Avr 242017
 

Paul oh Paul,!, tu en avais assez et tu t’en vas ? 

Merde, mon cher vieux comédien-resté-enfant, où donc iras-tu installer ta flamme ? Tu brulais. Sans cesse. Avec discrétion. 

D’où sortais-tu, ivre de scène, certains soirs, mon cher Paul Hébert, toi, jadis, en jeune homme aux perpétuelles sourires de bons jocrisses ? Tu avais des manières étranges et neuves, des sortes de poses modestes. Avec une distinction rare, aristocrate théâtreux toujours déguisé, personnage bizarre, intrigant, surprenant, inédit, étonnant, tu m’offrais, décorateur, un Shakespeare au Chantecler-Hotel. Premier théâtre d’été. …. 1er patron donc, comme un faux-boss, discret, retranché, prudent, méfiant aussi, tout enfoui de la tête aux pieds dans tes secrets, avec tes sourires crasses, tes mines de chat malin, ta voix de velours.

Tu étais bienvenue en métropole, cher Hébert venu de la Vieille Capitale, fantôme parmi nous les bohémiens de Montréal, on te disait « oui », on te disait bienvenu, tout le clan métropolitain. Oui à ce grand déglingué, ce Québécois de Québec aux gestes d’un fieffé ratoureux ! Ta voix comme grincharde (sic), engin curieux, voix de grinçements mais si chaude aussi. Ton bizarre accent bien à toi, séduisant. On saluait ce « retour au pays », ce revenu du prestigieux « Old Vic » d’Angleterre. ! 

Ainsi, tu t’en es en allé. Ainsi ?

Adieu donc. Parti: vite, drette, sec, net…Oh Paul, merde, on va s’ennuyer de toi. Dès ton arrivée à Montréal, on avait bien  senti, nous tous dit du « milieu », ce nouvel apôtre fou, allumé, malin, bourré de dons et on t’ouvrait bien grands les bras alors !

À te revoir camarade Hébert ! Haut.

(30)  

Fév 282017
 

 

L’année 1975, inoubliable pour ma carrière en cours, une année étonnante, ce sera pour moi une année épatante, fructueuse, et qui me combla à fond comme auteur. À la télé, j’ai sans cesse des invitations. Pour des billets. Des débats à Tva, Canal 10. Michel Tremblay en est très souvent et il affirmera s’être fait connaitre grâce à ces prises de bec. Celles surtout sur le « joual ».

On m’offre souvent des participations à des talk-shows, j’y passe l’un après l’autre. Je me ferai vite une réputation de farouche pamphlétaire. Et à jamais.

De plus, en 1975, je serai invité par le fondateur Pierre Péladeau (qui m’appelle son p’tit bum préféré) comme chroniqueur. Il y en avait très peu à cette époque. Cela tous les matins donc 365 articles par année ! Et durant des années ! Cette année-là, le quotidien « La Presse » publie, chaque soir, la biographie de mon enfance, « La petite patrie ». Le quotidien avait été son éditeur.

Comment ? En 1972, j’allais expédier « La petite patrie » à des éditeurs de Paris, me disant, que l’extrême « régionalité » du sujet pourrait justement faire son succès, par exotisme. Le lendemain de Jour de l’An 1972, rencontrant Stanké dans le hall de Radio-Canada il me dit souhaiter très fort publier un texte de moi. Flatté (?), je lui donne le manuscrit et Alain l’accepte le lendemain et il en fera un succès fécond.

Avec femme et enfants ( Éliane et Daniel), en vacances d’été de 1964, ce sera en petite coccinelle-63 le classique « tour de la Gaspésie ». J’en rêvais. Au retour, en janvier de 1965, j’ouvre ma petite « Royale portative ». Et toute l’ossature du roman « Pleure pas Germaine », chapitre après chapitre, va se rédiger fidèlement à partir de mes notes de voyage. De Villeray (rue Drolet) à Percé, et cette nuit de feu-de-camp.

Devenu pigiste à « Québec-Presse »— dirigé par Gérald Godin qui est aussi éditeur de la revue « Parti-Pris » (ainsi que des éditions éponymes), je confie à Godin le manuscrit gaspésien. C’est 1965 et lui-aussi, comme Stanké, me dira « oui » le lendemain de sa lecture. Ce sera un « hit » renversant.

Mon tout premier roman écrit en 1958 (avant 1960 et« La corde au cou ») parut en 1959, dans une revue littéraire à tirage plutôt confidentiel : « Les Écrits du Canada » (le numéro 7). Stanké, bombardé chef-éditeur chez l’énorme « L’Hexagone », ayant lu ce numéro 7 des « Les Écrits…», voulut en faire un livre et le fit. À mon grand contentement.

-30-

Jan 132016
 

Un jeudi soir à Ste Adèle, une pleine salle d’Adélois regarde ce « Ste Adèle en 1890 », la peinture de Grignon et, à la fin, ce sera des éclats d’applaudissements.
Ce fut deux heures de bonheur pour eux tous, et pour moi, admirant cette toute nouvelle mouture d’un long récit (radio et télé) à l’époque plutôt statique. Et souvent « prédicateur pieux ».
Vraiment étonnante, séduisante, active, cette audacieuse nouvelle version visuelle et langagière du village des Pays d’en haut, de Ste-Adèle. C’est le travail et il est épatant d’un certain Archambault, réalisateur. Il est un surdoué de la caméra, mirifique travail sur les brillants textes de Gilles Desjardins.
En bas de la fameuse côte Morin, nous étions étonnés et ravis par cette incarnation —revenue en force— du célèbre avare des Laurentides, Séraphin Poudrier et qui est montré, cette fois, en être humain. On le verra même attendri dans une scène !
Ce téléroman de Radio-Canada en pays adélois fera florès, nous en étions assurés, tous, au très ancien cinéma Pine de la rue Morin. Desjardins a su efficacement, et sans trahison aucune, faire renaitre —décors, costumes, etc.— cette saga populaire. Tous les personnages —vraiment tous— nous font voir une vitalité étonnante, nous entrainent de façon extrêmement séduisante dans cette plongée de la fin du siècle (1800). Cela avec des talents forts. Aucun doute, voyant la réaction enthousiaste des invités adèlois ce jeudi soir- là, « Les pays d’en haut » rassemblera des foules heureuses. Mon ex-petit-camarade, et ex-voisin, rue Morin, Claude-Henri, ne se retournera pas dans sa tomber tant ce Gilles Desjardins a su le ressusciter avec un immense talent. Chapeau !

Claude Jasmin
Écrivain,
Ste-Adèle.

Jeudi, 1er JANVIER Suite et fin. Chap 10 (?)

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Jan 012015
 

Jeudi, 1er JANVIER

Suite et fin. Chap 10 (?)

Notes : que de jolies carters du Jour de l’An reçues, que de coups de fil joyeux aussi. On se couche à 10 h.et demi désormais, maximum. Parfois même avant. Et on sortira du lit à neuf heure, parfois même après. L’âge ? Aussi, on a remis à demain (aujourdhui) la revue-2014 de Radio-Canada.

On veut cesser de fumer ( 10 par jour) et on se donne jusqu’aux Rois (*mages). J’ai Nadeau sur ma liseuse. Le conte des « grèves à casseroles »… J’ai lu aussi « Promesses de l’Aube » de Romain Gary. Une redite du Grand Vestiaire. Cette mère veuve folle de son fils unique.

Gary, avec ironie, lui rend un (un peu long) hommage. Il laisse entendre que cette fascination maternelle l’a aidé dans sa vie. Ma mètre, moi ? Oui, Germaine était confiante et stimulante. Pas mon père. Ma grand’mère Jasmin ? Oh oui. «  Toi, mon petit Claude, tu seras pape un jour à Rome ! » Oh !, c’est dire…

Déc 092014
 

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Jeunes d’aujourd’hui (et moins jeunes ?) rendez-vous à 18 h., tous les jours, (avec reprises à midi, le lendemain) au canal ARTV. Dès lundi prochain 15 décembre, je veux vous raconter la modeste existence d’un collégien du quartier Villeray. On va rediffuser (en rafale) mon feuilleton, une autobiographie, illustrant la « petite bourgeoisie » de cette époque. Dite « d’après-guerre ». La vie d’un monde de condition modeste : mes parents, l’excellent Jacques Galipeau en papa, petit restaurateur et maman avec l’inoubliable feu-Gisèle Schmidt. Aussi mes sœurs, Louise Laparé, Christiane Pasquier et la très drôle « benjamine », incarnée magistralement par » Louise Rinfret. Ce sera aussi les portraits hilarants des voisins, rue St-Denis, aussi mes « blondes », des « zoots-zoots », des camarades du collège aux prises avec les sévères Sulpiciens. J’avais pris grand plaisir, en 1975, à peindre ce florilège (1948-49) et j’espère un plaisir partagé. Vous allez découvrir des « us et coutumes » disparus. Ces images furent composées avec grand soin par feu-Florent Forget. Je me souviens des recherches (des costumiers) dans de vieux catalogues de chez Eaton ! Le jeune Vincent Bilodeau, frais diplômé, s’est plu à me ré-incarner en grand dadais vaguement rebelle à la recherche de flirts. Bilodeau s’amusa à rencontrer mes « vieux », à jouer dans mes anciens décors.

Ma série fut rediffusée avec succès d’abord en 1980 et une autre fois en 1990. Cette troisième rediffusion par Radio-Canada (que le régime conservateur de M.Harper veut amaigrir) fait bien comprendre le côté « documentaire ». En effet, ce marchand de glace criard —« Glace en haut ? Glace en bas ?— , ce maraicher ambulant de ruelles —« On a des carottes, des radis, de la belle rhubarbe » !— ce cordonnier de la rue Drolet (Pascale Colliza), ce petit épicier (M. Bourdon, toujours là, rue Chateaubriand), etc., forment une fresque désopilante des petites gens d’un monde aujourd’hui disparu.

À lundi donc. À six heures comme on disait jadis ?

 

Claude Jasmin, écrivain, Ste-Adèle

 

Pour plus d’information sur cette rediffusion de La Petite Patrie, cliquez ici

Août 122014
 

La semaine de « la fierté gaie » s’est terminé et on peut voir le film «  Yves St-Laurent », couturier célèbre, avec droit à mainte séances « physiques » entre des défilés de mode. Les temps changent. Les homos, c’était tabou il y a pas longtemps. EN 1956, Rentrant (pour trente ans ! ) à la scéno de Radio Canada, deux choses. 1-c’est une mini-ONU : deux Russes (dont Nicolas Sologoub qui vient de mourir), deux Allemands, un Hongrois, un Roumain, un Polonais. 2 : J’y découvre une quinzaine d’homosexuels (souvent surdoués) et s’ensuivent des amitiés. Avec confidences, aveux, confessions. Dès 1960, je rédige « le roman d’une passion homosexuelle et je le titre : « Délivrez-nous du mal » —toujours trouvable en biblio.

Je ne suis ni André Gide —« Coriolan »— ni Marguerite Yourcenar —« Mémoires d’Hadrien »— mais je lis dans une revue parisienne, Arcades : « Enfin un tout premier roman franchement homosexuel et, étonnante surprise, il est signé par un jeune canadien-français-catholique du Québec ! »

Les critiques, dont les deux « papes du temps » —J.Éthier-Blais et G.Marcotte— le louangent fort mais l’éditeur René Ferron se désole de voir revenir des boites « non ouvertes » avec : « Nous ne vendons pas cette sorte de littérature ! »

Avant publication, des journaux ébruitent : « Un roman de Jasmin portera sur la question homosexuelle ». Aussitôt des camarades s’inquiètent : « Merde, qu’est-ce tu oses raconter sur nous ? ». Je les rassure. Mon manuscrit fut offert d’abord à Pierre Tisseyre, mon éditeur de « La corde au cou ». Ce dernier le refusa. « Ah non Jasmin !, non, c’est à réécrire, il n’y a pas de chair, on ne les voit pas vraiment en action ! » Étonnement vu que ce Tisseyre « paraît » son jury —oui, oui— d’un aumônier.

« Délivrez-nous du mal » connut un fort bon succès. Tellement qu’un tout jeune cinéaste —Jean-Claude Lord, avec hélas des moyens de fortune en fit un (bien) long métrage Ses deux homos ? Yvon Deschamps —oui, oui !— et Guy Godin. Plus tard, Alain Stanké le rééditera « en poche ». En 2014, « Délivrez-nous du mal » relu, il semblera très éloigné du « brutal » actuel, du vulgaire scandaleux de tant de « quasi-pornos » à la mode. Cela au ciné comme à la télé. Les amateurs de crudités le jugeront trop nuancé car mon roman n’a rien à voir avec le « hard » et fait plutôt voir des sentiments humains avec nuances et délicatesses. Oui, les temps changent.

Dans ma jeunesse, il y avait des sortes de « grandes folles ». Certes rares. Dans mon quartier Villeray un bizarre travesti, au coin de la rue Bélanger, habitait derrière le cinéma Château, un certain Julien dit Juju. Il faisait des « sorties » fulgurantes tous les dimanches après-midi, ricanant, se dandinant dans les files de spectateurs, ultra maquillé, vêtu d’une robe rouge, d’un chapeau rouge, de souliers rouges, muni d’un sac à main… rouge. Silhouette rubescente, toute écarlate et cramoisie et qui surprenait grandement les loustics rue St Denis. Mon père l’avait comme fidèle client de sa gargotte. Je l’entendis un jour, paternaliste naïf : « Juju, Juju, qu’est-ce que ça vous donne de vous déguiser en femme comme ça ? Rien ! Promettez-moi d’arrêter ça, ces folies-là. » Et j’entendis la fausse femme : « Vous avez raison, m’sieur Jasmin, ça me donne rien et on rit de moé, m’en va vous arrêter ça, c’est promis ! » Et le dimanche suivant il remettait ça bien entendu. Oh !, dire encore sur ce sujet, qu’au cinéma Pine, les deux acteurs jouant le couple homo parisien emblématique (dont Galienne en Pierre Berger) dans le film biographique,  « Yves St-Laurent » est vraiment, mais absolument, extraordinaires.

MIKE MORT ?

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Fév 192014
 

 

 

 

C’est fou, je l’imaginais immortel ce vagabond céleste, de l’Avenue du Parc, Mike. Un « guenillou » pédaleur étonnant, un chiffonnier en vélo et toujours accompagné de son pauvre chien dans le panier, y ajoutant un chat ou deux à l’occasion ! Mike est mort dans la nuit du 11 février, merci à votre chroniqueure d’en faire un événement, merci Rima Elkouri. « Un trou dans le cœur » disent ceux qui l’aimaient. Dès mon installation dans la rue Querbes, à mes courses, j’avais bien remarqué ce maigre nabot ineffable triporteur. La peau et les os. Mike sillonnait sans cesse le quartier à la recherche de poubelles généreuses, des rues du grand Parc Jeanne-Mance jusqu’au bout du Mile End à l’est. J’ai voulu mieux le connaître, impossible. Deux, trois mots, deux fois, et Mike — Domenico Meduri— se sauvait ! Un sauvage ? Elkouri a appris qu’il fut surnommé, à McGill, Socrate. Qu’il fut jadis boulanger et qu’une « fiancée » avait rompu cruellement. Qu’il avait fui à jamais.

En 1987, je décide de produire une émission pour l’entendre philosopher en patrouilleur des misères, excité, je rêve de faire parler ce voltigeur en pauvreté. C’est Richard Martin —cet inoubliable super actif chef-des-dramatiques à Radio-Canada— qui me donne carte-blanche. Budget adéquat et je fonce à sa familière station-service, coin Mont–Royal, son abri, son refuge. Patatras !, je découvre que Mike baragouine à peine le français, quelques borborygmes ! Dépit et abandon du projet forcément. Adieu le rital en vélo, —à chien et à chats— dans l’Avenue du Parc. Adieu !

 

Claude Jasmin

Écrivain, Ste Adèle.

 

Fév 052014
 

 

 

Diplômé de l’École du Musée, fils unique d’un commis-voyageur (en trophées), Guy Gaucher, mon « petit » camarade (il n’était vraiment pas grand) de Villeray était un fou de dessin. L’ami vient de mourir. Condoléances à ses proches. Gaucher avait été l’infatigable caricaturiste à la télé naissante, entre autres émissions pour « Point-de-Mire ». Au service d’un brillant jeune vulgarisateur —en « affaire publiques »— nommé René Lévesque.

Du temps des La Palme, Berthio, Normand Hudon ( un voisin, rue Christophe-Colomb), Gaucher avait sa place à lui, son style reconnaissable et sa pugnacité graphique. Aussi le restaurant de la SRC —« Chez Miville »— a su illustrer à grands panneaux muraux sa manière. Mon ami Guy fut un joyeux drille à ses heures, très disert, chaleureux, je l’ai installé dans mon roman « Anita, fille numérotée ». Dès 1953, Gaucher fut un pionnier du trépident « Service des graphiques » à Radio-Canada avec les Gilles Carle, René Derouin, etc.

Il y a quelques années, un soir, j’ai revu mon « Tit-Guy » déambulant un peu perdu, errant au bord de la rivière des Prairies à Laval, en pyjama et pantoufles ! Le cœur lourd, je l’avais reconduit à sa résidence de retraités. Toute fin de janvier, l’inépuisable dessinateur s’est éteint. Paix à ses cendres !

Claude Jasmin

 

Jan 022014
 

Albina Prud’homme-Jasmin, ma mémé ( côté paternel) nous attendait toute la tralée. Elle habitait Villeray comme nous. Trois coins de rue. C’était une bien « vieille » fée mais nous avions hâte de nous y rendre pour son grand repas décoré du Jour de l’An. Surtout pour les belles étrennes qu’elle nous ferait encore « la môman, (une veuve riche) de pôpa « . La seule authentique « bourgeoise » de nos modestes familles ouvrières.

Papa —endimanché, son long manteau de drap gris, son chapeau de feutre, ses belles guêtres, son foulard de soie blanche, ses gants de « kid »— sortait de la « shed » la grande « sleigt » toute blanche sur ses glisses hautes de tubes métalliques courbés. Un luxe pour les plus jeunes, Raynald et Nicole. Hâte d’abord de revoir le fabuleux grand sapin de « mémeille-la-riche. Pas peureuse comme son fils, Édouard, mon père, les lumières abondaient. Vrai éblouissement dans la fenêtre à vitraux de ion salon. Salon à la cheminée foyer artificiel — où roulait une lumière rouge sous des charbons de verre bleu ! On se pâmait face son arbre archi-décoré : boules de fantaisie, glaçons sans nombre, guirlandes variées, et un ange tenant une lumineuse étoile (de Betléem) au faîte du haut sapin. Fête visuelle ravissante pour mômes pauvres.

Au pied de l’arbre —imaginez nos regards anxieux— immenses boîtes bien scellées, aux papiers métalliques reluisants, aux rubans de soie, avec pompons fleuris. Mystère des cadeaux, toujours fabuleux chez Grand’maman Albina. Elle habitait avec son « vieux » benjamin, l’oncle Léo, cantinier au CiPiAr (C.P.R.), avec la tante Rose-Alba, statuesque —du Maillol— bonne femme. Aussi les deux rejetons, cousine Marthe-la-timide et Jacques, cousin-mutique. Dans sa salle à manger décorée de jolis rubans, c’était…un véritable banquet de gourmets. À la fin, offre de pâtisseries exotiques, inédites pour nous chaque Jour de l’an.

Alors venait un petit moment douloureux pour nous, les enfants, la maudite récitation apprise par coeur à nos écoles. Avec écoute obligatoire des adultes, les pauvres. Au boudoir comme au salon, la soirée se terminera par les inévitables « chansons à répondre » du temps. Ovila le « helper » de l’oncle-des-trains, bouffon dynamique ( sosie du maigre dans « Laurel et Hardy ») chantait (gueulait !). Il s’accompagnait avec son « ruine-babines ». Aussi sa « bombarde, une guinbarde. Oncle Léo osait des histoires un peu cochonnes, mémé fronçait les sourcils: « Voyons Léo ! Les enfants !  » Tard, endormis, on espérait rentrer car on avait hâte à demain et jouer avec ces étrennes. Moi, avec ( une année) ma longue luge (traîne sauvage) de six pieds au beau coussin vert !

Quand cette généreuse « mémeille » mourut, en 1942, le Jour de l’An sera différent, bien plus sobre, « sans arbre illuminé  » à notre logis. Et quand nous seront des « enfants partis », mariés la plupart, on parlera encore de ces fêtes chez grand-maman-la-riche. Ô nostalgie ! Maintenant ? Songer à tous les gens très âgés et solitaires parfois. Souvent « placés’ dans un HCLSD, ou quelque abri-hospice-résidence. Ils guettent une visite…qui ne viendra pas toujours ! Devoir rester seul ce jour-là à contempler des photos, à se souvenir ou à murmurer avec la radio des airs archi-connus. N’oublions pas les anciens. Certains iront à une sainte « messe », ils écouteront les cantiques usés. Ils jonglent celles et ceux (salut Jacques Brel) « qui vont et viennent, du fauteuil au lit et puis du lit au fauteuil » ? J’ai souvent illustré cette mémé-Albina, parler de nos morts c’est les faire revivre. Les ressusciter. Je m’ennuie de cette « vieille fée » ! Du temps achevé à jamais où on se faufilait entre les nombreux tramways,Du temps où on l’embrasait (en grimaçant) cette veuve « en moyens ».

Albina morte, nous avions eu droit à un chalet d’été, avec une grande balançoire, à une chaloupe « verchère » —transformée en voilier avec les draps volés à maman pour explorer les îles au large du Lac des Deux-Montagnes. J’ai pondu 80 demi-heures sur cet héritage ; « Boogie-woogie ». Une série de télé où un élève sortant de Lionel-Groulx, Marc Labrèche, incarnait avec talent « bibi », Ado rêveur. Je me questionne : « Pourquoi Radio-Canada ne passe jamais (en rafale), ce feuilleton qui raconte ces étés à ces « chalets garnis de moustiquaires anti-maringouins » et ces mères « veuves-d’été ? Fameux cadeau des Fêtes, voulez-vous écrire à la SRC ? Je vous dis «  merci », d’avance.

 

Sep 092013
 

Avez-vous lu, Pauline, la chronique d’Yves Boisvert un matin ( La Presse) ? Il nous sort un musulman de ses entourages, type bien intégré. Boisvert (faux candide ?), est tout content de sa trouvaille : « Il y a aucun problème avec nos musulmans ! » Ajoute : « pourquoi une « chartre de nos valeurs » ? Même quotidien, chère Pauline, publication d’un billet d’un M. Gaumond. L’inverse. Cet ex-prof nous sort deux cas odieux de musulmans fondamentalistes. L’un a égorgé sa fille à Mississauga en décembre 2007 et un autre, bon-papa-Shafia qui, dans un canal ontarien, assassina par noyades. Il conclue : musulmans tous des tueurs virtuels, une chartre !

Oh !, ma chère radieuse Pauline, la question laïciste s’affole mais entre l’intégration des uns et le refus de nos valeurs des autres, il y a un vaste spectre. Charte pas chartre, il n’y a pas de loi efficace, ma pauvre Pauline, pour le comportement des exilés, réfugiés, ou apatrides de diverses sortes. Rendus à Rome, c’est bête , mais certains refusent de « faire comme les Romains ». Il y aura toujours parmi nous des migrants déboussolés qui, hélas, assassineront et d’autres nouveaux venus qui savent harmonieusement s’intégrer. Pour leurs enfants c’est indispensable. Futile de rédiger une liste de « ceci oui, ceci, non ». De « cela se fait, cela ne se fait pas », Vite, expédie ce projet de loi aux calendes grecques. Quelle mouche piqua le sieur Drainville, vit-il sur la planète « réalité » tu aurais bien fait de l’envoyer étudier « les insectes intégrateurs sur la vaste Côte Nord » car voilà que nos adversaires pissent leur vinaigre de « colonisés » depuis cette annonce sur « nos » valeurs. Les mercenaires, de vilains  « Collabos », s’empressent d’exciter les aveuglés en « tolérance totale ». Ainsi du « trio » habituel, lècheculistes fédérastes, les Dubuc, Gagnon, Pratte, pisseurs de copie pour nuire aux gros méchants souverainistes.

Pauline, j’ai passé trente ans de ma vie active (25 à 55 ans) parmi des émigrants. 30 ans de bonne paix, de joyeuse entraide, d’amitiés durables. Tout un étage de Radio-Canada vivait de bonne entente. Parmi 30 scénographes, on trouvait 15 néos-québécois, c’était l’ONU. Deux Allemands, un Suisse, un Hongrois, deux Russes, un Roumain, un Polonais, un Lithuanien, etc. Tous s’exprimaient évidemment dans un bon français et tous avaient leurs valeurs personnelles, bien à eux. Alors, au diable les chartres ! On étaient unis dans le but d’apporter du bon « design », une scénographie imaginative pour une télévision qui débutait. Je puis donc témoigner d’une époque pas si lointaine —1955-1985— où les « valeurs » des uns et des autres ne subissaient aucun choc, aucune discorde.

Pauline : des « valeurs » cela se « dévalorisent » vite au gré du temps, tu le sais bien, tu te souviens : on vénérait des valeurs aujourd’hui toutes disparues et farouchement reniées. N’est-ce pas la vérité ?

 

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