écran hertzien à couleurs sordides !

Ici ? Ici, une cancéreuse désespérée raconte qu’elle préfèrerait aller mourir chez elle avec les siens. Frais : zéro piastre ! Mais que l’actuel État québécois, inorganisée en soins à domicile, tient à la garder hospitalisé (HSDL). Frais : $6,000.00 ! Et que dire d’un certain monsieur Talent, un exilé du Congo, à l’existence massacrée et qui a « le talent » de se débattre pour un accueil un peu humain après avoir vécu un sort inouï.

Chroniqueur ici, suis-je une honte pour les écrivains ? Jacques Godbout ( « Salut Galarneau ! »), invité à rédiger un articles (pour un quotidien connu) lève le nez et pisse de dédain sur l’occasion. Selon le p’tit-fils d’Adélard Godbout, on ne s’abaisse pas à ce vil métier ! Un auteur des Basses-Laurentides, François Jobin, l’a plaqué conte la bande de sa noble patinoire, lui a parlé « d’écrivains-journalistes » fameux. Dont Hemingway. Bien fait.

C’est confirmé, la Chine vers 2015 surpassera les USA comme puissance commerciale et économique. Dire qu’on crachait dix cennes pour un p’tit Chinois aux écoles de ma jeunesse; que mon oncle Ernest, le missionnaire, nous écrivait de longues lettres nous narrant leur misère totale ! Les temps changent ! Le brillant Jean Barbe (J de Mtl), pas bégueule, est gêné par les écrivains soixantenaires virés en cochons libidineux. Barbe démolit ce « OH » de Phillipe Djian, aussi la ponte libidino-névrotique de Philip Roth (New York). On songe à Lolita ( à l’écriture lumineuse) de Nabukov ou à l’éthylique vieux californiquien Bukovsky.

Matraqué le 1er mai à Montréal, le jeune G. D. poursuit la police pour …une demi-million ! $$$ «  J’ai des mots de tête et je dois renoncer à écrire ma poésie ». Envie de rire. Cassivi (La Presse) est pas d’accord mais c’estlLe brillant Éric Duhaime ( J de Mtl) qui a raison : « Trop de pseudo-artistes s’accrochent aux subventions ! » Vrai : l’État devrait subventionner et promouvoir : 1- Tous les consacrés par le public, 2- Tous les débutants. Ceux, vieillis, qui n’arrivent jamais à captiver le moindre public ? Bang, fermeture des robinets !

Sep 182011
 

C’est l’aube, pas « l’aurore aux doigts de rose » du poète, non, verte ce matin-là. Cinq heure du matin, le store levé, je vois un ciel chartreuse ! Dôme, coupole, bocal, aquarium géant. Puis ce ciel devient de la grenadine et, enfin, de citronnade. Je turlutte : « here comme the sun ».

Voici l’automne. Je vois souvent —au milieu de ma rue— un écureuil d’un blond rare ! Qui se sauve, de qui, de quoi ? Jamais vu dans mes parages tant de blondeur. La veille, étonné devant le téléviseur : voir surgir dans une savane africaine un lion à chevelure… noire ! Lui donnant une allure effrayante. Coq à l’âne : mon sorbier porte tant de fruits qu’il en penche, aller lui poser un tuteur, il va choir ma foi ! Au pied de l’escalier, le mahonia, plus un seul bleuet sauvage, déjà. La voracité des mésanges, des pics. C’est l’automne. Voilà que repasse ce blondinet étonnant. Coursant toujours.

J’ai pu mettre de l’ordre dans ma hiérarchie des poètes de France grâce à « La poésie pour les nuls », un 500 pages signé   (par J.-J Julaud, First, éditeur). Bonheur de relire les premiers venus : Rutebeuf, Villon et Ronsard. Défilent. Rimbaud et Verlaine et Paul Éluard, Robert Desnos, idoles de mon adolescence. J’ai vu aussi mourir le chanteur Jean Ferrat, l’an dernier (par Robert Bolleret, L’Archipel, éditeur) * Cet enfant de Versailles s’exilera en Ardèche, il y sera maire-adjoint, il adorait sa petite patrie adoptive, son village, ses parties de pétanque (et de poker), ses indispensables muses, Christine et puis Colette. Mort des suites d’une profonde dépression à 72  ans. Une biographie qui m’a raconté un orphelin, en 1942, son papa est déporté —juif— en Allemagne. Ferrat débutera en modeste ménestrel à Paris au temps des Félix Leclerc, Brel, Ferré, Brassens. Jean Ferrat mit ses musiques sur les mots du « plus grand poète français du vingtième siècle », Louis Aragon. Celui de « La femme est l’avenir du monde ». Aragon avait tant raison. Ferrat « au bout de son âge », resté un révolté déclare : « En fin de compte, il n’y a d’essentiel, dans cette vie, que l’amour ». Si vrai; j’ai cette chance d’aimer toujours et je la souhaite à tous. Mais ne vous plaignez pas les « sans amour profond »  si vous avez mis le cap, jeune, sur autre chose. L’argent, le succès à tout prix, la gloriole. Ou quoi encore de trivial.

Je suis plongé dans « le récit de vie » de la petite sœur de Fidel Castro ! Juanita Castro rédigea à Miami : « Fidel et Raül, mes frères » (Plon, éditeur), une charge féroce contre son grand frère, vaillant libérateur du dictateur Batista à Cuba puis  métamorphosé en despote tyrannique. Qui fera jeter en prison les esprits libres.

Lire, ma passion et voir courir cet écureuil à poils blonds. Depuis trop de jours un froid novembrien; va-t-en pas cher bel été. C’est l’automne, déjà deux de mes érables se sont maquillés, beaux fards de jaune et de rouge. Ma Donalda marmotte trottine ramassant des je-ne-sais-quoi, En vue des neiges à venir ? Mes gentils canards restent cachés, plus aucun rat musqué sous mon quai, plus de mouffette sous mon perron. Sur mon radeau, un goéland dépose un crapet-soleil. Mort. Tout sec, pour attirer une « goélande » ?

« Que la montagne est belle » chantait Ferrat pêcheur de truites et d’écrevisses, toute la montagne va se travestir. Beau carnaval. Fuit encore ce blond marathonien, de quel croisement génétique peut bien venir son pelage caramel ? Tiens, Lise Payette se lamente —Denise Bombardier, virée de TVA et de la radio-Arcand, le fera-t-elle ?— « on n’engage plus les vieux », dit Lise.  C’est mon cas en radio télé et je sais pourquoi, mes oreilles malentendantes. Rivard chantait : « Ne riez pas de l’homme qui a peur »; jeunes gens ne riez pas des demi-sourds et ne riez pas des vieux qu’on jette,  ça vous arrivera. Je ne courre plus le cachet, je chronique en joie aux Pays d’en Haut et je lis; ce bel « Album Miron », illustre  poète de Sainte Agathe, une centaine de photos dont lui en frère religieux enseignant !

Je guette ce vif blondinet; où courre-t-il, après quoi, après qui ? Son ombre. Les actualités ? Rapport de l’ex-policier, Duchesneau et voici un deuxième « Massacre à la Polytechnique ». Des futurs ingénieurs y deviennent parfois d’affreux corrompus-à-collusions, à politiciens à graisser. Est-ce en vain, leurs cours d’éthique ? Ça pue. Plutôt revoir l’aube chartreuse, puis grenadine,… puis citronnade.

 

*ces livres, gratuits, sont à la biblio toute neuve pas loin du Marché Métro.

 

Août 192011
 

« Quand il est mort le poète », chantait Bécaud mais Trenet lui affirmait que le poète, longtemps, longtemps après sa mort, court encore dans les rues. Lapointe vient de mourir. La dernière fois qu’on s’est rencontré c’était dans le allées fleuries d’un Botanix, à Lafontaine, avec, à ses côtés, la fidèle compagne, toujours illuminée par ses sourires affables. Il était gai, serein. En fort bonne santé. Lapointe est mort dans nos collines laurentidiennes. Qu’il avait adopté comme « petite patrie » lui aussi.

Il y a plus d’un demi-siècle Paul-Marie, sortant à peine de l’adolescence, entrait en métropole avec une poésie toute neuve. Éblouis, Perron-Gauvreau, éditeurs, publiaient ce texte d’un modernisme étonnant pour 1948  : « Le vierge incendié ». Incroyable, de Chicoutimi naissait un poète à l’art d’écrire surréel qui étonna. Journaliste pour le pain quotidien, Lapointe va publier d’autres recueils. À 81 ans, Paul-Marie, jeune homme venu du Saguenay, est mort.

Les Québécois, en grande majorité, ne le connaissent pas et donc ne l’ont jamais lu. Comment alors lui accorder des funérailles nationales ?, ce serait insolite, une bizarrerie ? En profiter pour dire l’importance de la poésie chez tous les créateurs (musique, peinture, etc.). Pas de tous les poètes, il y a tant de poèmes insignifiants d’un romantisme convenu et dépassé. En profiter pour affirmer que la poésie est un sang, celui de la pensée. Qu’elle est pour l’esprit humain une sorte d’essence, indispensable. Chaque fois que je prends le temps d’en lire, je me sens stimulé, excité, renouvelé. Disposé à inventer un nouveau roman ou récit.

Lapointe est mort mais ses bouquins demeurent et, longtemps, longtemps, sa prose parfois de feu, parfois de lumière,  va courir longtemps, longtemps, courir nos rues, vieux bonhomme Trenet sois-en convaincu.

Mai 132011
 

Ma grosse Donalda-Marmotte file à toute vitesse ce matin-là. Elle rentre sous ma galerie, la queue basse. Un éclair. Fauve. Va à sa chère niche sous les vieilles planches.  Elle revenait de chez le voisin, Monsieur B. Longtemps, on voyait sur leur terrain plusieurs siffleux. Mais ils se cachent où maintenant ?

Je pose ma canne sur le garde-fou et je fouille du regard. Rien. Que le lac comme tremblotant dans la belle lumière des beaux jours récents,  dans sa petite barque modeste un pêcheur —à moteur électrique— trolle patiemment tout autour de nos rivages. Les bourgeons des lilas grandissent comme à vue d’oeil. Ma hâte des beaux mauves !

Pendant mon bref séjour à l’Hôtel-Dieu ma Raymonde me dira; « Ce matin, avant de partir, j’ai vu ton gros vieux matou royal. Valdombre ? Il était grimpé sur une table de la galerie. Il m’a vu et examiné un bon moment puis a sauté paresseusement au sol et est descendu tout doucement l’escalier. Tu as raison : il se prend pour qui celui-là ? »

Ses « maudites » corneilles rôdent désormais. Elle grogne. Un peu. Moi l’estropié, l’handicapé, le « vieux » réduit à ses béquilles, ma Raymonde a engagé un vaillant jeune homme pour les travaux « du printemps » dans le jardin et dans la cour. Et pour le lavage des murs dehors… et les douze  persiennes noires à repeindre… Et le reste. Je me sens devenu une sorte de rentier, aussi une sorte de « p’tit vieux ». J’aime pas trop ça.

Voilà que le seul littéraire de mes cinq petits-fils, David, lit de sa poésie en Colombie, à Bogota ! Il a été choisi par l’Office Québec-Amériques pour la Jeunesse et un réseau animé par les Alliances françaises. Internet fait que l’on garde contact. Photos, affiches, bandes sonores, et tout le reste. Skype compris. Sur une vidéo, on a orthographié son nom JAZMAN ! J’ai ri, au collège Grasset on m’affublait de ce sobriquet ! Moi comme immobilisé et lui, mon dauphin,  vagabondant si loin, si loin; il songe maintenant à y demeurer quelques mois, le coût de la vie est invitant certes.

Je suis un peu fébrile en ce moment, c’est l’inquiétude, Raymonde a passé des radios urgentes et doit recevoir un verdict sur ses bien faibles poumons, en ville. J’ai peur. Voilà des décennies et des décennies d’amour commun, d’amour intense et…peut-être —bien pire qu’une hanche artificielle—ma compagne de vie se fera emprisonnée dans une suite de soins intensifs…Nous fumions, elle et moi,  oh !, comme des engins d’enfer jadis. Elle surtout, captive de ses réalisations de dramatiques, moi à mes simples scénographies, la fumée de cigarette était notre décor permanent. Pire qu’envahissant.  Pour elle, quel sera donc le prix à payer ? J’ai peur et elle va rentrer bientôt. Je sortirai au soleil, une corneille poussera ses laids cris et je lui dirai : « Silence, mon amour s’an vient et elle ne tolère pas. »

 

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