VAILLANTE JANINE SUTTO

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Mar 312017
 

 

     Va, tu peux t’en aller Janine Sutto. 

     Va-t-en maintenant. 

     Tu te livrais sans cesse, trop généreuse, grande âme, âme grande ouverte avec tes inoubliables si doux sourires. On voyait —un peu— maintenant, ta fatigue de vivre, toi l’intensité incarnée, on voyait ton épuisement. Depuis si longtemps ton zèle pour jouer cent et tes visages à cent, à mille angles, t’arrachaient des silhouettes si vivantes !  Tu étais présente partout, veilleuse intense, et entre tes doux beaux yeux, sur ce visage fragile, on découvrait tes incessantes admirations, et, parfois, oui, oui, top franche, des soupirs d’insatisfaction.

      Janine Sutto, tu as beaucoup fait dans tous nos parages scéniques, ou à la télé. Janine Sutto, tu étais partout, tu as joué partout, ici ou là. On entendait les soirs de « premières », tes petits cris de souris, tes grands rires d’emballement. Mille fois, mercis, oh toi, la  si généreuse et si attentive observatrice du « théâtre » qui se fait.  

      Nous n’oublierons pas, jamais, tes cris de joie, de bonheur ou tes grands éclats rires, avec tes gestes d’animatrice. Et aussi, parfois, tes sévères critiques d’exigeante parmi les exigeantes. 

      Oh toi, notre Janine Sutto « nationale » qui courait  partout, partout, tu as vraiment beaucoup donné. Étonnés, nous te regardions aller si vite derrière tant de rideaux de velours, rouges, gris ou noirs. Subjugués on arrivait mal à te suivre, car tu voulais tout voir. Tu espionnais le talent, on dirait, partout et sans cesse, aux coulisses de tous nos théâtres, les yeux agrandis, les mains ouvertes, tes bons sourires à tes lèvres juste avant les compliments…ou les sévérités. 

     Tu étais cette enfant venue de France, qui allait vivre à toutes les métamorphoses , ici, dans notre métropole et toute sa vie.  Au beau milieu des personnages inventés par les dramaturges divers, tu faisais feu, Janine Sutto, et flammes, et flammèches, vives étincelles pour illuminer tous les boisés de nos alentours, Janine Sutto c’était une actrice vraie. 

Et pas de complaisance, avec la Sutto, oh non, jamais. Pas avec cette sorte de femme, pas quand on a, comme innée, cette intelligence « des planches », voici maintenant des « planches » moins amusantes, les fameuses planches sur lesquelles il faut bien accepter un jour d’aller s’allonger…à jamais. Merci pour tout chère Janine Sutto.

Claude Jasmin

Sainte-Adèle

Mars 2017. 

  

Fév 192017
 

C’était prévisible. Avoir 15 ans et demeurer si candide. Pauvre de petit « moi », puceau et naïf, aux bons parents catholiques si méfiants. Le mal ! Cette Pauline était « le mal » aux yeux de notre petit monde bien évangélisé. La fille à fuir. Une voisine —de la rue Drolet— hautement toxique.

Ma mère —bigote— sur son balcon crachait d’un jet discret, vers elle, sur le trottoir, quand elle passait devant notre porte cette Pauvre Pauline. C’était une grassette et « pas bien propre »— coureuse de garçons, —rumeurs et chuchotements—une trainée, une délurée, un misérable orpheline de mère. Jolie ? Oui mais si vulgaire et une pauvresse jeune travailleuse. Avec une sixième année d’école tout juste.

Une drôle de fille, quoi. Capable de blasphémer comme un gars ! De cracher par terre des sommets glaireux dégueulasses ! Plusieurs disaient « une vraie putain » en parlant de cette séduisante et accorte jolie jeune fille. « La beauté de satan » répétait mon pieux papa.

On en avait tous un peu peur. Des enfants, bien prêchés conte la guidoune, se signaient sur son passage —aux parfums forts. On disait tant de choses. Aucune crainte de Pauline évidemment chez nos pires voyous, ces chômeurs compulsifs, ces fainéants dopés, ces zazous qui flânaient sans cesse —cheveux longs, frétillants sans cesse le boogie-woogie cigarettes à la chaine et chewing gums— tous les soirs sous les marquises des cinémas du coin de ma rue.

Pauline vivait surtout dehors, dans nos rues commerciales, fuyant son mini appartement de la rue De Gaspé, avec soin grand sac à main d’un rouge aveuglant, aussi ses larges sourires à tous, ainsi que ses œillades exagérés, et même souvent ses vifs propos pire que suggestifs, bref, son cran d’audacieuse débauchée…

Si dissemblable, cette fille, des autres jeunes filles de son âge, de notre quartier. Si épeurantes pour les « propriétaires de garçons », les « momans » couveuses. Ces victimes probables — tous les bons petits gars, les beaux partis, de notre paroisse— se devaient de ne pas même regarder Pauline.

Redire : Un mot la résumait : une guidoune ! Un bon soir, j’ai osé lui tenir compagnie, adoptant son banc à elle, je me suis installé dans ce petit tertre fleuri près de l’église Madona Della Difesia, rue Henri-Julien. Calme, amusée sans doute de mon audace, Pauline tout sourire, m’a questionné, une vraie grande sœur, sur tout, mes études harassantes dans ce collège privé, mes beaux et grands plans d’avenir, d’avocat, de docteur, de notaire…. À la fin, tard, s’approchant —ses seins me frôlaient— elle m’a permis un baiser. « Attention hein, pas sur la bouche, sur une joue ! »

C’était mieux que rien. Ce baiser, hélas, ne dura pas longtemps.

Or, Pauline finit par bien comprendre ce qu’elle était devenue : un être à part et ce sera donc une certaine solitude. De là, des gestes de désespoir. Exemple : aller jusqu’à accepter un poste de servante au presbytère.

Quoi ? Comment ?

Oui. On l’a acceptée ? Oui. Les bons prêtres de Sainte-Cécile étaient bien à l’abri des listes des « bons et des méchants, enfermés dans cette sorte de manoir hors des humains ordinaires, ils igoraient qui était cette Pauline Dion. Ces châteaux-forts de chaque paroisse étant très imperméables aux potins courants. Et aussi aux réalités. Pauline se transforma vite, première étonnée, en petite mairesse de lieux… comme sacrés !

Quelle horreur, non ?

Le scandale des scandales. Pétition fut vite organisée, on le devine bien. Résultat ? Étonnant. Affreux. Imprévu ! Les bonnes âmes en perdirent leur curé ! Hen ? En effet, un tout nouveau couple fuyait : la Pauline et cet homme de Dieu, le curé. Encore jeune et beau, l’abbé Favre. Mais oui, la guidoune et un des hommes consacrés —sacerdotum in vitam eternam— s’en allèrent vivre ensemble. Très loin, en Californie !  

Fin du scandale.

Longtemps après ça, un jour nos bons paroissiens apprenaient qu’un couple nouveau venait d’acheter la grosse maison du notaire mort, Poirier. Tout le monde vit alors, les cheveux dressés, les yeux exorbités…s’installer boulevard St-Denis confortablement, « elle ». Pauline. Vêtue de chic lingerie. Et lui, l’ex-abbé Favre. Dans un seyant et couteux costume bleu acier !

Bien pire : il y avait sur un petit tricycle, un petit garçon de joyeuse bille ! Et de magnifiques jumeaux, pas tassés du tout, dans une jolie voiture à pneus blancs. Imaginez les pipelettes. Imaginez les bobards ! Voilà donc que cette maudite et sale guidoune de Pauline Dion était parvenue au rang des « madames » bien nobles ! Qui a dit cela ? Qu’il n’y a pas de justice ?

Cependant, personne dans nos rues ne saluait ce cortège, celui du mauvais exemple. Nous apprenions bientôt que ce « diable en personne », était devenu un immonde « protestant ». Nos bigots rassurés, consolés, savaient ainsi qu’il n’irait donc jamais au ciel, puisque le cire;, on le savait bien à cette époque, était réservé aux vrais et aux bons catholiques-romains—universels… …mes bien chers frères….

bla bla bla !

fin

Patriotes

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Déc 012016
 

Tous les vendredis, un bout de rue (De Gaspé et Jean-Talon) vibrait fort dans l’air. Sauf l’hiver, aux fenêtres fermées.

La bruyante fanfare (rudimentaire musique d’un corps de clairons et tambours) éclatait, tonnait au jubé de la salle de récréation de mon école. On disait : « Le salut au drapeau! » Un brigadier de neuvième année lisait d’abord une solennelle déclaration patriotique. Ça se terminait par des: « Je jure… ma vaillance, mon drapeau… ma patrie… » et les clairons surgissaient, nous en frissonnions tous.
Un vague nationalisme, lyrique, généreux, aveugle, catholique et empesé se répandait dans ces années 1930. Ce sera pire quand la guerre éclatera, 1940, etc. Nous disions tous en ce temps-là: « Le Canada, mon pays! » Québec, c’était le nom d’une petite ville lointaine, gentille, insignifiante. Nous respections tous notre drapeau national: un grand linge rouge avec des symboles et, dans un coin, l’Union Jack de Londres, ville banale, rien avoir avec « nous tous », Montréalais prétentieux.
C’est avec les années 1960 que débutera l’actuel (encore vibrant?) nationalisme. Pour ma part, c’est avec le début du R.I.N. avec, donc, mon ami tribun, ce prodigieux Pierre Bourgault, une sorte de dominateur aimable, orateur absolument hors du commun, d’une démagogie toute moderne, que je deviendrai un militant.
Un « engagé fier ». Un enragé aussi parfois, scripteur tout dévoué, de LA CAUSE DE NOTRE INDÉPENDANCE. Avant, je me fichais de cela: la politique. Aucun intérêt. Je n’avais nulle autre patrie que le monde des arts. J’étais d’un certain groupe de jeunes intellos qui ne vit que pour peinture, gravure, sculpture…
Ah oui, les arts.
Ah oui, les arts. Fin de tout sur cette terre! Univers unique, comme totalitaire, exclusif et indifférent aux mondes ordinaires. « Les autres », nous tous, aspirants artistes, on les ignorait. À cette époque, nous méprisions volontiers « les gens du commun ». À nos yeux, le peuple (une molle, froide populace, maudite engeance) baignait complaisamment dans sa tiédeur; tous, des ignares crasses; nos voisins, nos parents, tout le monde autour de nous, formait un vaste régiment d’inconscients, de sordides impuissants, des masses d’aveugles automates. D’utiles cibles pour nos adversaires, tous nos ennemis, étaient de niais serviteurs de —entre autres— nos « bons maîtres », les Anglais, LES MAUDITS « BLOKES ».
Collégiens, chez les Sulpiciens du Grasset, certains prêtres, RARES, nous prêchèrent cette foi nécessaire, cette fierté, et même une certaine volonté de combattants. Certains de ces entraîneurs ensoutanés avaient de la faconde… Alors, peu à peu, dès la classe d’Éléments latins, s’éveilla une certaine prise de conscience.
Je l’ai dit, plongé ensuite (École des arts décoratifs, École du Meuble) dans la sphère des jeunes créateurs, ce sera : « Comment devenir ici » un Picasso, un Braque, un Klee ou un Giacometti? Nous rêvions « en folle et grande vitesse », une candeur! Diplôme en mains, ce sera, hélas, le réveil de tous. « À terre avec la dure réalité à étreindre », comme l’écrivait un Rimbaud, rêveur des rêveurs avant son navrant exil en Afrique.
Le flou, la cassure
La patrie? Le patriotisme? Un mot toujours flou alors. On grimaçait, les jeunes. « Une vieille notion à papa », bonne qu’avec les sbires de ce prof-curé, cet historien « premier », ce chanoine d’Outremont, cet Abbé Groulx. Vaillant initiateur désormais! Nous, la jeunesse de 1950, on fuyait. La guerre nous avait rapprochés de l’Europe, de Paris qui était notre « SEULE » Patrie! Les grands combats (on lisait des revues de Paris!) menaient du surréalisme au cubisme, du pointillisme à l’art abstrait. Un certain brillant animateur, Borduas, formait des équipes de révoltés-des-arts et nous étions emballés. Nos pères (sauf Fortin, et encore…) n’étaient plus que des pondeurs de vieilles croûtes à paysages remplis de clichés candides. Le clivage fut impétueux. Les anciens furent fusillés par notre hargne. Les nouveaux, seuls, eurent le droit de vivre. Alfred Pellan, autre prof et animateur, gagna cette bataille. Et tous ses jeunes suiveurs avec lui.
Enfin, la littérature aussi se fit « secouer le pommier », comme tout le reste. Émile Nelligan, mais à peine, fut tout de même respecté. Gaston Miron, pas né encore, dormait dans des langes étheriennes! Tous les disciples de Crémazie et de Fréchette furent anéantis! Et tout finira par changer. Pas une évolution lente, une brutale cassure. Jeunes gens affamés de neuf, on découvrait les poètes dits de La Résistance, devinrent nos modèles. Char, Breton, Supervielle, Desnos…
L’Hexagone, jeune maison pétillante, forma bataillon. Là que fut installée cette floraison de talents inouïs. Parmi eux, triomphante, l’aile des « soldats à plume », celle d’un patriotisme tout neuf. Exemple anecdotique, café sur café, au caboulot souterrain de mon père (Édouard, le peintre naïf connu) se rencontraient des Jean-Paul Filion ou Pierre Perrault, des Brault ou ce bègue, boutonneux, grimaceur si laid —et le plus doué— Roland Giguère.

un ensoleillé vendredi 19 déc (Angela « rides again ») chap 8 (?)

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Déc 192014
 

 

(notes : j’achève « Chroniques martiennes » de Ray Bradbury, jamais lu ce pionnier de S.F., Je saisis sa grande réputation, Bradbury y jette du littéraire, habilement, ces très belles et ses imaginatives descriptions ( les étranges paysages sur mars) et cela sans « faire littéraire », ni cuistre, ni rien. C’est du fort et du bon.

Je lis sans cesse, rejette la télé. Ma liseuse (kindle) s’amaigrit, mon webmestre Marco va y voir.

À 6 h.p.m. ou le lendemain à midi, je m’amuse ferme à revoir à ARTV (au 28 en Laurentides) mes sketchs dramatiques pour « La petite Patrie », quelle candeur en 1945…quelle naïveté en ce temps-là. Frissons, oui, quand je revois ma mère ou mon papa mort en mai 1987, (dont je m’ennuie si souvent), le revoir vivant fantôme dans son caboulot, ce Jacques Galipeau, sosie véritable de papa.

Encore de bien noires nouvelles et toujours sanglantes (Australie, USA, Afrique, et ce Moyen-Orientaux mille misères (religieuses à las base). Et ici aussi…du sang à la une ! Brrrr…Dans mes gazettes, chaque matin, « la mort » toujours.

Quelle bonne paix, et bien peu appréciée, dans nos Laurentides ! Ce matin, encore un vacillement, eh oui, je titube (et bien à jeun ) durant un instant appuyé pourtant sur ma canne, à la porte du Boni Soir. Merde ! J’ai une neuve pataugeoire à eau chaude dans une clinique de physio et à 5 minutes de chez moi. Heureuses baignades de 45 minutes chaque fin d’aprè-midi.

Je note sur un calepin ouvert pour continuer Angela, carnet ouvert sur ma table à café, je ne faisais jamais ça (prendre des notes) quand j’étais jeune. C’est que ce nouveau récit d’auto-fiction m’énerve, une crainte bizarre car je suis bien content jusqu’ici. Mon admirateur précieux du Devoir (le critique des essais et de la non-fiction), Louis Cornellier, publiera-t-il encore : « Chef d’œuvre de Claude Jasmin », comme il l’a fait pour mon « ANITA » ? Je touche du bois…

Bon, à l’ouvrage pépère écrivailleur impénitent ! )

LUNDI PREMIER DÉCEMBRE 2014 – PROPOS LIBRES sur la facturation (?) d’ANGELA

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Déc 022014
 

LUNDI PREMIER DÉCEMBRE 2014

PROPOS LIBRES sur la facturation (?) d’ANGELA

Je veux maintenant attaquer un pan du projet Angela : l’Italie et moi

Je songeais avant de débuter à bien faire savoir et voir une sorte d’attrait chez moi (mystérieux) pour l’Italie et les Italiens.

Certes il y avait le quartier voisin.

Mais…c’était très fort, j’aimais démesurément la langue italienne.

Comment insérer tout cela dans ANGELA ? me dis-je.

J’y jonglais avant même de partir le récit….

.

Ma joie d’aller, par exemple, l’été, d’assister aux messes dans la paroisse voisine italienne. La parlure. Musique à mes oreilles.

Bizarre non ? Les sermons. (Que je tentais de décoder) Du feu…parfois, des menaces : j’entendais : «  peccatorés…flamma… per brularé… per éternella… in inferno et les démonés…etc.

Je songeais même à emmêler dans mon texte avec-sur-dans ANGELA…ce grand amour fou innocent et mes cours chez les Sulpiciens, sur ROME, sur les Césars, à ce collège de futurs prêtres…hum…

où pigewre…oùj’entendajks… : et cette affection totale pour l’ITALIE.

Parler donc de cette belle Angela et mon cours classique… quoi ! Nos traductions du latin; cette version-lecture de « DE BELLA GALLICA » du général Julius C.…hum… FOLIE ?

Comment faire ? Cela…

Je songeais à y mettre le FLAUBERT, non, c’est Stendhal je crois (voir Google vite) fou de l’Italie.

« La Duchesse de… « ou bien LE ROUGE ET LE NOIR. ( le titre?)

Comment…trouver un filon, comment raccorder tout ça avec naturel (et grâce!)…Me servir de papa et sa recherche du VATICAN sur notre vieux radio Marconi …il écoutait son cher pape parlant italien…pourtant.

Vrai que j’aimais écouter longuement =et comme en cachette des voisines italiennes (Mad Diodatti et mad. DiBlasioi) qui causaient sur leur balcon St Denis Street. Oui, une musique.

Buissonneau, mon premier employeur (aux Parcs de la Ville, La Roulotte) à 22 ans, avant la SRC, et qui vient de mourir. Merde.

Écrire un petit requiem. Retrouver mon texte de Radio-Québec.

Marco mon dévoué webmestre, va me retrouver ça, il est bon recherchiste.

De retour à tant de ces archives : déception…

et puis…NON, pas de Stendhal, (Ni Balzac, ni Flaubert) ni rien ! Pas de ses romans, et pas d’Italie littérature,,,pas de bribes de cette CHARTREUSE DE PARME. Ce récit bizarre, flou., louangé par tous de Gide, à Julien Green)

C’est trop complexe, trop écrit,

et ça n’irait pas avec cette limpidité (naïveté aussi )que je veux partout dans Angela.

Fin de cette idée d’une Italie d’auteur du 19 e siècle.

GARDER quoi

trouver quoi, de nouveaux thèmes; lieux, actions, etc.

En somme me replonger, et surtout ravoir 17 ans, ou 18 si on veut.

Je m’y frotte à la prochaine occasion.

Entendu tantôt à la radio : la mort encore, celle une ancienne du burlesque, du vieux music-hall, Murielle Millard. MA mère admirait son…chien.

Souvenir d’une visite à la maison : « Maman, j’ai passé la journée avec ta chère Millard, elle va chanter dans mes décors dimanche À Musiuc-Hall. . » Ma mère : « Chanceux, c’est un grosse vedette tu sais ! »

À y revenir…

Déc 012014
 

« Tombeau pour Paul Buissonneau »

par Claude Jasmin

Mon cher Paul, Cocteau et Piaf crèvent et, on regardait ta photo, un Paul jeune et maigre, fier et célèbre « Compagnons de la chanson ». Pages du Figaro, de Paris-Match. C’était bien avant ton petit atelier rue Delorimier. Parc Rouen. Là où le vieux gardien, m’sieu Mochon au « brandy nose », est mort. Paul, où as-tu remisé —« Orion le tueur »— ton décor de stores vénitiens peints des deux bords ! Tu m’avais enseigné comment faire péter de la poudre sans danger pour ce « Orion-Jean-Louis Millette ». Jean-Louis , exposé au TNM et qui t’a fait crier: « merde !, c’est la première fois que tu me fais de la peine Jean-Louis ! » Frissons partout dans le mausolée improvisé.

Paul, avant de t’éteindre, tu souvenais-tu souvent des parcs l’été, oasis du populo. « Ton truck à merveilles » stationné de Pointe-Saint-Charles jusqu’au bout du Bout de l’Île. Où rouille-t-il donc ton camion-miracle dans quelle cour à scrap de la municipalité gît ce Tombeau magique, coffre aux trésors des enfants qui n’avaient pas les moyens d’aller en villégiature.

Paul, toi trépassé, est-ce que tu chanteras encore de tes folleries: « Il pleut, il mouille, je suis comme un grenouille?  » Ces inventeurs de jeunesseries télévisées de la SRC, les Doré, Claude Caron, Roy, se font oublier, Paul. Qui ont permis tant de « Picoloteries » , d’Arlequinades. Paul, je te revois si jeune au parc Henri-Julien parler aux enfants sans aucune complaisance, d’égal à égal. Enfant toi-même. un gringalet t’attend pour vêtir ce « Pierre » et ce «  Loup » et les autres, avec sa petite machine à coudre portable, le génial François Barbeau. Oh jeune Paulo !, je te revois  « barguigner  » dur chez ce cordonnier, ton voisin de la rue Rachel, pour quatre paires de godasses. où as-tu remisé tes décors-accordéons, supports à linges, pour ton inoubliable  « Tour Eiffel qui tue ». Claude-Léveillée, blanc comme mort, mime inspiré, traînait ses savates au Gésù ?

Ô Paul, cher guenillou surdoué, précieux regrattier d’imaginaires, vidangeur céleste, brocanteur de rêves, « quêteux » métaphorique, tu inventais sans cesse. De tout. Des « Bande-à-Bonnot » avec ce  triste « Yvon » de Saint-Henri ou avec ce grimaceur « LaTulippe » d’Hochelaga. Paul, je me rappelle tes fous rires, en 1952 au marché Amherst pendant qu’on pissait dans les fioles de l’examen médicale pour aspirants-fonctionnaires chez Claude Robillard.

Paul ? Ne peux mourir celui qui a été l’ami intime de la môme Piaf et qui a chanté avec tes célèbres « Compagnons » à Madrid et à Lauzanne, à Alger et à Tunis, jusqu’au Caire et puis à Los Angeles, Las Vegas, New-York chez Ed Sullivan…alors je te regardais, médusé ; à cause d’une jolie bourgeoise prise comme épouse, te voilà simple bonimenteur, fabriquant de masques dans ce coqueron près du Stadium et je te regardais coudre des oreilles de peluche pour le lion Marcel Sabourin, des moustaches de crin pour la tigresse Clémence, des queues de laine tressée pour le chat Millette, un sacré « Carnaval d’animaux » pour des enfants pauvres étonnés !

Plus vieux, je t’ai surpris au lugubre Centre Campbell sous les fumées de la Molson d’à côté, tu fourrageais dans tes costumiers de friperies pour de pauvres jeunes théâtreux amateurs. Mon voisin de « La petite patrie », Claude Léveillée, n’en revenait pas quand tu me commandais ce décor en cage d’oiseaux, mobile et devant s’ouvrir avec tout le mobilier accroché aux mur pour cet autre fou, bonhomme Marcel Achard et ses « Oiseaux de lune ». Paul, tu sacrais souvent en québécois, tu grognais en brèves colères et soudain tu t’illuminais devant une lessiveuse au tordeur tordu, un vieux carrosse cabossé, un abat-jour éventré, une pompe à bras déglinguée, un cornet de phonographe ébréché ou bien une horloge toute éviscérée. Adieu Paul, « sur-réalisateur  » de vidanges, génial métamorphoseur de rebuts, tu tuais le théâtre-à-papa des Gascon et Cie et tu faisais école sans le savoir, annonçais tous ces Asselin, Maheu, Lepage, Champagne et Cie.  

Mon vieux Paul, en allée, à l’aéroport fatal du temps qui passe, où se sont évadés tant de nos camarades, tu vas jouer le plus sourd que tu n’es et il va vanter devant les portes d’accès .Une voix grésillera dans un triste micro : « Attention, attention : les passagers pour l’au-delà, veuillez vous présenter à la porte invisible. » Mais toi, tu ne mourras plus, même dans cent ans, on te reverra faire des pirouettes dans ce nuageux paradis des pas perdu, avec tes godasses chaplinesques, tes bretelles pendantes sur ton pantalon, jamais Auguste mais clown rouge, tu te ressembleras plus que jamais, petit poulbot dépenaillé de ta rue Mouffetard, gamin qui bafouait les bombardements des nazis au dessus de ta tête, gamin pauvre déjà ouvrier-couvreur. Paul, tu restes en mémoire ce Québécois indispensable ; d’anciens voyous du fond des ruelles et des parcs te redisent merci pour tant de beaux rêves éveillés. Tu nous donnes envie de chanter : « Il y a longtemps que l’on t’aime et jamais, non, jamais, on ne t’oubliera ».

DEUX

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Oct 052014
 

 

J’approchais de la rive, un pédalo à quai me cachait la vue. Un choc visuel, je suis soudain saisi, pétrifié. Muet ! Caché par le pédalo des Lagacé, revenant du large, noyé d’eau, soudain, apercevoir si près de mon visage de mon visage, j’aurais pu y toucher— quatre merveilles ! Quatre trésors qui pulsent, quatre rondes têtes nerveuses sur quatre paires d’ailes d’une soie rutilante, quatre boules remuantes on dirait des joyaux, de beaux bijoux à huit pattes aux ergots tendues.

Première fois à être si proche de pareilles merveilles : quatre canards dit colvert. Pourquoi « mon bon m’sieur bon-dieu » ne pas nous avoir donné la chance, pauvres humains, de vivre sans cesse vraiment au beau milieu de toutes ces faunes pittoresques qui habitent notre planète ? Oh la beauté ce jour-là tout récent. ! Je ne bougeais plus d’une oreille, pas même d’un cheveux ! Ils me tournaient le dos, je ne respirais même plus.

Un instant, je voulus —erreur— m’en rapprocher encore un peu…un peu plus… et zut ! Mon quatuor de colverts —calvaire— petipataponne au rebord du quai et plouf, plouf ! Plouf, plouf ! À l’eau canard, fuite pressée, adieu l’écornifleur derrière le pédalo. Bye bye ! À quatre ils rament à fougueuses pattes vers le radeau des Jodoin jamais désert pourtant à cette heure de fin d’après-midi.

Me restait une subite grande solitude, une dévastation, la beauté partie. Ma bête solitude et eux, si fiers. Quoi, se savent-ils si beaux ? J’étais soudain tout nu dans l’eau du lac Rond, privé de quatre Ostensoirs brillants, quatre Saints Sacrements brillants quoi, c’est nos enfances pieuses qui remontent quand on veut évoquer de la richesse. Influence marquante chez les « pas riches » que nous étions tous, humbles paroissiens, pauvres catholiques.

Il y avait donc, il y a un instant, à ma portée et, hélas, inaccessible le trésor d’alibaba, celui d’un émir, d’un fakir, d’un vizir, d’un émir —à la mode réactualisée de l’Islam. Les revoir quand mes idoles à plumes luisantes, dieu, quertzalcoat d’un mexique imaginaire, rêvé !

* * *

Plus tard, quoi ?, il y a là au rivage, sous le myric baumier, ce petit… chat ? …Ou quoi, une grasse grenouille géante et exsangue ? « Ça » nage dans tous les sens. Et « ça » creuse soudain sous le mur de roches rouillées. Curieux animal au pelage tout trempé, lissé, étrapé. Qu’est-ce… ? C’est blanc. C’est pâle. C’est quoi au juste ? L’animal inconnu m’a vu, me fuit, puis me revient, plonge et reste au fond de l’eau longtemps.

Je m’appuie au tronc du très vieux saule penché. La bestiole amphibie, laide, si mouillée, est là sous le mur de pierres, dans un creux. Entre et sort d’un fond de trou boueux. Est-ce un chat infirme, un oiseau aux ailes broyées, mythe égaré, « pet » qu’on a voulu noyer ? « Ça » gigote fort et « Ça » reste au fond de l’eau. J’en ai peur. Est-ce vraiment un félin ? Non, impossible, je vois des pattes vigoureuses et comme palmées mais qu’est-ce que c’est que ce drôle de gras rat blanchâtre ? Non, la nature est pas toujours belle. Un échappé de laboratoire…Y a-t-il un savant fou qui rôde dans Sainte-Adèle ?

Tiens, des yeux…noyés, crevés et sur la tête des moignons cernés de violet, une sale gueule aux dents croches ! J’en ai peur, j’avoue. Veux-t-il se pêcher de ces poissons tropicaux rouge qu’on ose rejeter au lac ? J’ai pris un filet pour en avoir le coeur net mais il se sauve. Revient, gratte la vase. Eau brouillée merde ! Ce n’est ni un chaton, ni un raton, c’est violet sous le ventre, jeune vif au creux oreilles. Je veux mieux voir mais bizarre bête, étrange ectoplasme inédit, soudain, gagne le milieu du lac. Danger pour mes chers marathoniens du milieu du lac qui passent. Une attaque ? Mini-Jaws ? Une mordée dans la figure…! Le revoilà, infâme fourrure trempée mais où suis-je, dans un film de science-fiction, dans un conte d’anticipation ? Raymonde m’appelle. Souper sans appétit ! Mais j’y reviendrai. Promis et je saurai.

Août 122014
 

La semaine de « la fierté gaie » s’est terminé et on peut voir le film «  Yves St-Laurent », couturier célèbre, avec droit à mainte séances « physiques » entre des défilés de mode. Les temps changent. Les homos, c’était tabou il y a pas longtemps. EN 1956, Rentrant (pour trente ans ! ) à la scéno de Radio Canada, deux choses. 1-c’est une mini-ONU : deux Russes (dont Nicolas Sologoub qui vient de mourir), deux Allemands, un Hongrois, un Roumain, un Polonais. 2 : J’y découvre une quinzaine d’homosexuels (souvent surdoués) et s’ensuivent des amitiés. Avec confidences, aveux, confessions. Dès 1960, je rédige « le roman d’une passion homosexuelle et je le titre : « Délivrez-nous du mal » —toujours trouvable en biblio.

Je ne suis ni André Gide —« Coriolan »— ni Marguerite Yourcenar —« Mémoires d’Hadrien »— mais je lis dans une revue parisienne, Arcades : « Enfin un tout premier roman franchement homosexuel et, étonnante surprise, il est signé par un jeune canadien-français-catholique du Québec ! »

Les critiques, dont les deux « papes du temps » —J.Éthier-Blais et G.Marcotte— le louangent fort mais l’éditeur René Ferron se désole de voir revenir des boites « non ouvertes » avec : « Nous ne vendons pas cette sorte de littérature ! »

Avant publication, des journaux ébruitent : « Un roman de Jasmin portera sur la question homosexuelle ». Aussitôt des camarades s’inquiètent : « Merde, qu’est-ce tu oses raconter sur nous ? ». Je les rassure. Mon manuscrit fut offert d’abord à Pierre Tisseyre, mon éditeur de « La corde au cou ». Ce dernier le refusa. « Ah non Jasmin !, non, c’est à réécrire, il n’y a pas de chair, on ne les voit pas vraiment en action ! » Étonnement vu que ce Tisseyre « paraît » son jury —oui, oui— d’un aumônier.

« Délivrez-nous du mal » connut un fort bon succès. Tellement qu’un tout jeune cinéaste —Jean-Claude Lord, avec hélas des moyens de fortune en fit un (bien) long métrage Ses deux homos ? Yvon Deschamps —oui, oui !— et Guy Godin. Plus tard, Alain Stanké le rééditera « en poche ». En 2014, « Délivrez-nous du mal » relu, il semblera très éloigné du « brutal » actuel, du vulgaire scandaleux de tant de « quasi-pornos » à la mode. Cela au ciné comme à la télé. Les amateurs de crudités le jugeront trop nuancé car mon roman n’a rien à voir avec le « hard » et fait plutôt voir des sentiments humains avec nuances et délicatesses. Oui, les temps changent.

Dans ma jeunesse, il y avait des sortes de « grandes folles ». Certes rares. Dans mon quartier Villeray un bizarre travesti, au coin de la rue Bélanger, habitait derrière le cinéma Château, un certain Julien dit Juju. Il faisait des « sorties » fulgurantes tous les dimanches après-midi, ricanant, se dandinant dans les files de spectateurs, ultra maquillé, vêtu d’une robe rouge, d’un chapeau rouge, de souliers rouges, muni d’un sac à main… rouge. Silhouette rubescente, toute écarlate et cramoisie et qui surprenait grandement les loustics rue St Denis. Mon père l’avait comme fidèle client de sa gargotte. Je l’entendis un jour, paternaliste naïf : « Juju, Juju, qu’est-ce que ça vous donne de vous déguiser en femme comme ça ? Rien ! Promettez-moi d’arrêter ça, ces folies-là. » Et j’entendis la fausse femme : « Vous avez raison, m’sieur Jasmin, ça me donne rien et on rit de moé, m’en va vous arrêter ça, c’est promis ! » Et le dimanche suivant il remettait ça bien entendu. Oh !, dire encore sur ce sujet, qu’au cinéma Pine, les deux acteurs jouant le couple homo parisien emblématique (dont Galienne en Pierre Berger) dans le film biographique,  « Yves St-Laurent » est vraiment, mais absolument, extraordinaires.

Août 012014
 

Toujours un livre à la main, étendu dans ma longue chaise dépliante, j’observe un écureuil d’une agilité folle. Il navigue, saute, vole, crapahute, se raratatine ou se déploie dans les arbustes sous mon balcon. En suis émerveillé. Tantôt, à la radio du midi, ce matin dans mes quotidiens, chaque soir tard à la télé : il y a l’horreur ! Enfants arabes ensanglantés, des femmes, des vieux, morts ou à peine un peu vifs. Innocents frappés par les bombes venus du puissant nord, du riche pays d’à côté.

J’entends de plus en plus autour de moi : « ces maudits juifs ! » C’est vite dit, vite jugé. Ça soulage vraiment ces violentes imprécations ? En tous cas c’est exactement le but poursuivi par les antisémites du mouvement HAMAS, des militants anti-Israël. C’est ça : «  Maudissez les juifs, mes dames et messieurs de tout l’Occident ! Ce sont des monstres, voyez les images des innocents ! » Stephen Harper dit vrai. C’est classique, c’est une stratégie connue, un des deux camps (le moins bien armé, le plus pauvre) installe de cibles innocentes (enfants, femmes, vieillards, civils quoi) tout autour, et même en dedans, des caches d’armes. Allez-y frappez monstres ! Au téléjournal : des écoliers les bras arrachés, les jambes coupés ! Alors fusent les : « Maudits juifs en marde ». Les badauds épouvantés avec raison vont gueuler : «  Sales juifs démoniaques ! » Le Hamas a gagné, il gagne : amener de plus en plus de monde à détester ce pays neuf. Pays que les anglo-américains ont offert à cette très vieille nation éparpillée partout. Victime du « pire des génocides » depuis le commencement du monde. Ce fut fait avec l’accord de l’ONU.

Un jour, il y aura union de tous les pays arabes ? Un jour il y aura la battue finale…pour rejeter à la mer (méditerranée) le juif maudit ? L’observateur pas trop bien informé se gratte le crâne. Partout on se réunit pour trouver une sortie honorable à ce singulier conflit. Ces Palestiniens révoltés font face à une vraie puissance et fort armé, Gaza, cette appendice d’Israël —appendicite éclatée maintenant— ils osent lancer leurs rares obus sur un tout petit territoire qui est une sorte de « succursale » des USA ! Mais oui, « d’annexe » du plus puissant pays les USA ! Désespérés, ces terroristes arabes ( les terroristes sont toujours des désespérés) risquent l’hécatombe des hécatombes.

Je jongle et vois mon noir écureuil sauter vers un sapin géant, il gambade, il ignore le monde des conflits aux rivages de Moyen-Orient. Contrée dont on rêvait, jeune, lisant cette trop belle Shéhérazade, ses merveilleux contes des mille et une nuit. Shéhérazade est morte, a été tuée, à jamais, à New York, le 11 septembre 2001. Ses tueurs venaient de Hambourg en Allemagne, étaient nés en Arabie Saoudite ! À la source des horreurs, la même affaire : Israël et ses occupations, ses colonies. Mes chères petites bêtes —tiens, voici un rouge-gorge, deux, puis voici un papillon-vitrail, puis une libellule très excitée, une mésange bec ouvert— elles vivent dans la paix, des bêtes. Pour elles toutes, jamais de garçonnet comme celui vu au téléjournal tout le visage en une bouillie effrayante, cette face de bombardé teinte en rouge de mort !

Partout, des autorités s’activent. Organiser une nouvelle trêve. Moi ? Je ne dis rien, je ne dis pas « maudits juifs ! », ni « maudits Palestiniens ! » Mais n’ai plus le coeur de me réjouir des bonds prodigieux de mon noir écureuil. Un deuil quoi.

Juil 022014
 

Un temps de ciel laiteux. Et flâner dans l’eau. Au rivage, sous le myric baumier, ce petit… chat ou ce gros crapaud comme passé à la chaux ? Un ouaouaron géant, exsangue ? « Ça » nage dans tous les sens, « ça » creuse soudain sous le mur de roches rouillées, vivier de mes rats musqués. Mais qu’est donc ce curieux nageur au pelage tout trempe ? C’est blanc, si pâle, quoi au juste ? L’animal inconnu m’a vu, me fuit, me revient, plonge, reste au fond, remonte. Cache-cache ?

Je m’appuie au tronc du vieux saule penché. La bestiole amphibie, laide, si mouillée, est là sous le mur de pierres. Dans un creux. « Ça » entre et sort d’un fond de trou boueux, un chat infirme, un goéland déchiqueté, mouette perdue aux ailes fracturées —mythe égaré— un « pet » payé pas cher et qu’on a voulu noyer ? « Ça » gigote fort et « ça » reste tout au fond, pâle lueur. Pieds nus dans l’eau, la peur. Est-ce vraiment un félin ? Non, je vois des mini-palmes… mais qu’est-ce que c’est que ce drôle blanchâtre ? Sont-ce des pinces? Un blanc homard fantomatique. La nature est pas toujours belle. « Ça », mon cher Stephen King, un échappé de laboratoire ? Y a-t-il un savant fou qui opère pas loin ? Je distingue des yeux de noyé, crevés, sur la tête des moignons violets, une plate gueule à dents croches. Veux-t-il s’harponner de ces poissons tropicaux rouges qu’on ose abandonner à chaque fin de vacances ? J’ai pris un filet, en avoir le coeur net, mais il disparaît. Revient, gratte la vase, eau brouillée merde !

Ce n’est ni un chaton, ni un raton, c’est violet sous le ventre, taches jaunes aux oreilles. Je veux mieux voir mais l’ectoplasme inédit file vers le milieu du lac…oh !, danger pour mes fidèles marathoniens s’entraînant chaque jour : un mini-Jaws. Une mordée fatale dans la figure, oups ! le revoilà, petite fourrure dégoûtante. Suis-je dans un film de science-fiction ? Dans un conte d’anticipation ? Raymonde m’appelle. Souper ! Okay. Mais j’y reviendrai. Promis; je saurai.

Le lendemain :

J’approchais de la rive, un pédalo, à quai, me cachait la vue. Choc visuel : je suis soudain pétrifié. Muet : caché par le pédalo des Lagacé, soudain découvrir si près de mon visage de mon visage, j’aurais pu y toucher— quatre merveilles, quatre trésors vivants, quatre paires d’ailes d’une soie turquoise rutilante, on dirait des joyaux, des bijoux sorties d’une animalerie antique rare. Première fois à être si proche de pareilles merveilles : quatre canards dit colvert.

Pourquoi donc « mon bon-bon-Dieu » ne pas nous avoir donné la chance de vivre au beau milieu, au sein même, vraiment « parmi » toutes nos faunes pittoresques ? Le souffle coupé ce jour-là ! Oh la beauté ! Je ne bougeais plus d’une oreille, pas même d’un cheveux, ils me tournaient le dos et je ne respirais plus. Hélas —erreur—je voulus m’en rapprocher encore un peu… et zut ! Mon quatuor de colverts —calvaire— petipataponne au rebord du quai. Plouf, plouf ! Plouf, plouf ! À l’eau canard, une fuite pressée et adieu l’écornifleur derrière le pédalo. Ils filent rament vers le radeau des voisins Jodoin.

Me restait une étrange solitude avec tant de beauté partie. Eux font les fiers, les libres. Se savent-ils si beaux ? Un tout nu dans l’eau du lac Rond, privé de mes quatre Ostensoirs brillants ! C’est nos pieuses enfances qui remontent quand on veut évoquer du grandiose, non ? Influence marquante chez les « pas riches » que nous n’étions tous que d’humbles paroissiens. J’ai perdu —à ma portée et inaccessible— le trésor d’un émir ou d’un fakir, d’un vizir ou d’un émir —ces vieux mots que l’Islam désendormi réactualise ces temps-ci.

Je rentrai. Demain ou quand, revoir ces idoles à plumes luisantes, dieux palmés, quertzaltcoat d’un mexique imaginaire à Ste-Adèle.

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