Mar 162017
 

      Lire si (trop) souvent, dans journaux et revues, (aussi à la radio comme à la télé) de ces actuelles accusations retardataires … face aux curés aux nains longues et vicieuses. Pouah ! Ça pue parfois Car il y a eu « domination » sur enfants. Cela grandit en nombre, non ? Y a-t-il eu des « épargnés » !
Et moi ? Et moi ? chantait l’autre. Chez ces dignes et nobles « messieurs de Saint-Sulpice » ( ô supplice), rue Crémazie, le vice qu’on disait effroyable, se répandait. Il y avait, on les oublie, des profs fameux, si dévoués et si compétent. Salut à ta mémoire Paul Legault, prêtre !)
Il y avait aussi de ces sombres et tristes malades sexuels ! Aux moins deux à qui j’ai eu affaire. C.S. et  G. F. Deux prêtres vicelards bien « ensoutanés ». Chercheurs pathétiques d’affections… masculines bien charnelles ! Le vœu de chasteté pesait trop lourd !
Monstrueux guetteurs d’ados, ces jeunes gars appétissants à leurs yeux de « pédés-pédagogues » était une obsession morbide chez ces rôdeurs acharnés, parfois terreur des récréations, ou des mis en « retenues » après cours. Et cela  jusque dans le vaste boisé derrière le collège Grasset. Obsédés maudits !  On se sauvait de ces satyres et parfois littéralement ! Mais des jeunes d’un  « genre » mou, fragile, hésitant (des futurs fifis ?) cédaient à leurs avances charnelles. Des sataniques perfides filous et, profiteurs car « en autorité ».
Les plus forts rigolaient. On a vu des cas cruels: un élève jouait le consentant, rendez-vous et paf, bang !, sur le « lieu du crime », c’était coups de batte et regroupements subit d’élèves-témoins. Les moqueries, le chantage, donc, menaces de dénonciation ! Oh ! Que d’humiliations alors pour le « moine » déculotté et dénoncé. Cette misère sexuelle dans un monde de bigots et de dévots était lamentable. Des curés « invertis » furent exilés. On ne savait où. On parlait entre nous d’une « prison des prêtres », au fond des Laurentides.

Vérité ou rumeur, comment savoir ? Ces subits déménagements de  ces profs  « aux mains trop longues » nous intriguait fort ! Et puis, adieu les études, on part travailler dans la vie courante. Moi ? À vingt-cinq ans, parmi les  scénographes de la télé publique, devoir faire face encore à une bonne part de ces invertis. Certains aînés farauds, fort entreprenants, cherchant activement des complices, des co-religionnaires quoi.
Hyènes, des chacals impatients parfois ( à nos yeux) des séducteurs aveuglés, tous incapables de bien voir « qui en est » et « qui n’en est pas ». Parfois, des confrontations profitables certes. Des couples se formaient ! Alors il y eut des clans et des chapelles ardentes. Des factions aux cloisons solides. Aussi, une sorte de tolérance. Un drôle de marché, clandestin marché aux fesses. Moqué, ridiculisé. Une cruauté puisque l‘on naît homo, comme l’on naît les cheveux noirs ou blonds. Non ?
Découverte aussi, surprise, que les plus créateurs, les plus brillants décorateurs étaient souvent …des homos ! Silence alors. Justice alors. « La pire tapette » des lieux est « la plus folledingue ». Eh oui ! C’est parfois une sorte de génie !
Voilà donc que le plus sensible, le plus doué s’avère « en être !. Je deviendrai, je le souhaitais, son meilleur camarade mais ce cher R.P. s’exilera volontairement (* avec un « lui », plus jeune) en Italie, à Rome et à jamais ! Mes regrets de perdre un compagnon radio-canadien précieux, avec qui, les lunchs du midi dans une modeste gargote voisine devenaient comme de riches et instructifs cours d’histoire de l’art ! Éblouissant R.P. !
Plus tard, devenu aussi écrivain, je rédige mon deuxième roman ; « Délivrez-nous du mal », qui est le récit d’une « passion homosexuelle ». Une pré-publicité énerve un camarade (Jean-Marc) qui, inquiet, tourmenté, vient me questionner dans mon cagibi de scénographe : «  J’espère, Claude, que tu ne t’es pas servi de l’un d’entre nous, et pour le salir ? » Non. Homos, mes deux « héros » illustraient une incompatibilité de caractère et aussi « la honte » d’un père puritain. Le jeune (alors) cinéaste, J.-C. Lord en fit un (pas bien fort) film. En noir et blanc. Yvon Deschamps et Guy Godin jouaient ma paire d’amis contrariés. Via ILLICO ou autre machin, on peut se le visionner ; dépourvu de moyens, le film est faible et TVA (financier du film) le montre parfois à des heures impossibles.

Fév 282017
 

 

L’année 1975, inoubliable pour ma carrière en cours, une année étonnante, ce sera pour moi une année épatante, fructueuse, et qui me combla à fond comme auteur. À la télé, j’ai sans cesse des invitations. Pour des billets. Des débats à Tva, Canal 10. Michel Tremblay en est très souvent et il affirmera s’être fait connaitre grâce à ces prises de bec. Celles surtout sur le « joual ».

On m’offre souvent des participations à des talk-shows, j’y passe l’un après l’autre. Je me ferai vite une réputation de farouche pamphlétaire. Et à jamais.

De plus, en 1975, je serai invité par le fondateur Pierre Péladeau (qui m’appelle son p’tit bum préféré) comme chroniqueur. Il y en avait très peu à cette époque. Cela tous les matins donc 365 articles par année ! Et durant des années ! Cette année-là, le quotidien « La Presse » publie, chaque soir, la biographie de mon enfance, « La petite patrie ». Le quotidien avait été son éditeur.

Comment ? En 1972, j’allais expédier « La petite patrie » à des éditeurs de Paris, me disant, que l’extrême « régionalité » du sujet pourrait justement faire son succès, par exotisme. Le lendemain de Jour de l’An 1972, rencontrant Stanké dans le hall de Radio-Canada il me dit souhaiter très fort publier un texte de moi. Flatté (?), je lui donne le manuscrit et Alain l’accepte le lendemain et il en fera un succès fécond.

Avec femme et enfants ( Éliane et Daniel), en vacances d’été de 1964, ce sera en petite coccinelle-63 le classique « tour de la Gaspésie ». J’en rêvais. Au retour, en janvier de 1965, j’ouvre ma petite « Royale portative ». Et toute l’ossature du roman « Pleure pas Germaine », chapitre après chapitre, va se rédiger fidèlement à partir de mes notes de voyage. De Villeray (rue Drolet) à Percé, et cette nuit de feu-de-camp.

Devenu pigiste à « Québec-Presse »— dirigé par Gérald Godin qui est aussi éditeur de la revue « Parti-Pris » (ainsi que des éditions éponymes), je confie à Godin le manuscrit gaspésien. C’est 1965 et lui-aussi, comme Stanké, me dira « oui » le lendemain de sa lecture. Ce sera un « hit » renversant.

Mon tout premier roman écrit en 1958 (avant 1960 et« La corde au cou ») parut en 1959, dans une revue littéraire à tirage plutôt confidentiel : « Les Écrits du Canada » (le numéro 7). Stanké, bombardé chef-éditeur chez l’énorme « L’Hexagone », ayant lu ce numéro 7 des « Les Écrits…», voulut en faire un livre et le fit. À mon grand contentement.

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Fév 102017
 

 

Il y a déjà presqu’un demi-siècle, un soir de 1968, une bombe éclate en pleine Avenue des Pins. Sur cette petite scène du théâtre de Quat’Sous, Avenue des Pins, éclate donc de neufs jeunes talents. Show avec des chansons effrontées (la torrentielle Louise Forestier) des dialogues fous (le grand démonté Robert Charlebois) et un culoté fort insolite qui soliloque ( l’efflanqué Yvon Deschamps).

Le public est sur le cul, éloigné très brutalement des vieux classiques (TNM, Rideau Vert, etc.) et va naître un curieux nouveau « classique » : Ostidshow. 1968 et je venais de publier, (chez le Parti-Pris de Gérald Godin) en patois jargonnique bien d’ici : « Pleure pas Germaine ». Bang !, critiques négatives très raides partout pour ce roman qui deviendra pourtant un « classique québécois ». Sera réédité sans cesse (chez L’Hexagone). Québec en « révolution tranquille » se poursuivra partout et vint donc cette bombe que fut l’ « Ostidshow ». Alors, le triste orphelin de Gélinas (« Fridolin ») ne régna plus seul, le vieux « Séraphin » de Grignon était distancé, ce pauvre livreur à vélo, (Raymond Lévesque), ce timoré « Médé » de Marcel Dubé, serait vengé.

Les héros nouveaux vont s’assumer, vont parler cru, blasphèmeront parfois car ce Canada-Français voulait s’épivarder, s’affranchir, se libérer à jamais et il le fera, carrément se révoltera. D’abord au petit « Quat-Sous », dans ce texte devenu aussi un classique. L’Ostidshow fut un cruel miroir, très gênant, une franche glace sans tain braquée sur nos catholiques populations intimidées.

Ce misérable gringalet de St-Henri (Yvon Deschamps), va nous « cracher à la figure » toutes nos « aliénations nationales », il va se démasquer du « colonisé québécois » dominé. Cette virulente catharsis nous sera bénéfique. Ostidshow, oh oui; ou « ainsi débuta notre délivrance ».

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Non, non, ne te tue pas!

 Souvenirs  Commentaires fermés sur Non, non, ne te tue pas!
Déc 212016
 

Une adolescente qui vient chez nous aider au pelletage de la neige, me fait une confidence lourde: « M’sieur Jasmin, à mon école, ma meilleure amie parle de plus en plus souvent qu’elle veut se tuer. Je sais pas quoi lui dire ».

Je lui ai demandé de me l’amener. Elle m’a dit : « Manon est une sauvageonne et va refuser toute rencontre. Elle est au fond de sa bulle. J’ai peur. Manon est quasi muette, broyant son maudit projet fatal. Ses parents sont maintenant divorcés et elle ne s’en remet pas. Alors, je lui ai remis un billet pour elle, espoir de la secouer et de l’apaiser. Je sais qu’elle a lu mes mots et j’ai su aussi qu’elle a pleuré et qu’à la fin, elle a dit : « Je te promets de ne pas faire la folle, tu peux le dire à ce grand-père inquiet! » Ce qu’elle a lu? Le voici.
« Mon enfant — oui, tous les jeunes sont mes enfants — tu sais « que je sais » ce projet néfaste et qui me fait mal, mon enfant. Je t’en prie, ne te tue pas! Pour une simple raison, une bonne raison, si tu t’enlèves la vie, tu te priveras d’un grand lot de joies, de bonheurs. Oui, plein de petits bonheurs et même de quelques grands bonheurs.
Chut! tais-toi, tu ne le sais pas, tu es si jeune encore, trop jeune. Je te dis la vérité : pas une vie humaine sur cette planète qui ne traverse pas, certes, de gros chagrins et de graves déceptions, mais aussi des moments heureux, de vraie joie. Ne te tue pas mon enfant. Tu vas m’écouter : comme tout le monde, tu ne connais pas ton avenir. Tu ne sais absolument rien de ce que sera ta vie. C’est long une vie. Tu dois l’admettre, tu ne sais absolument rien de ce qui va t’arriver tout au long de tant d’années. Tu sais bien que je te dis le vrai, le réel, la vérité. Banale au fond, il y aura parfois sur ton chemin, des empêchements, des petites barrières et quelques grosses clôtures, des encombrements détestables, il y aura aussi quelques succès, des petits et des grands, aussi des joies, des bonheurs, certes rares. Aucune existence n’est faite que de déceptions.
Tu ignores l’avenir. J’ignore mon avenir. Qui ne sera pas bien long. Toi aussi, tu ignores le tien, un avenir — maudite chanceuse — qui est très étendu. Sois patiente un peu, trouve-toi un petit morceau d’espérance et accroche-toi-s’y. La vie est dure, parfois cruelle. Mais pas toujours et pas bien longtemps, tu verras, ça s’endure. Soit certaine ma petite fille que la vie vaut. Promis? Tu vas continuer à vivre. Tu vas arriver à surmonter aux graves dédains, ou niaiseries. Ta répugnance est infantilisme. Cette bien facile « la » noirceur, une mode imbécile, prétentieuse, une sophistication pour paraître « adulte précoce », non? Ne te tue pas, je t’en prie.
Au bout d’une corde — ou autrement — un chaud et jeune cadavre (toi?) découvrira dans « l’éther », qu’auto-assassinée, morte, ce sera un fatal bilan et si ridicule. Avoir tourner laidement le dos ceux qui t’aiment. Cruelle! Avoir bafoué, salopé tes propres chances d’un avenir fort endurable… comme ça l’est pour le commun des mortels. Redeviens raisonnable, sans folle prétention.
Ne te tue pas! Pour qui te prends-tu, ma chère enfant? Tu dois l’avouer : on ignore, tout le monde, ce que nous réserve la vie. Ne te tue pas, surtout toi qui aimes trop broyer un « romantique » désespoir fait, au fond, de vétilles et de broutilles.
Ne fais donc pas la sotte et reste en vie, vis modestement, bien raccrochée, promis? Je ne ferai semblant de rien si je te croise dans ma rue — ou dans la tienne, car j’ai vu des photos. Tu me verras vieil homme, ralentir le pas davantage, mon sourire (« Elle vit! Elle vit! ») dans ma barbe blanche et tu pourras dire « Le vieux fou, prof de mon amie bavarde! ». Observe bien mon sourire. L’apaisement. Ne te tue pas, je t’en supplie, okay?
Fin.

Nov 042016
 

Écouter  la remise des prix du mercredi 9 novembre 2016 

 

Québec, le 4 novembre 2016. – Le ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, M. Luc Fortin, et la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Inno2016-11-04-13_38_51-communique-devoilement-pdq-2016-final-pdf-adobe-acrobat-provation et ministre responsable de la Stratégie numérique, Mme Dominique Anglade, sont heureux de dévoiler les lauréates et lauréats des Prix du Québec dans les domaines de la culture et de la science.

Le prix Athanase-David, qui couronne l’ensemble de la carrière et de l’œuvre d’un écrivain québécois, est accordé à Claude Jasmin. Romancier, essayiste, poète et scénariste engagé, il reçoit ce prix pour une carrière et une oeuvre qui ont profondément marqué la littérature québécoise. Le nombre d’ouvrages de M. Jasmin dépasse aujourd’hui la cinquantaine, un bilan auquel il faut ajouter ses nombreuses collaborations journalistiques, médiatiques, dramaturgiques et cinématographiques. Véritable homme-orchestre de sa profession, il a donné avec une égale maîtrise dans l’essai, le journalisme, la critique et la scénarisation.

Par cette haute distinction, le Québec reconnaît le parcours d’exception de personnes qui, par leur créativité et leur savoir-faire, sont demeurées à la fine pointe de leur discipline.

« La remise des Prix du Québec est un moment privilégié pour remercier les artistes et personnalités émérites qui ont forgé et propagé la culture du Québec. Par leur engagement et la force de leur oeuvre, ils font rayonner le Québec au-delà de ses frontières. Les lauréates et lauréats sont des modèles de réussite pour notre collectivité et plus particulièrement pour les jeunes qui leur succèderont », a déclaré le ministre Fortin.

« Je tiens à féliciter et à remercier les lauréats des Prix du Québec qui, par leurs découvertes, contribuent à façonner et à enrichir notre société. Il s’agit de personnes remarquables qui ont travaillé avec passion et persévérance afin de faire évoluer leur domaine respectif. Grâce à leurs réussites exceptionnelles, le Québec continue de se distinguer par son savoir et sa grande expertise », a ajouté la ministre Anglade.

La 39e cérémonie des Prix du Québec sera animée par Sébastien Diaz. Elle sera diffusée en direct le 9 novembre sur le Web et en différé le soir même à la télévision au Canal de l’Assemblée nationale.

 

Jan 162016
 

Nous formions un trio de rêveurs : Gréco, Plouffe et moi, il se défait : mort donc de Michel Gréco. On avait vingt ans en 1950, on espérait un avenir fameux, on se prenait pour des Malraux (Gréco), Sartre (Plouffe), Camus (moi). On discutait « arts et lettres » dans ce Québec-duplessiste : jasettes pessimistes sur le balcon du 7068 St-Denis. Gréco détaillait « Le musée imaginaire » de Malraux et puis il se fera (30 ans) réalisateur à la télé publique. Suis le dernier survivant mais ça ne durera pas bien longtemps. Dans la paroisse St-Vincent-Ferrier, rue Jarry, Gréco nous parlait de son voisin aspirant-chanteur, René Angelil; se couchant tard mais pas sans ouvrir la porte de son placard tant, chez lui, on se tassait. Gréco peaufinait sans cesse un roman (à la Malraux), hélas jamais publié ! Adieu mon cher petit camarade ! Si le Paradis promis existe, tu y trouveras peut-être un éditeur… « ailé », Éditions de la Harpe ?

Claude Jasmin
Ste-Adèle

Jan 132016
 

Un jeudi soir à Ste Adèle, une pleine salle d’Adélois regarde ce « Ste Adèle en 1890 », la peinture de Grignon et, à la fin, ce sera des éclats d’applaudissements.
Ce fut deux heures de bonheur pour eux tous, et pour moi, admirant cette toute nouvelle mouture d’un long récit (radio et télé) à l’époque plutôt statique. Et souvent « prédicateur pieux ».
Vraiment étonnante, séduisante, active, cette audacieuse nouvelle version visuelle et langagière du village des Pays d’en haut, de Ste-Adèle. C’est le travail et il est épatant d’un certain Archambault, réalisateur. Il est un surdoué de la caméra, mirifique travail sur les brillants textes de Gilles Desjardins.
En bas de la fameuse côte Morin, nous étions étonnés et ravis par cette incarnation —revenue en force— du célèbre avare des Laurentides, Séraphin Poudrier et qui est montré, cette fois, en être humain. On le verra même attendri dans une scène !
Ce téléroman de Radio-Canada en pays adélois fera florès, nous en étions assurés, tous, au très ancien cinéma Pine de la rue Morin. Desjardins a su efficacement, et sans trahison aucune, faire renaitre —décors, costumes, etc.— cette saga populaire. Tous les personnages —vraiment tous— nous font voir une vitalité étonnante, nous entrainent de façon extrêmement séduisante dans cette plongée de la fin du siècle (1800). Cela avec des talents forts. Aucun doute, voyant la réaction enthousiaste des invités adèlois ce jeudi soir- là, « Les pays d’en haut » rassemblera des foules heureuses. Mon ex-petit-camarade, et ex-voisin, rue Morin, Claude-Henri, ne se retournera pas dans sa tomber tant ce Gilles Desjardins a su le ressusciter avec un immense talent. Chapeau !

Claude Jasmin
Écrivain,
Ste-Adèle.

Oct 132015
 

Ci haut, vous lisez paroles d’une chanson de potache pour des collégiens partant skier …« dans l’nord ! » Le bus —UNE PIASTRE ALLER-RETOUR EN 1945— il y a plus d’un demi-siècle ! Je songe à ce passé en observant les collines encore vides en face. Il y aura des anneaux bientôt (marcheurs et skieurs) sur le lac. Je jette un regard à Jambe-de-bois, écureuil éclopé et facétieux; il m’observe. Le vrai début du frette et je reverrai le vilain chasseur d’oiseaux, Valdombre. Le vieil homme prend conscience. Fini de s’insérer dans cette nature à collines; ô nostalgie. Pourquoi avoir cessé de skier ?,la peur ! Fini aussi le vélo l’été, la natation quotidienne, adieu aux modes naturels d’exercice ?

Chante : « Que reste-il… de nos amours, de ceci et cela ? » Ces belles années sur nos pentes… avoir jeté mes vieilles planches de bois vernis du ski d’antan, où sont aller ces rudes câbles de remontée —il fallait agripper, à s’en arracher les bras. Fou de ces côtes no. 68, 69, la terrible 70. La longue 71. On avait 17 ans, collégiens à tout « petit petit » budget. Luncher au Nymark pour « une piastre ». Dévaler des heures dans cette sauvage nature, nous les jeunes venus d’« asphalte sous gadoue ». Ces joyeuses pauses pour boire un chocolat bien chaud à cette gargote au milieu d’une colline : La vache qui rit ! Un jour, fin des études, séparation d’avec les camarades, devoir te dénicher une blonde steady, alors aller fleureter aux salles de danse. Plus tard, aux pistes des clubs de nuit, cher Normandy Roof ! Soirs d’été aux parcs publics, à kiosque à fanfare. Oser le vaste mont Royal. Un jour : l’amour ! Salut Cupidon ! Bienvenue Saint Valentin ! Fuir la maison des « vieux » ! Mariage. Trouver un job steady. Les bébés… à élever, à protéger. La vie, la vie.

Ensuite, tu as 30 ans, les enfants grandis te ramènent au ski en Laurentides. Des enfants…alors prudence. Opter pour La Marquise en plein cœur de à Saint-Sauveur. Ou bien le Mont Olympia. Avila. Belle Neige. Un temps, ce Mont Sauvage. Puis tu as trop vieilli : samedis matins avec tes ados mais tu t’installes en cafétéria, ben au chaud aux pieds des côtes 40-80 de Sainte Adèle. Lire tes chers cahiers arts et spectacles. Tu détestais tant ces longues attentes au bas des côtes. À cette époque pas de ces sièges modernes, ces téléphériques à cabines.

Tes enfants sont partis en « apparts ». Le temps passe vite. Cheveux gris.

Et puis, déjà, blancs ? 85 ans, je m’ennuie de skier et j’admire cette voisine, 86 ans, toujours folle de skier. Ou le voisin, 79 ans, partant le matin aux pentes raides. Songer à y revenir parfois. Mes os fragiles, danger, fractures…procrastination. Souvenir : le mont Royal, des sentiers fous, lieux à se rompre le cou, des passages abrupts, flammèches de steel hedges sur des rochers nus ! Nos folleries, risques et retour au tramway, rue Mont-Royal. La faim. La

soupe de moman ! Des soirs au clair …des réverbères, sous les ailes de cet ange de bronze ! Soirs de mars à fleureter des étudiantes accortes. Baisers volés et idylles romantiquesqui duraient un bref février. « Donne-moi ta photo, voici la mienne ! » Images iconiques dans nos portefeuilles d’étudiants cassés. Premières caresses sous les lourds cèdres, meringues d’ouate immaculée. Bon, assez, guetter la sortie de Donalda, ma loutre de la rive. Viens bel hiver blanc, viens !

Publié dans le magazine Traces

Juin 022015
 

 

Je le croisais plus souvent quand, dans Outremont, son « bureau » me rejeta brutalement en 1994. On a bien fait de craindre un type qui aurait bafoué « la ligne du parti ». Je rencontrais, toujours très animé, inspiré, volubile, à jamais enthousiaste, un vrai chef. On avait envie d’accompagner cet homme dynamique. Le temps passa et sa bonne santé le lâchera. Il y avait chez cet homme « sur instruit », une flamme inextinguible, dirait-on, un feu sacré. En 1995, ce chef des indépendantistes, campagne intelligente, habile, rassurante aussi… obtenait la quasi-victoire. 50, 000 voix (manquantes) et il y aurait eu « une patrie ». Un pays pour cette nation vaillamment résistante depuis plus de deux siècles —seule nation française dans les trois Amériques !

L’homme en mauvaise santé est mort, ce premier soir du mois de juin et nous sommes des millions de québécois en deuil. Jacques Parizeau fut d’abord un jeune élève —brillant des plus « grandes écoles » ( Londres, Paris). Un surdoué, pas un insignifiant « fils à papa », non, un très grand bourgeois, un « fils de famille » comme on dit. Un richard pas comme les autres car, jeune, il fut vite conscientisé, politisé. Et, fait rare, un « altruiste ». Il va prendre des risques, sera incapable de se taire, incapable de ne pas désirer « un pays ». On imagine le lot de ses adversaires, ceux « sans aucune fibre patriotique », les déracinés volontaires du genre « citoyen-du-monde ». Masque qui signifie : béate soumission à l’empire-USA. Ce Parizeau qui savait compter fut donc haï et combattu par nos « énerveurs » économiques de jadis.

Désormais retiré et sage, heureux en ménage, amateur de vignoble, « monsieur » menait une vie calme mais on le verra, dans une entrevue télévisée troublante, grande sombre auguste, silhouette imposante dans une allée d’arbres…Oh ! Dérangeantes images d’un ex-batailleur —de la cause sacrée. Un militant las, visiblement affaibli et… un peu amer. Les images de la toute fin de ce vidéo sont terribles : Parizeau s’enfonce dans son hiver, muet, vouté, seul, si seul ! Ce référendum perdu, 1995, très, très indigeste ! Échec qui lui a fait très mal. Le grand Dostoïevski, un temps exilé, déclara : « Être apatride est le pire des maux sur cette terre. » Pour plusieurs « la patrie » n’est qu’un « Costco » pas loin, avec un « Walmart », un « McDo » et un gros en vue !

Parizeau est mort, allons-nous guetter longtemps encore l’arrivée d’un tel brillant tribun, à la fougue chaleureuse ? Ce jeune Péladeau est une bonne promesse.

Un temps, je le voyais souvent « ce grand mort » dans son resto favori, au nord de la rue St-Laurent, entouré des fervents et fou de bonheur comme un vieux gamin. Certains jours en prêcheur de philosophie, militant respectueux entier en faveur de la démocratie. Oui, certains adversaires l’aimaient et me le disaient. Je l’ai vu aussi, les yeux trempés de larmes à la « Centrale » de la rue St-Hubert, abattu, déçu, accablé. À la mort de sa première compagne de vie —ma camarade écrivaine, Alice Pozsnenska— j’ai pu un homme très digne, plié de détresse, tête basse, avec le regard perdu au cimetière. Le temps passait et trop vite. Parizeau est donc parti encore et toujours apatride. En 1995, si proche d’une victoire, hélas, il démissionnait; peut-être qu’il a regretté cette grave erreur rendu si proche d’une patrie bien à nous !

Paix à ses cendres !

Claude Jasmin

écrivain, Ste-Adèle

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Avr 022015
 

Il n’y a plus guère de ces critiques à la réputation redoutable, les Éthier-Blais, Marcotte et …Réginald Martel, hélas, mort lundi dernier.

Réginald, avec ses proses sobres et intelligentes, savait excellemment juger d’un ouvrage littéraire chaque samedi dans La Presse.

Il était craint avec raison, en un paragraphe Martel pouvait assassiner un roman nouveau né ou, pour longtemps, lui donner des ailes. J’ai eu la chance d’obtenir le plus souvent des « papiers » élogieux.

Réginald était discret, fuyait les « chapelles », se dévoua durant trois décennies, avec gravité, à son difficile métier. Pas du tout du type rigolo ou blagueur, il semblait une sorte de prêtre dans le milieu des livres. Son métier délicat, parfois cruel, lui était un vrai sacerdoce. Quand je lui ai dit un jour que ses articles —brillants, documentés, intellectuels— n’invitaient guère son lectorat à courir chez le libraire, il me rétorqua : « Tant pis, je tiens que « écrire et publier » est une affaire grave et importante, que ça mérite tout mon sérieux ».

Les écrivains de ma génération, nous le respections et, retraité soudain —parti dans sa chère campagne du Bas du Fleuve, nous le regrettions.

Nos condoléances à ses proches et à tous ceux qui l’aimaient.

Claude Jasmin
Écrivain, Ste-Adèle

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